Le réseau européen des défenseurs des enfants a publié une enquête dont les résultats sont plus qu’inquiétants : 12,5% des enfants et adolescents sont en souffrance psychique en France.

Les enfants et les adolescents face au manque de places en pédopsychiatrie

En France, plus d’un enfant sur dix connaît un épisode dépressif à l’adolescence selon le rapport sur « La santé mentale des enfants et des adolescents en Europe » mené par des experts du réseau européen des défenseurs des enfants.

L’une des principales causes de ce chiffre élevé est le manque de pédopsychiatres et la pénurie de places dans les centres médicaux spécialisés. Dans une interview au Parisien, la présidente de l’ENOC Geneviève Avenard explique que

« La densité moyenne n'est que de 15 pédopsychiatres pour 100 000 jeunes de moins de 20 ans avec une grande inégalité territoriale. Dans certaines zones, il n’y a même plus de spécialistes, ni d’enseignants chercheurs. Les futurs pédopsychiatres ne peuvent donc plus être formés ».

Ce manque de professionnels disponibles entraîne un temps d’attente très long et certains enfants ne sont donc pas soignés à temps.

Généralement, il faut attendre six mois pour obtenir un rendez-vous en centre médical psychopédagogique, un délai qui peut dépasser un an dans certains centres spécialisés. Frédéric Kochman, pédopsychiatre et coordinateur de l'équipe médicale de la clinique de Lautréamont à Loos, le déplore dans les colonnes du Figaro :  

« Si demain un père inquiet m'appelle pour sa fille suicidaire, je vais devoir lui dire de patienter jusqu'à septembre 2019, c'est absurde ».

Une longue attente qui peut malheureusement amener des médecins à passer à côté de cas très graves.

Le problème se situe aussi au niveau des capacités d’accueil des structures spécialisées. Dans la clinique de Lautréamont, on compte seulement 11 lits dédiés à l’accueil d’enfants en souffrance psychologique et pas un seul de libre, ce qui oblige Frédéric Kochman à placer une centaine de personnes sur liste d’attente.

Les adolescents placés avec les adultes

À cause de l'absence de structures adaptées, des adolescents se retrouvent dans des services initialement réservés aux adultes. Selon Geneviève Avenard dans Le Parisien, on est au bord de la catastrophe :

« On se rend compte aussi que certains adolescents de 15-16 ans qui ont besoin d’être hospitalisés en psychiatrie se retrouvent dans les mêmes services que les adultes ! Ce n’est pas leur place. Cette situation, similaire dans les autres pays européens, peut aggraver leur anxiété. »

Même son de cloche du côté de la pédopsychiatre Ada Picard dans le cadre d’une interview pour le Figaro :

« C'est une expérience traumatisante et stigmatisante car ces unités sont composées de nombreux malades durs ».

Frédéric Kochman a lui dû faire face à des situations déchirantes :

« J'ai déjà vu des parents s'effondrer quand ils ont laissé leur fille ou leur garçon dans une unité pour adultes. »

Une augmentation de la prise de médicaments

La consommation de médicaments chez les enfants représente aussi un important problème. Si les chiffres ne sont pas disponibles, les professionnels de santé ont bien constaté le phénomène. Utilisés pour calmer les angoisses, lutter contre la dépression ou l’hyperactivité, ils sont devenus la « réponse à tout » alors qu’une approche thérapeutique et éducative est davantage conseillée. Mais face au manque de professionnels disponibles, les parents essaient de trouver les meilleures solutions. Une autre alerte à prendre en considération…

Rapprocher les secteurs de la santé et de l’éducation

L’enquête du réseau européen des défenseurs des enfants met aussi en lumière le manque de coordination actuel entre le secteur de la santé et celui de l’éducation. Un centre d’action médico-social précoce qui s’occupe d’enfants atteints de troubles d’ordre sensoriel, neuromoteur ou intellectuel a mis en place une formation entre des pédiatres et des éducateurs. Une initiative qui a porté ses fruits d’après le rapport mais qui sera difficile à généraliser selon Ada Picard :

« En dehors des Centres Médico-Psychologique et des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques, il est difficile d'établir ce lien. Le domaine public, qui subit une pression financière et budgétaire, manque de temps ».

Pour répondre aux messages d’alerte envoyés par les professionnels de santé bien avant la publication de ce rapport, le ministère de la Santé avait proposé cet été une série de mesures en faveur du suivi psychiatrique des jeunes. La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a ainsi prévu de lancer dans trois régions « Ecout’Emoi », une expérimentation qui permettra d’adresser des jeunes de 11 à 25 ans vers des consultations de psychologues prises en charge par l’assurance maladie, après une évaluation par les médecins généralistes.

Clément Kolodziejczak

Rédacteur Web Seo et Blogueur

Rédacteur Web Seo et Blogueur

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