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Bonbons, biscuits, médicaments : sachez éviter le dioxyde de titane

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Le dioxyde de titane est utilisé dans les sucreries, pour leur donner un aspect brillant, mais aussi dans les médicaments, pour rendre blancs les comprimés. Steve Smith/Flickr

Gérard Tremblin, Le Mans Université et Brigitte Moreau, Le Mans Université

Les contrôles sur les aliments vont être renforcés pour vérifier s’ils contiennent l’additif E171 et ses nanoparticules de dioxyde de titane, dont les Français, pour la plupart, ignoraient tout avant l’été. Suite aux alertes lancées par des ONG, confirmées par les études du magazine 60 millions de consommateurs, le gouvernement a annoncé le 31 août davantage de tests sur la présence de ces nanoparticules.. Ils se traduiront, en cas de résultat positif, par la mention « Nano » sur les étiquettes des produits. Un règlement européen impose en effet depuis 2013 la présence de cette information sur les emballages.

Dioxyde de titane broyé, vu au microscope. Epop/Wikimedia commons

De quoi parle-t-on exactement ? Le dioxyde de titane, ou TiO2, est un sel naturel produit à partir de plusieurs minerais (anatase, ilménite, brookite et rutile), exploités dans différents pays comme le Brésil, la Chine, le Canada ou l’Australie. Obtenu après traitement chimique de ces minerais, il se présente sous la forme d’une poudre blanche très fine. On le retrouve dans de nombreux produits alimentaires comme les bonbons, les pâtisseries industrielles ou les plats cuisinés, où il est utilisé pour donner un aspect brillant. On le trouve aussi dans certains médicaments et dans des produits cosmétiques, où il a une fonction d’opacifiant blanc.

Un additif classé « cancérigène possible »

Quel est le problème ? Depuis plus de dix ans, le dioxyde de titane est suspecté par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) d’être un cancérigène possible pour l’homme. Mais la chose n’étant pas absolument démontrée, il reste, à l’heure actuelle, autorisé.

Dans les aliments, le TiO2 peut être sous deux formes : micro ou nano particules, le plus souvent un mélange des deux. Une nanoparticule a une dimension comprise entre 1 et 100 nanomètres (milliardième de mètre) donc bien inférieure à celle d’une cellule humaine.

Sur le fond, le dioxyde de titane ne sert pas à grand-chose. Beaucoup d’industriels reconnaissent d’ailleurs que le TiO2 ne présente aucun avantage tangible pour le consommateur. On peut donc se demander pourquoi l’on tarde autant à l’interdire. Son intérêt principal réside, en fait, dans son faible coût. Cela explique que sa production atteigne plus de cinq millions de tonnes par an à l’échelle mondiale.

Identifier les aliments dans lesquels il est présent

Que peuvent faire, alors, les consommateurs ? Dans l’attente d’une future réglementation, voire d’une interdiction, mieux vaut respecter le principe de précaution et s’abstenir de consommer du dioxyde de titane. Toute la question est de savoir… dans quels aliments il est présent. L’ONG Agir pour l’environnement a enquêté à ce sujet et l’a identifié dans des centaines de bonbons, parmi lesquels les chewing-gums Malabar ou les bonbons M&M’s, ainsi que dans 1 300 produits de consommation courante. La teneur significative en TiO2 dans les aliments sucrés abondamment consommés par les enfants a été confirmée par l’enquête de 60 millions de consommateurs.

Sa présence, indiquée par le code E171, peut se vérifier simplement en regardant l’étiquette du produit que l’on s’apprête à acheter.

Verra-t-on apparaître bientôt, en plus, une mention spécifique sur les emballages quand le dioxyde de titane est présent sous forme de nanoparticules ? Tout dépendra de la pression exercée par le gouvernement.

Du dioxyde de titane dans les peintures ou le dentifrice

La présence du TiO2 dans notre environnement ne se limite pas à l’agroalimentaire. Il est également employé comme support de pigment dans les peintures, le papier, les plastiques, les céramiques. On le retrouve dans de nombreux produits de cosmétologie, dont certains, comme le dentifrice, sont d’utilisation courante. Du fait de la capacité du dioxyde de titane à absorber les rayonnements ultraviolets, on en trouve également dans les produits solaires.

Au niveau pharmaceutique, enfin, la situation est encore plus préoccupante : le TiO2 est présent dans plus de 4 000 médicaments actuellement commercialisés et abondamment prescrits. Le Doliprane, pour ne citer qu’un exemple, en fait partie. Dans les médicaments, comme dans la plupart des autres produits, le rôle du dioxyde de titane est essentiellement de rendre les produits plus blancs, donc moins inquiétants pour le patient. Une fonction esthétique, dont on pourrait se passer pour peu que les utilisateurs soit avertis du changement.

En attendant, on peut vérifier la présence du dioxyde de titane en lisant la notice du médicament. On le trouve effectivement dans beaucoup de pilules de couleur blanche. Mais il est évidemment aussi compliqué de se passer de bonbons que de changer de médicament !

Des conséquences sur la santé à préciser

Le dioxyde de titane peut être absorbé par voie digestive, en franchissant la paroi de l’intestin. Il peut aussi passer par voie cutanée ou respiratoire, ce qui doit alerter les personnels qui l’utilisent dans leur activité professionnelle. Brigitte Moreau, co-auteur de cet article, a d’ailleurs manipulé pendant plusieurs années de la poudre de dioxyde de titane dans un laboratoire pharmaceutique, sans en connaître les risques – heureusement de manière ponctuelle.

Les effets néfastes du dioxyde de titane sur la santé restent à préciser, dans la mesure où les nombreux essais de toxicité ont été réalisés sur des animaux. Les résultats sont souvent difficiles à transposer à l’homme.

Inhalé, le dioxyde de titane aurait un pouvoir inflammatoire et irritant aussi important que celui de la silice ou de l’amiante. De récents tests sur des rats et sur des cultures de cellules humaines ont mis en évidence une activité inflammatoire sur les poumons et le péritoine, entre autres, et donc un possible effet cancérogène.

Sous forme de nanoparticules, le TiO2 peut traverser les membranes cellulaires, et son fort pouvoir oxydant peut endommager l’ADN des cellules de façon irréversible. Du fait de leur taille nanométrique, ces particules peuvent, via la circulation sanguine, pénétrer dans des organes comme le foie ou le cerveau, alors que la plupart des substances toxiques sont habituellement arrêtées par les barrières physiologiques que constituent les épithéliums.

The ConversationAinsi, on se retrouve dans une situation qui ressemble fort à celle que l’on a vécue avec l’amiante. L’emploi de cette fibre n’a été interdit qu’en 1997, alors qu’on connaissait sa dangerosité depuis plus d’un siècle et qu’elle avait été classée comme cancérogène par le CIRC – bien tardivement – en 1973. Depuis ce scandale, le principe de précaution a gagné ses lettres de noblesse ; le problème posé par le dioxyde de titane est l’occasion, ou jamais, de l’appliquer.

Gérard Tremblin, Professeur émérite de biologie végétale, Le Mans Université et Brigitte Moreau, assistant ingénieur biologie, Le Mans Université

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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