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Des chercheurs ont évalué la consommation de cannabis chez de jeunes Finlandais âgés de 15 ou 16 ans et les ont revu pour leurs 30 ans. Chris Benson/Unsplash

Paul Brunault, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)

Consommer du cannabis à l’adolescence augmente le risque de schizophrénie 15 ans plus tard. Et l’augmentation n’est pas liée au fait que ces jeunes étaient déjà à un stade précoce de cette maladie, ni à la consommation d’autres substances comme le tabac, l’alcool ou d’autres drogues illicites, pas plus qu’à des antécédents familiaux de schizophrénie.

C’est en tout cas la conclusion à laquelle est parvenue une équipe de chercheurs finlandais, dont les travaux viennent d’être publiés au mois d’avril dans la revue British journal of psychiatry.

Plus on fume de cannabis, plus le risque est important

Il était déjà démontré que la consommation de cannabis expose à une augmentation du risque de trouble délirant et notamment de schizophrénie. Une méta-analyse publiée en 2015 établit le lien avec un premier épisode psychotique et une autre publiée en 2016 avec le risque de psychose en général. Les études montrent que le début de la maladie, également, est plus précoce. Par ailleurs il existe un effet dose-réponse, c’est-à-dire que plus on fume, plus ce risque est important.

Cependant, les études disponibles évaluent plutôt des symptômes psychotiques qu’un trouble mental caractérisé par de tels symptômes à proprement parler. Il peut s’agir d’hallucinations (auditives, sensorielles, olfactives ou visuelles), d’un délire à thématique persécutive (le sentiment de se sentir menacé) ou intuitive (être persuadé, par exemple, que l’on est le fils caché d’une figure de l’histoire). Autre limite, ces études ne prennent pas en compte l’existence de symptômes prodromiques (c’est-à-dire précoces) de schizophrénie chez les jeunes avant la consommation de cannabis, ni la consommation en parallèle d’autres substances psychoactives.

Ces deux caractéristiques sont autant de facteurs de confusion pouvant expliquer l’association observée entre consommation de cannabis et survenue d’une schizophrénie.

Une étude réalisée auprès de 6 500 adolescents finlandais

L’étude de cohorte menée par l’équipe finlandaise va plus loin. Elle a été réalisée auprès de 6 500 adolescents, suivis depuis l’âge de 15-16 ans jusqu’à leurs 30 ans. Il s’agit d’un échantillon particulièrement important, au vu de la difficulté de pouvoir réévaluer les mêmes personnes 15 ans plus tard. Sa taille permet d’obtenir des résultats robustes et représentatifs de la population générale.

Ces auteurs ont évalué le lien entre consommation de cannabis à l’adolescence et schizophrénie, en prenant en compte la consommation de tabac, d’alcool et d’autres substances illicites, des éventuels antécédents de schizophrénie dans la famille, et l’existence de symptômes prodromiques à l’adolescence.

Le cannabis peut être fumé sous forme de joint. Thought Calatog/Unsplash

Il est ainsi constaté que, même en prenant en considération ces facteurs, l’association entre consommation de cannabis et risque ultérieur de schizophrénie persiste. Les chercheurs ont réalisé leur évaluation sur les participants de l’étude à l’âge de 30 ans – la maladie se déclenchant généralement entre 20 et 30 ans. Ainsi, le risque d’apparition d’une schizophrénie chez les participants entre leur 15 et leurs 30 ans était significativement plus élevé à partir d’une consommation de cinq joints (cannabis fumé sous forme de cigarette roulée), en tout et pour tout, soit un niveau de consommation qu’on peut considérer comme assez banal aujourd’hui.

Chez les adolescents ayant des symptômes prodromiques de schizophrénie, ce risque était plus élevé encore (environ deux fois).

Le cannabis, facteur de risque suffisant en lui-même ?

La consommation de cannabis à l’adolescence est donc bien un facteur de risque ultérieur de schizophrénie et de trouble délirant. Ce sur-risque n’est pas expliqué par des antécédents familiaux de schizophrénie, la consommation d’autres substances psychoactives, ou des symptômes prodromiques de schizophrénie.

Des études ultérieures devront déterminer si le cannabis est un facteur de risque suffisant en lui-même, ou si ce facteur de risque vient s’ajouter à une vulnérabilité pré-existante. Dans tous les cas, ces résultats militent pour une approche de prévention et d’éducation de tous les adolescents vis-à-vis des risques associés à l’usage de cannabis dans cette période charnière de constitution du cerveau.

The ConversationCet article s’inspire d’une parution de la newsletter d’Addict’Aide, qui permet de s’informer sur toutes les questions d’addiction. Le portail Addict’Aide est soutenu par MGEN – groupe VYV.

Paul Brunault, Psychiatre et addictologue, chercheur dans l'unité Brain & Imaging Université de Tours, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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