Le cannabis, ou chanvre indien, est une plante qui se présente sous différentes formes. Il est essentiellement consommé sous forme d’herbe (marijuana, weed, marie-jeanne, beuh, ganja…) ou de résine, pâte confectionnée avec ses fleurs (haschisch, shit..). On le trouve aussi parfois sous forme d’huile et de préparation culinaire, type gâteau ou infusion principalement.

Près d’un français sur deux a déjà expérimenté le cannabis, 5 millions sont usagers réguliers dont 700 000 usagers quotidiens, ce qui en fait la substance illicite préférée des français.

Le cannabis, comme les autres drogues, interagit avec les neurotransmetteurs et autres messagers chimiques du cerveau. Il détourne de leur nature les systèmes cérébraux responsables du plaisir et de la récompense. La dopamine est un élément clé dans le repérage de récompenses naturelles pour l’organisme. Des stimuli naturels comme l’eau ou la nourriture vont inciter notre cerveau à l’action, et provoquer des comportements d’approche. Cette action sera récompensée par une sensation de plaisir, et la dopamine va participer à la mémorisation inconsciente des indices associés à ces récompenses. Cela nous incitera à répéter l’action afin de ressentir à nouveau ce sentiment de satisfaction.

Il est désormais établi que quasiment tous les produits qui déclenchent la dépendance chez l’homme augmentent la libération de la dopamine, dans une zone précise du cerveau, le noyau accumbens. Heureusement, tous ceux qui essayent une drogue récréative n'en deviennent pas dépendants. La capacité des différentes drogues psychoactives à entrainer la dépendance est très variable : allant d'un risque élevé́ - comme dans le cas de la cocaïne, de l'héroïne et de la nicotine - à un risque plus bas, comme pour l'alcool, le cannabis, l'ecstasy ou les amphétamines.

Connu et domestiqué depuis le néolithique, le chanvre est une des plantes les plus cultivées au monde et est utilisé depuis plus de 10 000 ans à des fins aussi bien religieuses que médicales, et ce dans presque tous les pays (Chine, Inde, Egypte, Grèce…).

Le cannabis contient une centaine de composants, dont le THC (Tétrahydrocannabinol), principe actif responsable des ses effets psychoactifs. Pour l’anecdote, ce n’est pas le THC que les chiens renifleurs de la brigade cynophile sont capables d’identifier, mais un autre de ses composants, l’oxyde de caryophyllène, présent dans le haschich et responsable avec d’autres terpènes de son odeur caractéristique.

La structure du THC n’a été déterminée qu’en 1964, et sa concentration varie de manière importante, de 10% en moyenne pour l’herbe et la résine à 30% pour l’huile. Plus sa concentration est élevée, plus les effets du cannabis peuvent être importants. La teneur en THC dépend de l’origine géographique et des pratiques culturales. De nombreux croisements et sélections de variétés les plus fortement dosées sont réalisés, faisant apparaître sur le marché depuis quelques années du cannabis pouvant atteindre une teneur en THC de 30 %.

Des molécules « cannabis-like », cannabinoïdes naturels endogènes (endo-cannabinoïdes) sont produits par le corps humain et assurent différentes fonctions biologiques. Les récepteurs capables de les reconnaître, et ainsi de transmettre leurs signaux, ont été découverts au début des années 1990. Chez l’homme, ils existent sous deux formes : le récepteur CB1 qui se trouve essentiellement dans le cerveau (hippocampe, cortex, cervelet et ganglions de base) ; le récepteur CB2, que l’on trouve également dans le système nerveux central, est lui principalement localisé dans certaines parties du système immunitaire, dont la rate.

Les endo-cannabinoides modulent diverses fonctions physiologiques.  Ils participent à la régulation de l’humeur, de la mémoire, de l’appétit, de la douleur, de la cognition et des émotions. Le THC se lie directement aux récepteurs endocannabinoides. Lorsqu’on introduit du cannabis dans l’organisme, son ingrédient actif, le Delta-9-tetrahydrocannabinol (ou THC), peut donc perturber toutes ces fonctions. La sensation d’euphorie légère, de relaxation et de perceptions auditives et visuelles amplifiées que produit la marijuana s’explique presque entièrement par son action sur ces récepteurs cannabinoïdes. Le THC commence par se fixer sur les récepteurs CB1. Ce récepteur modifie alors l’activité de plusieurs enzymes intracellulaires, qui après plusieurs réactions en chaine, diminuera la quantité de neurotransmetteurs relâchée. L’excitabilité générale des réseaux de neurones s’en trouvera donc elle aussi amoindrie.

Afin de mieux cerner et de pouvoir évaluer les usages problématiques du cannabis, l’OFDT (Organisation Française des Drogues et Toxicomanies) a développé un outil de repérage : le Cannabis Abuse Screening Test (CAST) à partir des principaux critères de détermination de l’abus et de l’usage nocif issus des diagnostics du DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 4e édition) et de la CIM 10 (Classification Internationale des Maladies - 10ème version). L’objectif était de fournir une description des usages problématiques indépendamment de la fréquence d’usage à partir des enquêtes en population générale menée en France. En 2017, au regard de ce CAST, un usager dans l’année de cannabis de 17 ans sur quatre présenterait un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance au cannabis. A l’adolescence, le développement du cerveau n’est pas terminé, il est donc plus vulnérable aux substances psychoactives que le cerveau de l’adulte. Plus la consommation régulière de cannabis est précoce, plus le développement cérébral est freiné, en particulier si la consommation a débuté avant l’âge de 15 ans, âge où les capacités cérébrales liées aux capacités cognitives se développent. A long terme, les performances intellectuelles peuvent être altérées : troubles de l’attention, du temps de réaction, de la mémoire à court terme, et de la faculté à prendre des décisions. La consommation précoce de cannabis peut également accroître le risque de dépendance. Les preuves sont limitées sur l’augmentation du risque de s’initier à d’autres drogues, à commencer par le tabac, et modérées sur celui de développer une dépendance à une autre substance (alcool, tabac ou autres drogues illicites).

