Couple de lesbiennes

Coming out : un impact positif sur la santé mentale des LGBT ?

Le 11 octobre, c’est la Journée internationale du coming out. Si “sortir du placard” est supposé améliorer de façon sensible le bien-être des personnes LGBT, et est parfois présenté comme un rite de passage impératif, il reste difficile d’assumer publiquement une sexualité différente dans une société hétéronormative où les agressions homophobes sont en nette recrudescence.

Lorsqu’une personne choisit de faire état de sa sexualité (non hétérosexuelle) ou de son identité de genre à son entourage, on dit bien souvent qu’elle fait son “coming out”. La journée internationale du coming out est née le 11 octobre 1987. Ce jour là, 500 000  personnes manifestent à Washington pour la reconnaissance des droits des homosexuels. Depuis, la “sortie du placard” s’est peu à peu imposée dans les consciences comme une étape indispensable dans la vie des personnes LGBT.

En France, le contexte social semble évoluer vers une égalité des droits pour tous les citoyens, indépendamment de leur orientation sexuelle. Le 23 avril 2013, la loi Taubira ouvrait le mariage et l’adoption au couples homosexuels. Le 25 septembre dernier, le Comité d’éthique se positionnait officiellement pour l’ouverture de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) aux couples de lesbiennes. En janvier dernier, 60% des français s’étaient déclarés en faveur de la PMA pour toutes, selon un sondage IFOP. Dans un tel contexte d’évolution des moeurs, on aurait tendance à penser que faire son coming out deviendrait plus facile.

Ces avancées dans les textes, adoptés ou en préparation, ne doivent pas faire oublier que la gayphobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie sont des phénomènes encore très vivaces, voire en recrudescence. Entre 2012 et 2013, SOS homophobie a vu le nombre de témoignages d’agressions homophobes faire un bon spectaculaire : le pourcentage avait augmenté de 80%. En 2017, le nombres d’agressions homophobes, même s’il a baissé par rapport à l’année du débat sur le mariage pour tous, reste dans la fourchette haute. En juin dernier, une étude IFOP réalisée auprès d’un millier de personnes LGBT nous apprenait que 53% d’entre elles avaient été victime d’au moins une agression homophobe au cours de leur vie.

D’après l’association Le refuge, qui vient en aide aux jeunes LGBT en rupture familiale, le nombre d’appels à l’aide de jeunes rejetés par leur famille a augmenté d’un quart entre 2012 et 2013, alors même que ce chiffre avait déjà doublé l’année précédente.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que l’homophobie ait des conséquences délétères sur la santé mentale des jeunes LGBT, par le sentiment de culpabilité et de honte qu’elle induit chez les personnes qui en sont victimes. D’après Eric Verdier et Jean-Marie Virdion, auteurs du livre “Homosexualités et suicide. Les jeunes face à l’homophobie”, les homosexuels masculins ont entre deux et sept fois plus de risques de commettre une tentative de suicide que les hommes hétérosexuels, tandis que les femmes bies ou lesbiennes ont entre 1,4 et 2,7 fois plus de risques par rapport aux femmes hétérosexuelles. En outre, les jeunes homosexuels ont tendance à davantage expérimenter l’usage de produits psychoactifs, notamment lors des périodes de stress liées au coming out.

D’après le chercheur Robert-Paul Juster, le coming out, lorsqu’il est accepté, soutenu et valorisé, peut aider l’individu à renforcer son estime de soi, et de manière globale, son bien-être. En effet, une étude réalisée en 2013 a prouvé que les personnes LGBT “sorties du placard” ne présentaient pas davantage de troubles psychologiques que les hétérosexuels. Le docteur Jean-Louis Terra, professeur de psychiatrie à l’université Claude Bernard de Lyon, explique que c’est

« l’homophobie et non l’orientation sexuelle par elle-même qui est le principal facteur qui peut induire un sur-risque de crise suicidaire et de tentative de suicide”

Pour finir, si le coming-out apparaît bel et bien comme un moyen pour les personnes LGBT d’améliorer leur santé mentale, l'homophobie persistante entrave encore la création de conditions propices à cette fameuse “sortie du placard”.

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