En France, de nombreux seniors sont dans une situation d’isolement total, entre éloignement de la famille, difficultés à se déplacer et manque d’écoute pour parler de sujets personnels.

De nombreux seniors en situation de mort sociale

La mort sociale est le fait d’être totalement exclu du cercle familial, amical, du voisinage et de tout réseau associatif. Une étude sur la solitude et l’isolement des personnes de plus de 60 ans en France a été réalisée conjointement par l’association Les Petits Frères des Pauvres et le CSA en 2017 pour connaître l’état de solitude des seniors.

Il en ressort que :

  • 22 % des seniors sont isolés de leur famille,

  • 28 % de leurs amis,

  • 21 % du cercle de voisinage

  • et 55 % des réseaux associatifs.

De plus, 6 % des personnes âgées de 60 ans et plus sont isolées à la fois des cercles familiaux et amicaux, soit 900 000 personnes ou l’équivalent d’une ville comme Marseille, et 2% des personnes âgées de 60 ans et plus sont isolées des quatre cercles de sociabilité (familial, amical, de voisinage et des réseaux associatifs), soit 300 000 personnes ou l’équivalent d’une ville comme Nantes.

Sylvie, 66 ans et qui vit en hébergement collectif, déclare ainsi ne plus avoir de rapports avec sa famille :

« Aujourd’hui, mes enfants ne viennent plus me voir. Au début, ils venaient. On organisait des déjeuners, on fêtait Noël ensemble … Puis, du jour au lendemain, plus rien. On ne s’y attend pas. On ne comprend pas. J’ai bien essayé pourtant, j’ai envoyé des messages mais je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Et puis un jour, j’ai appris que mon fils habitait à 10 minutes d’ici … Ça fait mal. Le fait de ne plus voir mes enfants, je n’aurais jamais cru ça. Je me suis toujours dit que ça ne pouvait pas m’arriver. J’ai alors pensé au pire, je n’avais plus envie. » 
 

À cet isolement, on ajoute les 32% de seniors qui n’ont aucune personne avec qui parler de sujets personnels, un chiffre qui monte à 39% pour les 75 ans et plus. Des chiffres à mettre en parallèle avec le niveau de revenus : moins les personnes âgées ont d’argent, moins elles ont de contacts extérieurs car elles sortent peu pour dépenser le moins possible, ce qui augmente le sentiment de solitude.

Les résultats de l’étude mettent aussi en lumière qu’à partir de 85 ans, il y a une rupture significative des cercles de sociabilité : contacts moins fréquents avec les petits-enfants, avec la famille éloignée, avec le cercle associatif, le voisinage. Les sorties se font également de plus en plus rares puisque 10 % des 85-89 ans sortent moins d’une fois par semaine ou jamais.

Les solutions pour lutter contre la solitude

Les Français, et particulièrement les seniors, sont très attachés au maintien des commerces et services de proximité. C’est d’ailleurs la première solution pour lutter contre la solitude et l’isolement.  L’association Les Petits Frères des Pauvres encourage d’ailleurs les seniors à fréquenter les commerçants du quartier et à utiliser les services de proximité : faire ses courses chez l’épicier, le boucher, engager des discussions avec le facteur ou au marché, avoir recours à une aide à domicile, etc.

L’étude préconise également de rejoindre une association afin de favoriser les rencontres hors des cercles amicaux traditionnels mais aussi pour entretenir les capacités cognitives des personnes les plus âgées. On compte un senior sur trois faisant partie d’une association, 30 % y nouent de véritables amitiés et 36 % y font des rencontres régulières.

Enfin, l’accès au numérique est un enjeu très important puisque près d’un tiers des plus de 60 ans n’utilisent jamais internet et que le chiffre monte à 68 % pour les 85 ans et plus. Pour faire un parallèle, 74 % de la population française de plus de 12 ans utilisaient Internet tous les jours en 2016. Même si les interactions digitales ne remplacent pas l’humain, elles peuvent permettre de maintenir un certain lien social. Ainsi, mettre en place des installations pour accéder facilement au numérique et proposer un accompagnement, le tout dans des lieux fréquentés par les personnes âgées, contribue à lutter contre l’isolement.

Enfin, pour finir ce résumé de l’étude sur une note positive, on peut mettre en avant le fait que les 60 ans et plus semblent largement heureux, même les plus âgés puisque 84 % des plus de 85 ans s’estiment heureux. Notons enfin qu’après 80 ans, le cercle familial proche est celui où la solidarité familiale se resserre.

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