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Drogues psychédéliques : la tendance du microdosing de LSD

D’où vient-elle ?

Vous avez probablement entendu parler des microdoses de psilocybine qui augmentent la productivité et la créativité. Les startupers de la Silicon Valley en seraient friands, mais pas seulement. Il semblerait que cette tendance s’étend désormais dans plusieurs entreprises où les employés recherchent plus de bien-être au travail selon un article publié par trois chercheurs de l’Université Cambridge sur The Conversation.

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Daniel Angele Unsplash.

Sylvie Gendreau, Polytechnique Montréal

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.

D’où vient cette tendance de consommer des microdoses ?

En 2016, des participants se sont prêtés à une expérience menée par une équipe de chercheurs américains. Ils ont absorbé une substance psychoactive, la psilocybine, présente dans les champignons hallucinogènes utilisés depuis des siècles par de nombreuses sociétés traditionnelles.

Ses effets ont été peu étudiés de manière rigoureuse, mais les bénéfices escomptés sur le plan de la santé lui valent d’être l’objet d’une curiosité accrue de la part de la communauté scientifique.

Parmi ceux qui ont le plus contribué à populariser la consommation de microdoses, il y a le psychologue, James Fadiman, auteur, en 2012, de l’ouvrage The Psychedelic Explorer’s Guide : Safe, Therapeutic, and Sacred Journey (qu’on pourrait traduire : Le guide de l’explorateur psychédélique : un voyage sans risque, thérapeutique et sacré) dans lequel il présente « comment des doses extrêmement faibles de LSD améliorent le fonctionnement cognitif, l’équilibre émotionnel et l’endurance physique. »

Comme le rapporte Nelly Lesage, dans Numerama : « En compagnie d’autres chercheurs, il a établi un protocole, afin de mieux comprendre les effets des microcodoses de substances psychédéliques sur l’organisme. Dans ce protocole, auquel les internautes peuvent choisir de participer via un formulaire en ligne, il explique qu’une microdose de LSD se situe entre 8 et 15 ml et entre 0,4 et 1,6 ml pour la psilocybine.

En 2017, James Fadiman a donné un aperçu des données récoltées, lors de la conférence internationale Psychedelic Science organisée en Californie, ce qui explique probablement pourquoi ce sujet et certaines pratiques sont devenus à ce point populaire depuis un certain temps.

Les volontaires reçoivent des instructions sur la manière de consommer la drogue, mais aucune directive sur la manière de s’en procurer – évidemment, puisque ces substances sont illégales. Avec cette étude, James Fadiman cherche à montrer que des microdoses de ces substances – entre 5 et 10 % des « doses récréatives normales » – pourraient améliorer la productivité et soulager les dépressions que les médicaments habituels ne parviennent pas à soigner. »

Un scientifique expérimente devant la caméra !

Hamilton’s Pharmacopeia.

Connaissez-vous Hamilton Morris ? Scientifique fou, petit génie de la chimie et psychonaute (selon l’expert en drogue Daniel Pinchbeck), Hamilton étudie la chimie et la pharmacologie des tryptamines à l’Université des Sciences à Philadelphie. Chercheur, mais aussi journaliste (Harper’s Magazine, Vice et Playboy), il se passionne pour les chimistes clandestins. Il est l’auteur de l’étonnante série télévisée américaine, Hamilton’s Pharmacopeia, une odyssée à travers l’histoire, la chimie et les impacts sociétaux des médicaments les plus extraordinaires au monde. Si vous comprenez l’anglais et que le sujet vous intéresse, il a accordé une interview au blogger américain et auteur de best-sellers, Tim Ferris, la semaine dernière.

Dans toute expérience, la détermination de la dose est problématique. Ceux qui microdosent de manière incorrecte risquent de faire des voyages non désirés ou déplaisants. Il existe même des cas de symptômes de type psychotique chez certaines personnes vulnérables qui utilisent le LSD à des fins récréatives. Donc, attention, ce n’est pas parce que c’est tendance que l’on doive en consommer. Restez prudents, et lisez bien mon article jusqu’à la fin.

