Le Bien-Être Subjectif et les limites de l’hédonisme

La notion de Bien-Être Subjectif ( du chercheur Mr Diener) se rapporte à la conception du bonheur hédonique. Cette notion s’applique à la façon dont les gens évaluent leur vie en termes d’explications cognitives (la pensée)  et affectives (les émotions). Elle peut-être représentée ainsi: BES  = SATISFACTION DE VIE + AFFECT. La première partie, cognitive, du bien-être subjectif est exprimée par la satisfaction de vie qui représente la façon dont l’on perçoit la qualité de sa vie. On peut parler de satisfaction lorsqu’il n’existe que peu, voire aucun écart entre le présent et ce que l’on pense être un idéal ou une situation méritée. À l’inverse, l’insatisfaction peut aussi résulter de la comparaison avec les autres. L’affect représente l’aspect émotionnel du BIEN ÊTRE SUBJECTIF. La notion d’affect recouvre à la fois les humeurs et les émotions positives et négatives qui sont associées à l’expérience de la vie de tous les jours.

Toutefois, le fait de se sentir bien constitue-t-il une mesure adéquate de la qualité de vie d’une personne ? Sait-on vraiment ce que signifie être bien subjectivement, lorsqu’on évalue le bien-être subjectif d’une personne ? Une personne peut-elle être véritablement comblée sans savoir ce pourquoi elle vit, sans savoir à quoi sert sa vie, ou quel sens a son existence ? Sur les bases de la philosophie aristotélicienne  (du daimon, « vraie nature ») et sous l’influence de la psychologie humaniste, l’idée d’une alternative au bonheur hédonique apparaît avec la conception du bonheur eudémonique.  La dimension eudémonique interroge l’individu sur le contentement quant à sa vie, ses buts, attentes et réussites. L’individu examine son existence pour déterminer si elle correspond à ses souhaits. L’interrogation eudémonique est donc principalement cognitive. Certaines théorie comme la pyramide des besoins (de Mr Maslow), la théorie du développement de la psychologie et de la réalisation de soi (de Mr Rogers) ou encore celle de l’autodétermination (de Ryan & Deci) s’y rapporte. 

Ainsi, le bonheur hédonique est une condition nécessaire mais non suffisante du bonheur et c’est l’association de ces deux conceptions  hédonique et eudémonique qui permet le bonheur. 

Du bonheur authentique à la théorie du bien-être

Martin Seligman, qui est à l’origine de tout le mouvement de la psychologie positive, a introduit un modèle de bonheur authentique, par lequel, dans sa tentative de comprendre ce qu’est vraiment le bien-être, il distingue la vie agréable de la vie épanouissante, et ces deux dernières, de la vie qui a du sens. La vie agréable est dédiée à la poursuite d’émotions positives, et peut être mise en parallèle avec le bien-être hédonique. Dans la vie satisfaisante, l’individu utiliserait les forces dominantes de son caractère pour obtenir l’engagement, c’est-à-dire une immersion complète dans une activité, similairement au flow. Pour finir, la vie qui a du sens, la vie intelligente, consiste à utiliser ses forces au service de quelque chose de plus grand que soi-même. 

En 2011, le modèle de bonheur authentique  a été élargi à un modèle de bien-être, comprenant les trois mêmes éléments, plus deux autres : l’accomplissement (la recherche de la réussite, du succès et de la victoire, comme des fins en soi) et les relations (se connecter avec les autres). Les premières lettres des cinq composants donnent, en anglais, l’acronyme PERMA, qui se réfère habituellement à la nouvelle théorie de Seligman. Seligman soutient que la poursuite de l’engagement/du flow et celle du sens peuvent toutes deux être considérée comme eudémoniques. Les travaux de recherche de Seligman et de ses collaborateurs montrent que, lorsque les gens entreprennent des activités hédoniques (par exemple, les loisirs, le repos ou le divertissement), ils éprouvent de nombreux sentiments agréables, sont plus énergiques et ont peu de sentiments négatifs. Au cours de ces activités, ils sont en réalité plus heureux que ceux  qui entreprennent une recherche eudémonique. À long terme, cependant, ceux qui mènent une existence plus eudémonique (qui travaillent à développer leurs potentiels et leurs compétences, en apprenant quelque chose) sont plus satisfaits de leurs vies.

