Dans un rapport publié le 17 janvier 2019, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) alertait sur la présence de substances hautement toxiques dans les couches jetables pour bébés. Suite à ces révélations, la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn avait donné 15 jours aux industriels pour présenter une feuille de route de « réduction de présence de ces produits ». La même agence avait mis en évidence, en 2018, la présence de substances similaires dans les protections périodiques.

Le rapport sur la sécurité des couches pour bébés, publié le 17 janvier par l’Anses a été demandé début 2017 par la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR).

Des matériaux dont la composition demeure opaque

Dans le cadre du rapport sur la sécurité des couches pour bébés, ce sont les fabricants et les fédérations professionnelles qui ont fourni les données relatives à la nature des matériaux utilisés. Les couches pour bébé sont soumises à l’obligation générale de sécurité définie par la législation européenne relative aux produits de consommation : il n’existe pas de loi relative à la composition des couches pour bébé, ni en France ni dans l’Union Européenne. Précisons toutefois que d’autres réglementations harmonisées s’appliquent à ces produits (dispositifs médicaux par exemple) et formulent des obligations en terme de sécurité et d’affichage de composition. 

Pour les protections hygiéniques en revanche, il n’existe pas de réglementation spécifique. Elles ne sont pas considérées comme des dispositifs médicaux ni comme des cosmétiques : leurs conditions de fabrication peuvent donc légalement demeurer floues. Depuis 2016, de nombreuses associations de consommateurs réclament que soit affichée la composition sur les emballages de ces produits, en vain. Dans le cas des couches, le rapport de l’Anses précise que les auditions menées n’ont pas permis de connaître de manière précise la nature des matériaux utilisés dans leur fabrication.

Pesticides interdits dans l’Union européenne

Le rapport de l’Anses dévoile la présence d’une soixantaine de produits chimiques dans les couches. Ces substances chimiques dangereuses peuvent migrer dans l’urine et donc entrer en contact prolongé avec la peau des bébés. Parmi les substances détectées, on peut citer divers pesticides dont le glyphosate, considéré comme un cancérogène probable et perturbateur endocrinien, des dioxines, des furanes. 

En outre, certains des pesticides trouvés dans les couches comme le lindane, du quintozène et de l'hexachlorobenzène sont interdits en Europe depuis 2000. Comment alors expliquer leur présence dans les matières premières destinées à fabriquer des couches pour bébé ?

Le rapport mentionne aussi la présence d’hydrocarbures, eux aussi considérés comme des perturbateurs endocriniens.

Quant au rapport sur la sécurité des protections hygiéniques, il dévoile la présence dans les tampons et serviettes périodiques la présence de perturbateurs endocriniens et de pesticides, dont le glyphosate, le lindane et le quintozène. 

Des risques qui ne peuvent être écartés

L’Anses conclut son rapport en expliquant que « des  substances  chimiques dangereuses ont été retrouvées dans ces couches. (...) Aussi, à ce jour et en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique ». 

En conséquence, l’Anses émet des recommandations :

  • supprimer l’utilisation de toutes substances parfumantes, en priorité celles susceptibles de présenter des effets sensibilisants cutanés

  • mieux maîtriser l’origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication

  • améliorer les procédés de fabrication des couches afin de réduire autant que possible la présence de substances chimiques dans les matériaux constituant les  couches pour bébé à usage unique

  • dans l’attente d’une évolution réglementaire, fixer une concentration maximale pour chacun des congénères des dioxines et furanes chlorées et PCB-DL à ne pas  dépasser

Pour les protections hygiéniques, l’agence recommande :

  • d’améliorer la qualité des matières premières

  • de réviser certains procédés de fabrication afin d’éliminer ou, à défaut, de réduire autant que possible, la présence de ces substances, en particulier celles présentant des effets « cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques » (= agents chimiques CMR) , perturbateurs endocriniens ou sensibilisants cutanés

Lexique

Mutagène : Capable de provoquer des mutations de l’ADN

Reprotoxique : Un produit classé reprotoxique affecte les capacités reproductrices, en réduisant la fertilité ou en entraînant la stérilité

La ministre de la santé demande une feuille de route

Suite aux résultats de l’enquête, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, a annoncé que les industriels fabricant des couches pour bébés avaient 15 jours pour apporter une feuille de route de réduction de présence de ces produits chimiques.

De plus, dans un communiqué paru le 23 janvier, le gouvernement a exigé l’application immédiate des recommandations de l’Anses. Dès sa parution le DGCCRF renforce a renforcé ses contrôles et un bilan devrait être dressé (celui-ci était prévu après 6 mois). En outre, il est prévu que les ministres porte au niveau européen un renforcement des règles protectrices en ce qui concerne les couches. A noter que les protections féminines ne semblent pas concernés par ces changements. 

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