Le mois sans tabac est terminé mais pas question de se relâcher ! Poursuivons nos efforts avec un nouvel objectif : 2 mois de plus pour stabiliser notre taux de dopamine, une des hormones du bonheur.

3 mois pour stabiliser sa dopamine après l’arrêt du tabac

D’après une étude réalisée par des chercheurs de l’Université allemande de Lübeck, il faudrait 3 mois d’abstinence pour retrouver un fonctionnement normalisé du système de production de la dopamine. Par ailleurs, d’après une autre étude réalisée par des chercheurs de l’université chinoise de Zhèjiāng et de l'université américaine de Virginie, il semble que certaines personnes soient plus facilement dépendantes du fait d’un circuit de la récompense génétiquement plus puissant. De ce fait, elles auront plus de difficultés à arrêter de fumer.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que la dopamine, également connue comme étant l’une des hormones du bonheur, est impliquée dans le circuit de la récompense. Celui-ci joue un rôle majeur dans nos comportements alimentaires, sexuels et sociaux. D’autres hormones comme la sérotonine et la noradrénaline interviennent également dans ce processus biologique dont le rôle majeur est d’assurer la survie de l’espèce (manger, boire, se reproduire) grâce à un sentiment d’euphorie. Ainsi, la dopamine est particulièrement présente lors des rapports sexuels, et spécifiquement pendant l’orgasme.

Or, chez les fumeurs, la production de dopamine est diminuée de 15 à 20 %. Afin de comprendre si ce problème de capacité était du au tabagisme ou antérieur à celui-ci, les chercheurs allemands ont testé des fumeurs avant et après l’arrêt du tabac. Ainsi, ils ont pu déterminer que la production de dopamine se normalisait après 3 mois d’abstinence.

Mais comment les fumeurs perdent-ils leur capacité à produire normalement de la dopamine ?

La nicotine se fait passer pour une autre …

Dans le cerveau, la nicotine se fait passer pour l’acétylcholine en se fixant sur les mêmes récepteurs neuronaux. Ces récepteurs sont appelés récepteurs nicotiniques. Or, ce type de récepteur n’est pas capable de faire la différence entre l’acétylcholine et la nicotine. Il réagit donc de la même façon quelque soit la molécule fixée.

Concrètement, la fixation de l’acétylcholine ou de la nicotine va pousser le récepteur à changer de forme. Ce phénomène est appelé changement de conformation. La nouvelle conformation du récepteur permet l’ouverture d’un canal ionique (canal où circule des ions, molécules chargées positivement ou négativement). L’ouverture de ce canal dure très peu de temps, à peine quelques millisecondes, mais il permet aux ions sodium Na+ d’entrer dans le neurone et de dépolariser sa membrane. Le neurone va alors être excité, puis le canal va se fermer et le récepteur sera alors temporairement imperméable à toute nouvelle stimulation.

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Schéma d'une synapse chimique

… pour séduire la dopamine

Les récepteurs nicotiniques sont situés dans une partie du cerveau appelée « aire tegmentale ventrale » laquelle interagit avec une autre zone cérébrale, le « noyau accumbens ». L’aire tegmentale ventrale contient les neurones impliqués dans la production de la dopamine. Ainsi, la stimulation des neurones nicotiniques va induire une augmentation de la concentration en dopamine dans le noyau accumbens.

D'autre part, chez le fumeur, le taux de nicotine ne revient jamais à zéro. Les récepteurs nicotiniques restent donc constamment réfractaires à toute nouvelle stimulation sauf après une période d’abstinence (nuit de sommeil …). Le prolongement anormal de la période réfractaire puis son annulation après une privation va engendrer une réaction disproportionnée sur toutes les voies dépendant de l’acétylcholine (voies cholinergiques). Cette réaction excessive va plonger le fumeur dans un état d’agitation, le poussant à fumer de nouveau pour retrouver un niveau de dopamine élevé. Il s’agit là d’un cercle vicieux qui contribue à la dépendance au tabac.

En conclusion, les 3 premiers mois semblent déterminants dans l’arrêt du tabac car plus propices aux rechutes.

Pour aller plus loin :

A savoir que la nicotine n’est pas la seule responsable de l’accoutumance au tabac. En effet, la fumée de tabac contiendrait une substance non-identifiée (probablement les alcaloïdes β-carboline) qui entrave le fonctionnement de l’enzyme MOA B ou monoamine oxydase B. Or, la MOA B est impliquée dans la recapture de la dopamine. Ainsi, si elle est inactive, la dopamine restera à un niveau d’autant plus élevé. Le site de Tabac Info Service et le guide pratique de l’INPES pour arrêter de fumer.

Pour aller plus loin