Réalisé à partir de l'enquête « Qualité de vie des enseignants » (Fondation MGEN Santé publique/Éducation Nationale), l'article de Laurent Zavidovique et collaborateurs « Conditions d'exercice et bien-être au travail des enseignants - quelles différences hommes-femmes ? » met en lumière ressemblances et différences de perception des conditions de travail et du bien-être professionnel, entre enseignants femmes et hommes.

Des inégalités sexuées persistent dans le monde du travail, le plus souvent en défaveur des femmes. Cela se retrouve dans de nombreux secteurs d’activité avec généralement des salaires plus bas pour les femmes, et ce même à niveaux de compétences et qualifications équivalents. De plus, les femmes accèdent moins fréquemment aux postes à fortes responsabilités (management, direction…). Il est question dans de nombreux articles d’un « plafond de verre » pour caractériser ce phénomène.

Le secteur de l’enseignement ne fait pas défaut à ce constat et des différences de conditions d’exercice entre femmes et hommes y sont observées. Cependant, les différences de bien-être entre enseignantes et enseignants ne sont pas décrites. Nous avons donc voulu comparer le ressenti professionnel des hommes et des femmes engagés dans l’enseignement en France, ainsi que leurs conditions de travail.

Pour cela, nous nous sommes appuyés sur les données de l’enquête « Qualité de vie des enseignants », réalisée conjointement par la Fondation d’Entreprise MGEN pour la Santé Publique et l’Education Nationale. Cette enquête réalisée en 2013 a consisté en un auto-questionnaire de 20 pages abordant de nombreuses questions sur les conditions de travail et le bien-être général et au travail. Le questionnaire était adressé à un échantillon représentatif de 5000 enseignants, tous niveaux confondus, du secteur public comme privé. L’enquête a bénéficié d’un fort taux de réponse : 2653 questionnaires ont été retournés valides. Les réponses ont été enrichies par des données administratives ministérielles.

Afin de comparer le ressenti professionnel des enseignantes et enseignants, nous nous sommes appuyés sur 5 indicateurs de bien-être au travail dont les 3 scores du Maslach Burnout Inventory (MBI), un outil qui évalue l’épuisement professionnel :

  • La satisfaction professionnelle des enseignants : « assez » ou « très satisfait » versus « assez » ou « très insatisfait » de son expérience d’enseignant ;
  • L’appréciation de l’évolution du métier sur les 5 dernières années (ou depuis le début de carrière si inférieur à 5 ans) : « de plus en plus difficile » versus « ni plus ni moins difficile » ou de moins en moins difficile » ;
  • L’épuisement émotionnel (MBI) : impression de fatigue, de saturation affective et émotionnelle ;
  • La dépersonnalisation (MBI) : chosification de l’élève, déshumanisation de la relation enseignantélève, cynisme ;
  • La diminution de l’accomplissement personnel (MBI) : tendance à l’autoévaluation négative de son travail. 

Nous avons également pris en considérations des caractéristiques sociodémographiques et professionnelles :

  • Personnelles : âge, situation familiale, soutien socioéconomique ;
  • Sur le travail : niveau d’enseignement, statut, temps de trajet, modalité de service, décharge d’enseignement, temps de travail hebdomadaire ;
  • Sur l’établissement : taille, secteur, zone d’implantation, origine sociale des élèves ;
  • Sur les risques psychosociaux : scores de Karasek (latitude décisionnelle, demande psychologique et soutien social), violence psychologique, relations avec élèves, collègues et direction.

Les résultats des analyses statistiques montrent que les femmes sont moins présentes dans les niveaux d’enseignement élevés et enseignent plus souvent des disciplines « littéraires ». Elles sont également moins souvent agrégées ou professeur d’université et plus souvent à temps partiel, deux éléments qui contribuent à expliquer un salaire moyen plus faible chez les enseignantes.

Pour autant, peu de différences sexuées de satisfaction professionnelle et d’appréciation de l’évolution du métier sont constatées. De plus, ces quelques différences qui varient selon les indicateurs et le niveau d’enseignement, semblent plutôt en défaveur des hommes. Ainsi, les enseignants du second degré sont moins satisfaits de leur expérience professionnelle que les enseignantes. L’accomplissement personnel au travail est plus faible chez les hommes dans le supérieur. Enfin, les enseignants sont plus à risque de dépersonnalisation dans le 1er et le 2nd degré, par rapport à leurs homologues féminines.

Au total, cette étude, en accord avec ce qui est observé dans le monde du travail et décrit chez les enseignants, montre des différences de conditions de travail en défaveur des enseignantes. Ces différences ne se traduisent pour autant pas en disparités significatives de bien être professionnel. Ainsi, enseignants et enseignantes pourraient présenter des attentes différentes vis-à-vis de leur métier, des mécanismes de défense différents pour faire face aux difficultés professionnelles, le tout aboutissant à un niveau de satisfaction comparable.

Dans un contexte de féminisation de la profession d’enseignant à tous les niveaux, de vieillissement des professeurs d’université masculins et d’actions menées à l’école pour promouvoir l’égalité des sexes, il est important de poursuivre les études pour analyser l’évolution de ces indicateurs de bien-être et de conditions de travail. Il semble également essentiel de lutter contre le « plafond de verre » et l’auto censure des enseignantes. Des actions sont déjà mises en place dans le milieu enseignant et de la recherche pour lutter contre les discriminations, promouvoir l’égalité des sexes, et favoriser l’accès des femmes aux filières scientifiques, aux parcours d’excellence et aux postes à responsabilités. Elles doivent être poursuivies et développées.

Laurent Zavidovique

Docteur en Médecine du Travail, il a terminé ses études pour rejoindre l’équipe du service de médecine préventive de l’Université Paris Descartes.

Plusieurs de ses stages d’internat intéressaient des questions de prévention, qualité de vie au travail, santé mentale ou physique, de ressenti et confort en milieu professionnel. Il est l’auteur de plusieurs publications et communications dans ce domaine.

Lui-même issu d’une famille d’enseignants, sa thèse de médecine traite de tels sujets, plus particulièrement dans le milieu scolaire. Très concerné par le lien social, il a été trésorier de l’ANIMT, secrétaire général de l’AMPC et élu UFR de la Faculté de Médecine Paris Descartes.

Docteur en Médecine du Travail, il a terminé ses études pour rejoindre l’équipe du service de médecine préventive de l’Université Paris Descartes.

Plusieurs de ses stages d’internat intéressaient des questions de prévention, qualité de vie au travail, santé mentale ou physique, de ressenti et confort en milieu professionnel. Il est l’auteur de plusieurs publications et communications dans ce domaine.

Lui-même issu d’une famille d’enseignants, sa thèse de médecine traite de tels sujets, plus particulièrement dans le milieu scolaire. Très concerné par le lien social, il a été trésorier de l’ANIMT, secrétaire général de l’AMPC et élu UFR de la Faculté de Médecine Paris Descartes.

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La Fondation d’entreprise MGEN pour la santé publique réunit une équipe pluridisciplinaire (épidémiologie, médecine, économie de la santé et statistique) qui met en œuvre des études et recherches scientifiques en santé publique. Valorisés notamment par des publications et des communications dans des congrès, ses travaux s’organisent autour de quatre axes de recherche : politiques de prévention/promotion de la santé, vieillissement cognitif et fonctionnel, santé et travail, et économie de la santé. Les activités de cette fondation s’appuient sur des partenariats avec des établissements publics à caractère scientifique et des institutions ou structures nationales en santé publique.

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