La théorie de l’adaptation

Un certain nombre de théories postulent qu’il est impossible de changer durablement le niveau de bonheur de quelqu’un. Parmi elles, la théorie de la somme nulle énonce que le bonheur est cyclique et que les périodes heureuses et malheureuses se suivent. Toute tentative d’accroître le bonheur est bientôt caduque à cause de la période malheureuse que s’ensuit. Une autre théorie soutient que le bonheur est une caractéristique fixe qui n’est par conséquent pas susceptible de changer, bien que le bonheur ne soit pas exactement aussi stable pour les adolescents et les jeunes adultes, et bien qu’il puisse être impacté par des changements majeurs dans la vie. Par conséquent, il est plus probable que le bonheur « ait tendance » à se fixer, plutôt qu’il ne soit fixé dès le tout début de la vie.

La théorie de l’adaptation prédit quant à elle que le bonheur fluctue selon les événements positifs et négatifs de la vie mais qu’il retourne rapidement à sa ligne de fond. Ainsi, l’obstacle majeur à un bonheur durable serait de s’habituer à être heureux. On sait que les gagnants du loto retournent assez vite à leur niveau de bien-être habituel, et que les paraplégiques et quadriplégiques semblent également s’adapter à leur état, jusqu’à revenir à un niveau de bien-être presque équivalent à celui qu’ils connaissaient auparavant. De même, le taux de bonheur des américains de 1940 à 1990 est resté relativement stable alors que le salaire a quant à lui triplé. Et le manager promu passe lui aussi d’une « lune de miel » (pic de bien-être) à un effet « gueule de bois » (diminution de satisfaction) en un an. Ni l’argent, ni l’amour, ni la réussite professionnelle ne peuvent apporter un bonheur durable si l’on ne sait pas se préserver d’un processus d’usure appelé : « habituation hédonique » ou encore qui en anglais le « tapis roulant hédonique », une expression qui peut désigner à la fois la cherche incessante du bonheur hédonique et/ou les déterminants (stables) du bonheur subjectif.  On a ainsi découvert que seuls les événements s’étant produits pendant les deux à trois mois précédents influençaient le bien-être. Toutefois, en dépit des preuves selon lesquelles les gens s’adaptent au fait d’avoir gagné au loto, aussi bien qu’à une blessure de la moelle osseuse, il existe certaines conditions (comme le veuvage et le chômage de longue durée) auxquelles les gens ne s’adaptent jamais complètement. 

Trois stratégies gagnantes pour accroître son bonheur

L’exercice physique

Si beaucoup prône l’importance de l’activité physique peu savent combien c’est important pour une vie épanouissante. Savez-vous, par exemple, que l’exercice réduit l’anxiété et le stress, le risque d’hypertension artérielle, de diabète de type 2, de maladie cardiaque, d’insomnie, d’obésité et, probablement, de démence ? Savez-vous qu’il améliore non seulement le fonctionnement physique mais aussi cognitif ? Qu’un peu d’exercice peut doubler la résistance des muscles chez des adultes frêles âgés de 87 ans ? Plus encore, la recherche en psychologie démontre que l’exercice pourrait bien être le remontant le plus fiable quand le bonheur fait défaut . Ne pas faire d’exercices équivaut à prendre des « dépresseurs » (Tal Ben-Shahar ) Voici pourquoi : une étude reconnue a comparé trois groupes de patients souffrant de dépression. Au premier groupe avait été prescrit des antidépresseurs, au second groupe des exercices d’aérobic et au troisième, une combinaison des deux. Indépendamment du régime de traitement, la plupart des participants allaient mieux quatre mois après avoir commencé. Des résultats inattendus sont apparus au bout de six mois, quand 38 % des patients en guérison du premier groupe sont retombés dans la dépression, 31 % du troisième groupe combiné ont rechuté dans la maladie et seulement 9 % de ceux qui n’avaient fait que de l’exercice ne retombaient dans la dépression .

