Une enquête de Sociovision intitulée « Bonheur privé, détachement collectif » met en avant une volonté omniprésente des Français de prendre de la distance avec la vie publique, au profit de leur tranquillité individuelle. L’étude fait émerger un modèle de réussite nouveau dont le but est d’apporter plus de place au bien-être personnel et à la vie privée.

Optimisme personnel et pessimisme collectif

Cette enquête de Sociovision, expert dans la compréhension et l’anticipation des changements de société, a été réalisée en 2018 sur un échantillon de 2000 personnes de 15 à 74 ans. Elle fait ressortir un optimisme individuel avec 72 % des personnes interrogées qui croient en une amélioration de leur vie personnelle dans les années à venir. Moins d’un tiers toutefois partagent cet optimisme pour l’avenir de la France.

Des inégalités sociales marquées

Selon l’étude, 35 % des Français estiment faire partie de la classe modeste et seuls 4 % composent la classe aisée. Plus de la moitié d’entre eux déclarent devoir diminuer leurs dépenses alimentaires à la fin du mois, taux en forte hausse depuis 2013. D’autre part, environ un Français sur dix a recours à des banques alimentaires ou des associations telles que les Restos du Cœur.

Un déclin du système politique et social

Bien que 79 % des Français soient fiers de notre modèle de protection sociale, 78 % voient les inégalités se creuser au sein de la population face aux dépenses de santé et 76 % pensent que les avantages sociaux vont être remis en cause. Seuls 16 % des Français pensent que les grands partis politiques servent l’intérêt général. On note un sentiment prédominant de coupure entre le monde politique et le reste de la société. Plus de la moitié des personnes interrogées prévoient un véritable bouleversement social et institutionnel d’ici 5 ans.

La vie privée avant tout

La majorité des Français (56 %) ont aujourd’hui des objectifs individuels qu’ils s’efforcent d’atteindre, face à une envie d’un but commun qui s’effondre peu à peu depuis 2016. Pour privilégier leur vie privée, plus de la moitié des personnes interrogées seraient prêtes à sacrifier leur travail, la réussite sociale et professionnelle n’étant plus une priorité. Une certaine inquiétude ressort quant à la disparition progressive de l’intimité, avec internet considéré comme étant son ennemi numéro un.

Un retour aux bonheurs simples

L’enquête fait ressortir un désir d’hédonisme avec un recentrage sur les activités simples, partagées avec ses proches, chez soi. 73 % des Français aimeraient profiter de tous les plaisirs de la vie dans les années à venir et 58 % d’entre eux souhaitent renouer avec les « choses vraies de la vie ». Plus de la moitié désirent un ralentissement du rythme de vie et le modèle matérialiste semble s’effriter avec une majorité de Français pensant que la consommation va connaître un ralentissement. Par ailleurs, 51 % d’entre eux estiment agir dans leur vie quotidienne pour préserver l’environnement, taux en forte hausse depuis 2015.

En quête de sens et de bien-être au travail

Un quart des Français s’ennuient dans leur travail et 28 % pensent que leur travail a de moins en moins de sens. D’autre part, 27 % se sentent proches des personnes qui choisissent un emploi utile à la société, au risque d’avoir un revenu plus faible. Aspiration en hausse, 41 % des Français préfèrent avoir un emploi passionnant, quitte à gagner moins d’argent.

Pour les Français, les relations avec les collègues et la reconnaissance forment la base du bien-être au travail. Les entreprises semblent décevoir de plus en plus : un salarié sur deux considère que son entreprise ne se soucie pas de son bien-être. Pour plus de motivation et de stimulation, 62 % des Français aimeraient que leur entreprise leur offre des expériences variées et 91 % d’entre eux aimeraient être formés tout au long de leur vie afin d’assurer un maintien de leurs capacités professionnelles.

Quelles solutions pour un meilleur avenir ?

Pour répondre aux problématiques rencontrées par les Français, les auteurs de l’étude proposent de mettre l’accent sur :

  • L’encouragement des initiatives locales et individuelles, le soutien des acteurs et institutions locaux

  • Des produits plus en accord avec la santé et l’environnement, l’engagement sur la transparence et l’accès à la qualité de vie, l’équilibre des rythmes personnels et professionnels

  • La fin du modèle de consommation de masse, une meilleure considération et personnalisation vis-à-vis des consommateurs

Julija Meilunaite, rédactrice

Rédactrice WEB et auteure de livres

Rédactrice WEB et auteure de livres

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