Hamilton explique cela en détail. Parmi les exemples qu’il donne, il a consacré un épisode entier sur les champignons où il explique que même issu d’une même souche, le champignon ne contient pas forcément les mêmes doses. En d’autres mots, ce domaine de recherche en est encore à ses balbutiements. Chaque drogue, selon ses ingrédients, a des effets différents. Certaines provoquent des expériences plus personnelles, d’autres plus universelles.

Il est donc important de poursuivre les recherches sur la sécurité et l’efficacité du microdosage de ces substances. Plus jeune, j’ai eu plusieurs amis qui n’ont pu surmonter leur addiction aux drogues. On peut glisser facilement, si on n’y prend pas garde. Les microdoses ne sont pas une panacée surtout si on ne sait pas exactement la quantité et les ingrédients que l’on consomme.

À quoi ressemble une expérience supervisée ?

Revenons à l’expérience des chercheurs américains.

Hans Reniers/Unsplash.

Les séances durent huit heures. Les participants ferment leurs yeux et se concentrent sur leurs perceptions mentales. Leurs commentaires sont notés, immédiatement après la séance, et deux mois plus tard.

Plusieurs d’entre eux affirment que ce qu’ils ont vécu pendant ces séances ont marqué durablement leur vie.

La psilocybine provoque une gamme assez étendue de sensations, certaines positives, d’autres moins. Ses effets, semblables à d’autres drogues hallucinogènes comme le LSD (le diéthylamide de l’acide lysergique), la mescaline ou le DMT (diméthyltryptamine) sont multiples :

  • Altérations de la perception (vue et audition).

  • Altérations de la cognition.

  • Altérations de la volonté.

  • Altérations de la capacité à réfléchir.

  • Altérations des humeurs.

  • Induction de phénomènes de dissociation.

Les sensations éprouvées pendant les séances ont été considérées par la plupart des participants comme étant à la fois subjectives, personnelles et ayant eu un impact positif sur leurs attitudes et comportements.

La prise de psilocybine peut être considérée comme étant semblable à une expérience mystique. Toutefois, il arrive que les sensations éprouvées provoquent de la peur et de l’anxiété. Afin de minimiser ces effets négatifs, les séances se déroulent en présence d’un accompagnateur.

La dose de psilocybine a été mesurée avec soin. Elle correspond à environ 30 ml pour 70 kg du poids du participant.

Quels sont les résultats ?

  • Augmentation de la pression sanguine et du rythme cardiaque qui se manifestent après 30 à 60 minutes.

  • Activité motrice spontanée.

  • Altération de la perception et de l’humeur (pseudo-hallucinations visuelles, illusions, synesthésie – la synesthésie est un phénomène neurologique non-pathologique lorsque deux ou plusieurs sens sont biassociés de manière plus ou moins durable. Par exemple, la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies) lorsque les lettres de l’alphabet ou les nombres sont perçus sous forme de couleurs), sensation de transcendance, joie ou anxiété.

  • Altération de la cognition : le sens de certains concepts, de certaines idées.

  • Expérience mystique : les deux tiers des participants interrogés affirment avoir vécu une expérience mystique.

  • Les effets, deux mois après l’ingestion, persistent. On note en particulier un renforcement des attitudes positives, une amélioration de l’humeur, de la sociabilité, du comportement. Deux répondants sur trois ont affirmé que la prise de psilocybine constituait l’une des expériences les plus significatives de leur vie.

  • La prise de psilocybine ne semble pas avoir de répercussions sur la personnalité des participants.

  • En début de session, les participants éprouvent une certaine anxiété face à une expérience nouvelle et déstabilisante. 30 % d’entre eux ont affirmé avoir ressenti de la peur. Ces sentiments se sont toutefois dissipés après la transe.

Les résultats de l’expérience pointent vers plusieurs pistes intéressantes de recherche. Les sociétés modernes font face à des problèmes de santé croissants pour lesquels les médicaments actuels s’avèrent plus ou moins efficaces ou présentent des effets secondaires importants. C’est le cas de la dépression majeure.

