Les chroniques de Marie-Pierre Toubhans : handicap et droit au savoir

Enseignement supérieur : quel accompagnement des étudiants en situation de handicap ?

En cette rentrée, de nombreuses concertations débutent, pour certaines, sur des sujets nous avons évoqués l'an dernier, comme APB, la transition entre le secondaire et le supérieur, ou encore la vie étudiante. Pour toutes, l'enjeu de la dimension inclusive des politiques publiques est central. Concernant l’accompagnement des jeunes en situation de handicap, de la maternelle à l’enseignement supérieur, est annoncée l’ouverture d’une concertation pour le mois d’octobre. Nous aborderons ce mois-ci à partir de différentes expériences l’accompagnement des étudiants en situation de handicap.

« Accompagner »… mais encore ?

José Puig, dans une intervention lors d’une journée d’étude de Droit au savoir en 2014, soulignait la complexité de ce terme :

« Dans la loi du 11 février 2005, le verbe « accompagner » ou ses dérivés (adjectifs comme « accompagnant », ou substantifs comme « accompagnement, accompagnateur »), apparaissent plus de quarante fois. Mais, malheureusement, ils restent sans définition claire ou avec des définitions implicites très variables : tantôt on parle simplement d’un accompagnement physique ; tantôt, c’est une sorte de mot-valise se substituant, comme plus « politiquement correct » à « prise en charge » mais sans contenir d’analyse réelle des conséquences de ce glissement sémantique, et notamment de réflexion sur les places respectives des accompagnés et des accompagnants ; tantôt, ce vocabulaire se thématise : on parle par exemple d’accompagnement professionnel ou d'accompagnement scolaire. Dans tous les cas, ces évolutions lexicales méritent qu’on y réfléchisse sérieusement car elles ont toujours une incidence forte sur les pratiques professionnelles ».

En effet, ce sujet, nécessite une réflexion poussée de tous les acteurs à partir des attentes des personnes en situation de handicap et de leurs besoins. Elle ne peut se discuter en dehors de la perspective d'une société inclusive qui constitue un « tout » mais que l’on peut décliner dans les différents espaces sociaux : l’école, l’université, l’entreprise, la culture, la vie sociale…

Il ne peut non plus se départir d’une réflexion sur les métiers, les parcours et les besoins inhérents à chaque transition… prenant en considération l’âge du jeune, ses aspirations, ses capacités, son environnement.

Nouveaux étudiants, nouveaux besoins

On l'a déjà vu, le profil des étudiants en situation de handicap évolue, au fur et à mesure que progresse la scolarisation dans le primaire et le secondaire (cf. Choisir son orientation, un enjeu du 21° siècle) et qu’augmentent les attentes des jeunes eux-mêmes, comme les autres, ils souhaitent investir tous les champs du possible (Erasmus, service civique, alternance…).

Ces deux phénomènes croisés entraînent l’émergence de nouvelles problématiques.

D’autant qu’à côté des besoins spécifiques liés à la formation et à sa mise en accessibilité, le statut d’étudiant induit souvent un changement de lieu de vie et donc la recherche d’un nouvel environnement accessible et adapté répondant aux besoins d’un jeune en formation – logement, transport, service d’aide et d’accompagnement…

D’ailleurs, le CIH de décembre 2016, ne s’y était pas trompé, pointant dans ses mesures l’importance de travailler à la fois ce qui concerne directement les parcours (l’orientation, l’accessibilité des examens et concours, l’évolution pédagogique…) mais aussi tout cet « à côté », nécessaire et parfois fondamental pour la poursuite d’étude d’un jeune en situation de handicap, intégrant même l’aide au travail personnel à domicile.

L’accompagnement des étudiants en situation de handicap

Le passage à l’université constitue une transition importante pour tous les étudiants, et plus encore pour les étudiants en situation de handicap. Le changement de statut, mais aussi les barrières d’âge en termes de droits ont également une incidence (fin d’un dispositif de type SESSAD par exemple alors que les besoins sont toujours là), tout comme l’évolution du dispositif d’accompagnement qui prend en compte le fait qu’on s’adresse désormais à de jeunes adultes dans un environnement bien particulier : l’enseignement supérieur. Les deux expressions « jeunes adultes » et « enseignement supérieur » ayant leur importance et étant complémentaires.

