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Il existe des liens entre l'amitié et la réussite, scolaire ou sociale. Shutterstock

Dr Natasha Wardman, Australian Catholic University

Si nous repensons à notre enfance, la plupart d’entre nous seraient d’accord pour dire qu’il n’était pas toujours facile de se faire des amis quand nous étions en primaire. Parfois, les amitiés se nouaient par la force des choses, face au choix limité de camarades. Parfois, l’amitié était quelque chose d’utile à « acheter » et à « vendre » par l’échange de bonbons ou d’autres friandises.

Dans d’autres cas, les amitiés se développaient à partir de centres intérêts communs et d’activités extra-scolaires. Mais celles qui ont résisté à l’épreuve du temps sont celles qui ont embelli réciproquement les vies des personnes en question grâce à un humour commun, de l’empathie, de l’honnêteté, de la loyauté, de la confiance et du respect.

De ce point de vue, le meilleur type d’amitié ne dépend pas d’intérêts, de distractions ou de facilités qui peuvent disparaître avec le temps mais plutôt du caractère ou des qualités de chacun. Une telle amitié doit être accordée librement (plutôt qu’en forçant la main), être réciproque (plutôt qu’unilatérale) et mettre en avant les qualités de chacune des deux personnes, en leur permettant de se découvrir mutuellement, mais aussi de mieux se connaître elles-mêmes.

Une culture entre pairs

Du point de vue de la psychologie, il y a cinq étapes dans le développement des compétences sociales impliquées dans la formation de liens d’amitié :

  • la première étape (de trois à sept ans) correspond à des amitiés momentanées avec les personnes qui se trouvent à proximité immédiate ;

  • le deuxième étape (entre quatre et neuf ans) correspond à une amitié à sens unique avec quelqu’un qui peut nous aider à atteindre nos propres objectifs ;

  • la troisième étape (de six à douze ans) correspond une amitié réciproque, dans des circonstances bien définies ;

  • la quatrième étape (entre 11 et 15 ans) correspond à une amitié étroite, basée sur un soutien mutuel ;

  • la cinquième étape (de 12 ans à l’âge adulte) correspond à une amitié qui respecte l’autonomie de chacun, même s’il y a partage d’intérêts communs et de sentiments plus forts.

Du point de vue de la sociologie, l’amitié n’est pas une série de jalons biologiquement déterminés qu’il faudrait franchir les uns après les autres. Pour résister ou créer leur propre culture entre pairs, les enfants mettent en place des stratégies sociales qui diffèrent des attentes des adultes. Ils ne se contentent pas d’imiter la vie en société de leurs aînés.

Ceci dit, ce sont toujours les membres de certains clans qui définissent ce qui est considéré comme normal ou acceptable dans cette culture de pairs. En fait, être choisi comme ami par des pairs d’un statut équivalent ou plus élevé peut diminuer le risque de victimisation.

Vu la complexité de la création des liens d’amitié, il n’est pas surprenant que de nombreux parents s’inquiètent de la manière dont leurs enfants peuvent se faire de bons amis à l’école primaire. D’autant plus que la recherche a établi un lien positif entre des relations de bonne qualité et les résultats académiques. Les enfants bien insérés parmi leurs camarades souffrent aussi moins de stress et de situations d’exclusion.

Si des amitiés de bonne qualité sont importantes pour la réussite scolaire et la réduction du stress, que peuvent donc faire les parents et les enseignants pour les encourager ?

Soutien parental

Il n’y a pas de formule magique, mais on peut évoquer un certain nombre de stratégies, fondées sur des données solides, qui ont montré leur efficacité, sans tomber dans le risque de gâter ou sur-protéger les enfants. Il s’agit notamment :

  • d’envoyer votre enfant dans une école avec plus de diversité culturelle, où aucun groupe ethnique ne serait majoritaire et où le risque de victimisation est moindre

  • d’encourager votre enfant à participer à des activités extra-scolaires comme le sport, les arts créatifs ou des réunions entre jeunes qui donnent l’opportunité d’élargir son réseau social

  • d’organiser des réunions ludiques avec des pairs à l’aise en société, et qui ont les mêmes centres d’intérêt que votre enfant

  • de soutenir les stratégies personnelles de votre enfant pour se faire des amis à l’école, comme observer ses camarades, lancer ou accepter des invitations à jouer, créer des clubs et des groupes, y participer ou s’efforcer d’y inclure d’autres personnes.

Le regard des enseignants

Vu tout le temps que les élèves passent à l’école, les enseignants ont eux aussi un rôle à jouer pour les aider à nouer et à faire durer des liens d’amitié positifs :

  • enseigner explicitement les questions de savoir-être comme l’art d’exprimer ses opinions de manière constructive, de respecter les différences et de se soucier des sentiments des autres

  • donner du temps, de l’espace et des occasions aux élèves pour travailler ou jouer avec d’autres, repérer de nouveaux amis et entretenir les amitiés existantes

  • être conscient de cette culture entre pairs et rester à l’écoute des changements, des tensions et des exclusions parmi les groupes d’élèves amis, que ce soit dans la classe ou dans la cour de récréation

  • créer un espace neutre où les enfants peuvent parler d’amitié, sur le modèle d’un cercle de discussion régulier

Des liens qui évoluent

Parfois, nous sommes assez chanceux pour que les amitiés résistent au passage du primaire au secondaire (et au-delà). La recherche a montré que cela pouvait avoir un effet positif sur les performances académiques et la santé mentale.

Mais, parfois, nous nous épanouissons hors de ces amitiés à mesure que nous évoluons dans des directions différentes et que nos valeurs et nos intérêts changent. Il peut y avoir des moments où il vaut mieux rompre des amitiés quand elles brisent notre confiance et/ou nuisent à notre bien-être. Les enfants comme les adultes ont besoin de savoir quand et comment se détacher de telles amitiés et comment surmonter le sentiment de perte qui pourrait en résulter.The Conversation

Dr Natasha Wardman, Lecturer, School of Education and Arts, Australian Catholic University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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