Un certain nombre d’études s’est penché sur un éventuel lien entre cannabis et santé mentale. L’usage du cannabis est statistiquement associé au risque de développer une schizophrénie ou d’autres psychoses, avec un risque d’autant plus grand pour les gros consommateurs, néanmoins la plupart des usagers de cannabis ne développeront pas de schizophrénie. En revanche, chez les personnes particulièrement fragiles au niveau psychique, souffrant de troubles de l’humeur ou de troubles anxieux, la consommation de cannabis pourrait être un des facteurs favorisant la survenue d’une schizophrénie. Cette relation de cause à effet reste néanmoins controversée. Les données actuelles vont plus dans le sens d’une accélération des symptômes, une augmentation de l’intensité des crises et des rechutes plus fréquentes, chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques préexistants (schizophrénie, trouble bipolaire, etc.).

De par une consommation importante chez les jeunes, les recherches sur l’impact du cannabis sur les fonctions cognitives sont d’un intérêt majeur. Une étude a été menée par une équipe de l'université de Montréal, sur une cohorte 3826 ados et a permis d’analyser, année après année, l'incidence de la consommation de cannabis sur le développement cognitif. Chaque année et durant quatre ans, ces individus ont été soumis à différents tests mesurant plusieurs paramètres tels que la mémoire à court et long terme, le raisonnement perceptif (représentation visuo-spatiale ; correspond à l‘intégration et la manipulation cognitive des informations pour résoudre des problèmes visuels complexes), l’inhibition (capacité à éliminer les stimuli qui ne sont pas pertinents pour ce que l’on est en train de faire ou de penser) et la mémoire de travail (capacité à retenir une information temporairement à l’esprit et à la manipuler mentalement). Ces tests ont ensuite été mis en regard de leur consommation de cannabis, déterminée par un questionnaire standardisé. Il en ressort une neurotoxicité spécifique et durable du cannabis sur le cerveau en développement, touchant en particulier les fonctions cérébrales régulant la mémoire et l'inhibition. Cela confirme chez l’humain, ce qui est observé chez des souris que l’on soumet à de faibles doses quotidiennes de THC pendant un mois. Ces souris sont ensuite soumises à un test de mémorisation spatiale (test de la piscine de Morris). Le rongeur est placé dans un bassin d’eau dans lequel se trouve une plateforme immergée. Il doit apprendre à utiliser des indices spatiaux situés dans la pièce pour naviguer jusqu’à cette plateforme, et s’y poser. Plus la mémoire de l’animal est affectée, plus il met de temps à retrouver la plate-forme. Sous THC, les capacités cognitives de l’animal sont diminuées.

Une découverte étonnante a cependant surpris les chercheurs. Lorsque les mêmes expériences sont réalisées chez des souris âgées, alors le THC leur permet de retrouver une capacité de mémorisation comparable à celle des souris jeunes non traitées. L’hippocampe est une région clé du cerveau pour la mémorisation. Il a été montré précédemment qu’avec l’âge la densité des synapses diminue (régions où deux neurones interagissent pour permettre le passage du signal). Or, cette densité est restaurée après traitement par THC ! Ce dernier, en revanche, n’a pas d’effet sur l’hippocampe de la souris jeune. D’autres modifications sont mises en évidence, telle qu’une plus forte quantité de Klotho, un gène impliqué dans le ralentissement du vieillissement, ainsi que de plus haut niveau d’un facteur nutritif essentiel pour les neurones, le BDNF (brain-derived neurotrophic factor). Ces résultats permettent d’avancer des arguments scientifiques justifiant de continuer à proscrire le cannabis pour les plus jeunes. S’ils s’avéraient transposables à l’homme, il pourrait être proposé désormais aux plus âgés d’entre nous pour améliorer nos performances ! En attendant la recherche se développe sur l’élaboration de substances dérivées du cannabis qui récapituleraient les effets bénéfiques du THC mais seraient plus sélectifs, pour éviter ses effets secondaires…

Depuis de nombreuses années, la question d’une évolution de la législation française sur le cannabis est posée : Cela diminuerait-il ou augmenterait-il la consommation, en particulier chez les plus jeunes ? Quels enjeux économiques et sociétaux entre l’appétit des géants industriels et autres start-ups, et le marché noir actuel ? Cela suscite de nombreux débats, souvent passionnés, parfois houleux et aux idées préconçues. Il est important de dissocier un usage récréatif d’un usage médical du cannabis. C’est déjà le cas dans de nombreux pays, et la culture, la possession pour usage privé et la distribution sont alors réglementées. De nombreuses vertus sont reconnues au cannabis et justifient son usage dans diverses maladies pour soulager différents symptômes ou effets secondaires de médicaments. La chronique d’août de Valbiome développera ces différents aspects, et présentera l’autre visage du cannabis : le cannabis médicament.

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Valbiome est une association Loi 1901 qui œuvre pour la diffusion de la culture scientifique auprès du public de 3 à 103 ans. Elle regroupe des scientifiques vulgarisateurs qui ont à cœur de partager leurs passions pour la recherche, de diffuser les savoirs et de décrypter les dernières découvertes en sciences biomédicales. Valbiome organise ou participe à divers évènements (Ateliers, animations, fête de la science, conférences) et diffuse à travers plusieurs media.

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Dr Sylvie Thirion
Photo de Sylvie Thirion, enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

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