La distinction entre ce qui relève de l’accessibilité (du ressort de l’université tant en termes de financements que de mise en œuvre) et ce qui relève de la compensation (du ressort de la MDPH avec la PCH) permet de faire appel à des personnes différentes et qualifiées. Par exemple, l’aide à la vie quotidienne doit être effectuée par des professionnels spécifiques (car cela demande une compétence technique spécifique) distincts de ceux assurant l’accessibilité au contenu des savoirs (qui nécessite là aussi niveau de compétence et/ou d’étude), et ce afin de permettre au jeune de se construire dans son intimité et d’éviter toute présence qui pourrait entraver ses relations ses pairs ; de la même façon, qu’aucun salarié n’accepterait d’être accompagné par un collègue de travail aux toilettes…

Cette distinction est gage de qualité des accompagnements et du respect du jeune dans la diversité de ses besoins. Elle est le résultat d'un comité de pilotage interministériel qui a fait suite à la loi de 2005 (voir la typologie des prestations et compétences qui définit les modalités d'accompagnement dans l'enseignement supérieur).

Le cas particulier des preneurs de notes, doit être réfléchi. Un preneur de notes doit être formé à la prise de notes mais également à des savoirs faire et savoirs être spécifiques. Il ne doit pas être « attaché à un étudiant » (sauf situation de handicap qui l’exige et qui nécessite une présence connue), pour éviter l’isolement vis-à-vis de ses pairs. Cela permet aussi d’adapter le profil de l’accompagnant au cours suivi (physique, langues étrangères, psycho…). Différentes expériences existent qu’il conviendrait de partager (temps de formation avant le recrutement, professionnels spécialisés dans la prise de note…) afin de tirer un bilan, mutualiser les bonnes pratiques… et de déterminer les pièges à éviter.

Dans cette complexité, la coordination, c’est-à-dire, l’articulation des interventions pour l’accompagnement aux actes de la vie quotidienne, au contenu pédagogique, au transport… est nécessaire afin que l’étudiant ne devienne pas « gestionnaire » de son handicap, au lieu d’être étudiant. Ce rôle de coordination permet aussi la transmission de l’information entre les différents partenaires.

Droit au Savoir a travaillé à l’idée d’un service support, dont la forme et le statut doit varier en fonction des réalités et histoires locales (interne à l’établissement et/ou associatif). Son rôle étant de gérer les besoins de coordination, de jouer le rôle de plateforme de ressources, d’offrir un cadre de formation continue à ses salariés, de faire de l’information et de la sensibilisation auprès des différents partenaires, d’embaucher des professionnels de l’accompagnement, permettant un encadrement de qualité … Une ambition !

L’aide au travail personnel à domicile

L’aide au travail personnel à domicile est aujourd'hui le parent pauvre de l’accompagnement, reconnu par de plus en plus de partenaires mais financé par … personne. L’augmentation du nombre de jeunes en situation de handicap dans l’enseignement supérieur en fait un enjeu qui ne cesse de croître. Entendons nous bien, il ne s’agit ni d’un accompagnement à la vie sociale, ni de soutien scolaire.

« Il s’agit bien du travail personnel inhérent au cursus, requis par les enseignants, que doit fournir tout jeune en formation en dehors de ses heures de cours ou de TD. Travail qui suppose souvent la rédaction de textes ou de notes, la production de schéma… Ces travaux comme pendant les temps de cours nécessitent une aide technique ou humaine afin d’en faciliter la réalisation, d’en limiter le temps de production et donc réduire la fatigabilité du jeune. »

Bien entendu, l’accompagnement humain se fait après avoir mis en œuvre les aides techniques nécessaires à l’étudiant, dans une démarche d’autonomie. Et cela requiert des professionnels compétents (pour faire de la remédiation linguistique auprès d’un étudiant déficient auditif, par exemple, un professionnel de la surdité, un enseignant spécialisé, est indispensable, tout comme l’aide à la représentation graphique pour un étudiant déficient visuel).

Des quelques expériences menées, cette aide au travail personnel à domicile est à la fois nécessaire et très ciblée, elle ne nécessite pas des interventions quotidiennes ni très importantes. Mais elle demande à être réellement reconnue.

Dans la concertation sur l’accompagnement de l’école à l’enseignement supérieur annoncée, c’est à nous tous d’y apporter nos expériences et contributions pour des réponses adaptées aux besoins individuels et collectifs dans une perspective commune, celle de construire la société inclusive de demain.

Marie-Pierre Toubhans

Coordinatrice générale de l'association Droit au Savoir

Coordinatrice générale de l'association Droit au Savoir

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