Le blanchissement sévère et répété de la Grande Barrière de corail n’a pas seulement endommagé les coraux, il a aussi diminué la capacité du récif à se reconstruire.

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Le blanchissement des coraux est notamment lié à la hausse des températures dans l’océan. Bette Willis/AAP

Morgan Pratchett, James Cook University

C’est ce que révèle notre étude, publiée ce jeudi 4 avril dans Nature. Selon nos travaux, la production actuelle de bébés coraux ne suffit plus du tout à remplacer les très nombreux adultes morts : le « recrutement » des nouvelles générations qui s’installent sur la Grande Barrière a chuté de près de 90 % depuis 2016.

Si les coraux ne meurent pas systématiquement lorsqu’ils blanchissent, la persistance du phénomène en a tué un très grand nombre. Une découverte qui alerte sur la capacité de la Grande Barrière à récupérer lorsqu’elle est endommagée par des températures océaniques élevées.

Comment le corail récupère

La plupart des coraux se reproduisent en « pondant » : une fois par an, tous les coraux de la même espèce libèrent dans l’eau, de façon parfaitement synchronisée, des milliers de petits paquets renfermant leurs gamètes. En touchant la surface de l’océan, ces paquets éclatent : s’en échappent alors les ovules et/ou les spermatozoïdes. À mesure que les courants océaniques les déplacent, les œufs fécondés se transforment en larves. Celles-ci s’installent alors en différents endroits, formant des colonies coralliennes entièrement nouvelles. Or ce « recrutement larvaire » est essentiel à la récupération des récifs.

 

Afin de mesurer ce « recrutement corallien », l’équipe de recherche conduite par mon collègue Terry Hugues a attaché de petites tuiles de terre cuite aux récifs, juste avant la reproduction de masse annuelle. Ces parois de peuplement s’apparentent à un habitat classique, et permettent une meilleure détection des recrues coralliennes, dont la taille ne dépasse pas 1 à 2 mm.

À la suite du blanchissement massif récent, près de 1000 tuiles ont ainsi été déployées sur 17 récifs éloignés les uns des autres, à la fin de l’année 2016 et en 2017. Au bout de huit semaines, nous les avons collectées et inspectées avec attention au microscope, afin de compter le nombre de recrues coralliennes nouvellement installées. Nous avons ensuite comparé ces estimations aux données enregistrées au cours des deux décennies antérieures au dernier blanchissement.

Le blanchissement des coraux s’accélère. Brut.

Le recrutement enregistré ne représentait que 11 % des niveaux des décennies précédentes. Alors qu’il y avait plus de 40 larves coralliennes par tuile avant le blanchissement, elles n’en accueillaient plus que 5 en moyenne au cours des deux dernières années.

Résilience du récif

La Grande Barrière est le système corallien le plus grand au monde. Sa taille importante et la grande quantité de récifs distincts qui la composent la protègent de la plupart des perturbations. Même si de larges zones sont affectées, il y a des chances que d’autres régions maintiennent des stocks sains de coraux adultes, autant de sources de nouvelles larves susceptibles de favoriser leur reconstitution et leur rétablissement.

Les larves produites par la reproduction des coraux devraient s’établir sur d’autres récifs proches pour remplacer efficacement les coraux perdus en raison de perturbations localisées.

Il est donc rassurant de constater que le renouvellement corallien se poursuit malgré le blanchissement sévère et la mortalité massive qu’ont connus les coraux adultes de la Grande Barrière. Toutefois, la diminution substantielle et généralisée de leur repousse révèle l’ampleur de la perturbation causée par les vagues de chaleur récentes.

La baisse des taux de recrutement s’est révélée la plus importante dans le nord de la Grande Barrière de corail, où le blanchissement a été le plus prononcé en 2016 et en 2017 : c’est là aussi que la perte de coraux adultes a été la plus conséquente.

Ce déclin s’est révélé beaucoup plus modéré dans le sud de la Grande Barrière, moins touché par les vagues de chaleur et caractérisé par une abondance généralement plus élevée de coraux adultes dans ces zones. Toutefois, les courants dominants du sud (et les grandes distances à parcourir) rendent très improbable la dérive naturelle des larves de corail des parties sud du récif vers les zones septentrionales les plus durement touchées.

Il est difficile de dire combien de temps les ensembles coralliens mettront à se reconstruire après le blanchissement massif qu’ils ont connu. Il est en tout cas certain que les bas niveaux de recrutement freinent et contraignent cette récupération. Tout nouvel épisode de blanchissement à grande échelle réduirait considérablement la couverture corallienne et entraverait la régénération.

Réduire les émissions de CO2

L’étude met également en lumière la vulnérabilité des récifs coralliens face à la persistance du réchauffement global en cours. Non seulement les coraux adultes blanchissent et meurent lorsqu’ils sont exposés à des températures élevées, mais celles-ci empêchent aussi leur renouvellement et ébranlent la résilience des écosystèmes.

La seule manière de lutter efficacement contre le réchauffement climatique est de réduire immédiatement et substantiellement les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cela implique que tous les pays, Australie en tête, renouvellent et renforcent leurs engagements dans le cadre de l’Accord de Paris.

Si une meilleure gestion est indispensable pour freiner la pression directe qu’exercent les humains sur les récifs coralliens – comme la sédimentation et la pollution – tous ces efforts seront futiles si nous ne nous attaquons pas au changement climatique global.The Conversation

Morgan Pratchett, Professor, ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies, James Cook University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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