Une étude britannique récente a été menée auprès d’une vingtaine de patients atteints de dépression majeure et sur lesquels les médicaments prescrits ne produisaient pas les effets escomptés.

Deux doses ont été administrées à des patients souffrant de dépression majeure. Une première dose de 10 ml et une seconde, une semaine plus tard, de 25 ml.

Le niveau de tolérance des patients à la psilocybine est bon et une diminution marquée des symptômes dépressifs a été notée pour les cinq premières semaines suivant le traitement. Les effets bénéfiques se sont maintenus lors de deux évaluations post-mortem, 3 mois et 6 mois après l’expérience.

Le niveau de réduction des symptômes dépressifs est fonction de la vivacité de l’expérience psychédélique vécue par les patients.

Un individu sous l’effet d’une substance hallucinogène est particulièrement sensible au contexte dans lequel la séance se déroule. Le contexte diffère selon les expériences antérieures vécues par le participant, ses appréhensions, la qualité du lien établi entre lui et l’accompagnateur, ou même la musique qu’il écoute pendant la séance.

Cette approche nécessite un accompagnement psychologique qui se déroule en trois temps : la phase de préparation, la phase de surveillance (monitoring) pendant la séance, et finalement la phase d’analyse des résultats et de discussion avec le patient.

Comment s’inspirer de cette tendance sans consommer de microdoses ?

Le modèle proposé pour tenter d’expliquer les mécanismes neurologiques à l’œuvre repose sur l’état dans lequel le cerveau se trouve pendant la transe induite par l’absorption de la psilocybine. Le cerveau, faisant alors preuve d’une grande plasticité, révise les biais cognitifs dans lesquels il était enfermé. Cette perspicacité, ce discernement provoque une diminution des symptômes dépressifs proportionnelle en quelque sorte au degré d’intensité de la transe.

Ces recherches aideront à faire évoluer les traitements pour les dépressions sévères, mais ce qu’il faut en retenir également, c’est comment ces expériences pourraient nous donner des idées pour obtenir des résultats similaires sans consommer de microdoses.

Dans un monde de plus en plus compétitif, il est tentant de trouver une solution rapide pour nous aider à réaliser mieux et plus rapidement. En tant que société, nous devrions examiner les raisons pour lesquelles des personnes en bonne santé choisissent de consommer des drogues en premier lieu. Le recours à des technologies qui améliorent les capacités cognitives pour faire face à des conditions de travail exigeantes qui peuvent au bout du compte affecter la santé et le bien-être des individus.

Ces améliorations des performances cérébrales et créatives ne doivent pas être un substitut à un environnement de travail sain. Toute entreprise ou organisation devrait mettre ce sujet à l’ordre du jour, à intervalles réguliers. Si ses employés ressentent le besoin de consommer des microdoses pour un mieux-être au travail, c’est qu’il y a un problème à résoudre à la source. Heureusement, il existe de nombreuses approches pour résoudre ce genre de problèmes. Presque chacune de mes chroniques présente une ou deux pistes de solutions en ce sens.

Il est primordial de réfléchir à la vie que nous souhaitons avoir. Une des premières conditions est de réfléchir à nos biais cognitifs. Pourquoi agissons-nous de telle manière ? Pourquoi certains événements ou personnes nous influencent-ils ? Si vous êtes malheureux, ne vous laissez surtout pas abattre, investissez sur vous, développez vos soft skills, recherchez les personnes avec lesquelles vous souhaitez vivre et travailler, prenez soin de votre santé émotionnelle. Rappelez-vous que vous pouvez toujours choisir des environnements qui vous conviennent davantage. Sans bonheur, il sera difficile d’avancer.

Développer sa créativité est un super allié pour obtenir les mêmes résultats sans microdoses. Prenez du recul sur votre vie, offrez-vous des rendez-vous avec vous-mêmes, imaginez comment vous pourriez transformer vos difficultés en nouveaux projets stimulants. C’est d’ailleurs l’exercice que je vous propose cette semaine.The Conversation

Sylvie Gendreau, Chargé de cours en créativité et innovation, Polytechnique Montréal

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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