Traitement hormonal utilisé par des milliers de femmes, Androcur augmenterait le risque de développer des tumeurs au cerveau. Des résultats inquiétants confirmés par l’Agence du médicament qui souhaite aujourd’hui un meilleur encadrement des prescriptions.

Androcur : des risques connus depuis dix ans

L’Androcur, autrement dit l’acétate de cyprotérone, est un traitement dérivé de la progestérone. Il possède des propriétés anti-androgéniques, ce qui veut dire qu’il diminue l’activité des hormones androgènes. Chez la femme, il est utilisé principalement dans le traitement de l’hirsutisme (augmentation de la pilosité). En 2008 des chercheurs avaient déjà suspecté l’Androcur d’être responsable de la formation de méningiomes multiples. Les méningiomes sont des tumeurs cérébrales bégnines qui se développent à partir des méninges (membranes enveloppant la moelle épinière et le cerveau). En 2011, le risque de méningiome a été inscrit dans la notice du médicament.

Acétate de cyprotérone : des séquelles qu’on ne peut ignorer

Entre 2007 et 2015, on a noté une prise en charge de plus de 500 cas de méningiomes de femmes ayant été traitées à l’acétate de cyprotérone. En 2014, une enquête de pharmacovigilance avait montré que l’évolution n’était pas systématiquement favorable, même après une régression de la taille des tumeurs. On a noté des séquelles visuelles chez certaines patientes suite à des interventions chirurgicales et un cas de décès a été rapporté. L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a souligné qu’à l’époque, le diagnostic était plus tardif, ce qui explique la proportion de ces séquelles.

Androcur et méningiome : l’Assurance maladie mène l’enquête

Afin de mieux comprendre la manière dont la formation de méningiomes est liée à la prise de l’acétate de cyprotérone, en prenant en compte le dosage et la durée du traitement, l’Assurance maladie a mené une étude, avec l’aide de l’hôpital Lariboisière, à Paris. Dans cette étude, 250 000 femmes ont été traitées au cyprotérone et surveillées sur une durée de 7 ans. Certaines femmes ont été plus fortement exposées au traitement que d’autres afin de pouvoir effectuer une comparaison des conséquences. Il a été conclu que de fortes doses d’acétate de cyprotérone augmentent le risque de méningiome. Celui-ci s’est révélé être 7 fois plus élevé en comparaison du groupe de femmes qui ont reçu un dosage plus faible du médicament et ont mis fin au traitement. Ainsi, la dose administrée influence considérablement le risque de formation de tumeurs cérébrales. En effet, les « risques » de développer un méningiome se multiplient par 20 si la dose cumulée dépasse les 60 g (avec, par exemple, des prises de 50 mg par jour pendant 5 ans).

 

Sans prise d'acétate de cyprotérone, le risque de méningiome peut être influencé par plusieurs facteurs. Parmi les facteurs prédisposants connus, on retrouve:

-la radiothérapie

-certaines hormones féminines

-une atteinte du système cérébral

-la neurofibromatose de type II

Quelles mesures mises en place par l’Agence du médicament ?

Face à ces données qui soulèvent de nombreuses questions, l’ANSM a mis en place des recommandations pour les professionnels de la santé concernant l’utilisation de l’acétate de cyprotérone. Parmi elles, une proscription des indications hors-AMM (pour d’autres indications que celles pour lesquelles la mise sur le marché du traitement a été autorisée), en sachant qu’Androcur a largement été prescrit pour des problèmes d’acné ou en tant que contraceptif. Un numéro vert a également été mis en place pour répondre aux inquiétudes des patientes et à celles de leur entourage.  Enfin, l’Agence du médicament a demandé aux médecins de contacter leurs patients sous traitement afin de déterminer si celui-ci doit être arrêté. Le cas échéant, on ne recommande aucun examen en l’absence de signe clinique. Une IRM (imagerie par résonance magnétique) doit être prévue pour les personnes poursuivant la prise d’Androcur, un examen à renouveler cinq ans après le début du traitement, puis tous les deux ans.

Julija Meilunaite, rédactrice

Rédactrice WEB et auteure de livres

Rédactrice WEB et auteure de livres

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