À un an d’élections européennes qui s’annoncent cruciales, la 8e édition du forum European Lab de Lyon a réuni 2 500 personnes et 130 intervenants en provenance de 25 pays sur le thème « Europe, l’utopie c’est maintenant ». Associées à European Lab, les Nuits sonores, associant musique et jeux de lumière, ont « musicalisé » ces débats.

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Aux Nuits Sonores, édition 2018. Facebook / Brice Robert

Fabien Dworczak, Université Lumière Lyon 2

Les liens entre musique et cerveau

Étudier et comprendre les liens entre musique et cerveau pourrait permettre de saisir l’impact des expériences et des apprentissages sur le cerveau et également tenter d’expliquer quels sont les mécanismes qui permettent à la musique d’être thérapeutique ou pédagogique.

Les observations cliniques en neurologie ont suggéré, dès la fin du XIXe siècle, que notre cerveau présentait une réponse singulière à la musique, notamment au regard des capacités liées au langage.

C’est à la fin du XXe siècle, avec la révolution de l’imagerie cérébrale, que les études des effets de l’écoute et de la pratique musicale ont pris soudain une autre dimension.

On s’est alors demandé, entre autres, si l’apprentissage de la musique pouvait avoir des effets collatéraux sur d’autres fonctions cognitives, en particulier la mémoire ou le langage, ou bien encore les fonctions cognitives d’apprentissage scolaire.

Pour Hervé Platel :

« Écouter une œuvre musicale crée dans le cerveau une “symphonie neuronale” qui met en jeu les quatre lobes cérébraux, le cervelet ou encore l’hippocampe, surtout connu pour son rôle dans la mémoire. »

Il ajoute également :

« La musique serait donc bien une forme d’expression particulière de notre intelligence qui trouverait sa source dans le besoin de notre cerveau d’associer expériences sensorielles, motrices et émotionnelles, que ce soit pour une visée purement hédonique ou pour un objectif de création.

Et la musique serait, donc, assurément, un stimulant cognitif et cérébral. »_

Mémoire de la lumière

Quant aux jeux de lumière, associés à la musique (électro dans le cadre des Nuits sonores), des chercheurs (Unité Inserm 846, Cellules Souches et Cerveau et Centre de Recherche du Cyclotron de l’Université de Liège, Belgique), ont montré qu’il existait une sorte de mémoire de la lumière (mémoire photique). Ce nouveau type de cellule sensible à la lumière dans l’œil (photorécepteur), appelé mélanopsine serait impliqué dans la transmission de l’information lumineuse vers de nombreux centres du cerveau dits « non-visuels », notamment l’horloge biologique. La mélanopsine présente in vivo des propriétés remarquables qui lui permettent, notamment, de maintenir une réponse constante face à une exposition lumineuse constante. On peut rappeler que la découverte chez l’homme, il y a 10 ans, de ce nouveau photopigment a été une surprise au sein de la communauté scientifique.

Grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), ces chercheurs ont pu observer les différentes régions du cerveau stimulées par la lumière lors de tests cognitifs. Ils ont pu reconnaître le rôle de la mélanopsine en fonction des réponses observées avec des sources différentes de lumière (orange, bleue ou verte).

Ces recherches ont pu montrer aussi que la lumière bleue est plus efficace pour stimuler l’activité cérébrale ; d’autres études, chez des personnes aveugles, ainsi que chez des personnes voyantes, pointent la mélanopsine comme médiateur principal des effets de la lumière sur l’activité cognitive cérébrale.

Et les chercheurs de conclure que cette découverte plaiderait pour l’utilisation de systèmes lumineux qui optimiseraient les performances cognitives !

Les effets physiologiques de la musique ne se cantonneraient cependant pas à ce seul rôle de drogue douce mais peuvent avoir des répercussions réelles sur la plasticité anatomique et fonctionnelle du cerveau. Selon Fukui et Toyoshima (2008), la musique agirait au niveau cellulaire en favorisant la neurogénèse, la régénération et la réparation des neurones et circuits neuronaux via l’ajustement des sécrétions hormonales de type stéroïdes (comme le cortisol, la testostérone et l’œstrogène), qui sont par ailleurs reconnues comme jouant un rôle dans les processus de plasticité cérébrale.

The ConversationOn ne peut, donc, qu’inciter les apprenants de tous âges, les enfants d’âge scolaire en particulier, à participer à des chorales ou groupes musicaux pour développer leurs capacités cognitives… et si le « bleu » était là… !

Fabien Dworczak, PhD, chercheur associé neurosciences et éducation, Université Lumière Lyon 2

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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