La pleine conscience du moment présent 

La pleine conscience du moment présent ou mindfulness, qualifiée aussi « d’attention réceptive à », et de « conscience d’évènements présents et d’expériences », est l’une des interventions majeures promues par la psychologie positive. C’est aussi une pratique ancienne, datant de milliers d’années, un élément commun aux religions orientales et typiquement associées au Bouddhisme. Cette pratique comprend la capacité à prêter attention à ce qui se passe dans un but précis, au moment présent et sans jugement. Il est aujourd’hui démontré que la méditation par la pleine conscience produit un changement dans l’activité cérébrale associé à la réduction des affects négatifs et à l’augmentation des affects positifs. Elles révèlent aussi un lien clair entre méditation et fonction immunitaire, et entre les changements du fonctionnement cérébral et l’immunité. Les chercheurs ont conclu qu’il s’agit aussi d’une bonne intervention pour toute une série de maladies chroniques. Aussi bien, qu’est-ce que la pleine conscience en termes pratiques et comment y parvient-on ? La pleine conscience est la simple (cependant difficile) pratique consistant à cultiver la conscience sans jugement et de ce qui se déroule dans le moment présent. En amenant délibérément notre attention sur un objectif unique de conscience (tel que la respiration, l’odeur ou le goût) nous pouvons amener notre cerveau dans le présent, plutôt que l’autoriser à être préoccupé par le passé ou le futur. La pleine conscience peut être utilisée dans de nombreuses situations, par exemple en nettoyant, en marchant ou en faisant la queue. Cela demande une concentration sans effort et une attention pleine et entière de la personne  à ce qu'elle expérimente ou fait à ce moment-là. En faisant attention au moment présent, sans jugement, cela permet de prendre en compte les pensées et les croyances pour analyser si celles-ci aident ou pas l’individu. 

La gratitude 

La gratitude est un concept sous-jacent de nombreuses interventions de psychologie positive dans la mesure où elle promeut l’idée de savourer les évènements positifs.

Plusieurs études portent sur l’augmentation de bien être lié à la gratitude. Par exemple, il semble que lorsque les personnes font le point concernant les bonnes choses (et non les mauvaises) qui leurs sont arrivées une fois par semaine (ou une semaine par mois), il y a une augmentation de leur niveau de bien-être. Elles ont tendance à ressentir plus de joie, d’énergie, d’attention et à être plus sociales et ces effets perdurent pendant des mois ! L’important est de ne pas en faire une sorte de corvée au risque d’en perdre le sens et l’efficacité. Ainsi, la manière de pratiquer la gratitude est une clé pour parvenir à un état de bien-être. L’un des impacts les plus puissants sur le bien-être (mais hélas temporaire) est la lettre de gratitude. Cet exercice requiert que l’on écrive une lettre à quelqu’un que l’on n’a jamais vraiment remercié. Il s'agit ensuite soit de lire la lettre à la personne à voix haute soit de l'envoyer par courrier (même si la première manière citée est l’idéal). Ce qui est encore plus intéressant, c’est que l’exercice marche même lorsque l’on envoie pas la lettre !

Pour finir, la gratitude est un composant impératif du bien-être, qui force les individus à prendre du recul et à réfléchir sur ce qu’ils ont et qui ils ont dans leur vie, de même que cela contrebalance la complaisance et l’attitude consistant à prendre les choses pour acquises.

Ilona Boniwell

Professionnelle renommée en Psychologie Positive, à la direction de la société de conseil Positran qui œuvre à la transformation positive par la psychologie.

Professionnelle renommée en Psychologie Positive, à la direction de la société de conseil Positran qui œuvre à la transformation positive par la psychologie.

Saphia Larabi

Chargée de transformation, formation et communication, au sein de Positran.

Chargée de transformation, formation et communication, au sein de Positran.

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