On conçoit facilement que des liens étroits existent entre la mère et l’enfant pendant la grossesse. Ainsi ce que va manger maman va influer sur les préférences du bébé et ce dès les premiers jours de sa vie ! Des recherches ont montré que si la maman consommait de l’anis durant les dix derniers jours de sa grossesse, le nouveau-né montrait une attirance et s’orientait préférentiellement vers cet arôme que vers un stimulus témoin. A contrario, les nouveau-nés n’ayant pas été exposés à cette essence in utéro grimaceront et marqueront un dégoût prononcé.

Aussi, l’expérience anténatale d’odorants présents dans l’environnement amniotique entraine des réactions de préférence ou d’aversion dès les premiers jours ! La majorité des femmes savent que la cigarette, l’alcool et les drogues comportent des risques pour leur bébé à naître. Par contre, elles ne savent peut-être pas que le stress durant la grossesse est également un facteur de risque qui peut avoir des conséquences importantes sur le développement du fœtus. Un événement climatique exceptionnel survenu au Québec a été mis à profit par une chercheure de l’université McGill, Suzanne King, pour étudier le stress maternel prénatal et son impact. En janvier 1998, une terrible tempête hivernale s’est abattue sur la région, et a entrainé une coupure électrique de quelques heures à plus de six semaines dans certains endroits, trois millions de personnes se retrouvant plongées dans le noir et sans électricité à un moment où la température extérieure était à ses plus bas niveaux. Ce projet, nommé Verglas, a permis et permet encore d’étudier les effets du stress sur les femmes enceintes et leurs enfants à naître. 176 mères qui vivaient dans ce qui a été appelé le « triangle noir » en Montérégie ont accepté de participer à l’étude et ainsi de faire passer des tests à leurs enfants année après année. Cette étude a ainsi permis de mesurer le stress tant subjectif (ressenti, évalué par questionnaires) que celui dit objectif, qui a été mesuré par le nombre de jours de privation d'électricité, ce qui a permis ainsi de graduer l'intensité du stress vécu. Pour un même événement, chacun de nous ne réagit pas de la même façon, avec la même intensité, or les effets du stress ne sont pas uniquement une fonction d’exposition à un événement stressant, mais également à la perception de ce stress. Le suivi a été effectué à 6 mois, 2 ans, 4 ans, 5 ans et demi, 8 ans et demi, 13 ans et continue maintenant que les enfants ont atteint l’adolescence. Les résultats de cette étude sont surprenants puisqu’ils indiquent que, même si le stress dans tous les cas a des effets néfastes sur l’enfant à naître, sur certains aspects le stress objectif nuit davantage que le stress subjectif.

Les enfants dont les mères ont été exposées à un important stress maternel avaient des capacités cognitives et langagières moins développées que ceux des mères soumises à des stress objectifs moins élevés. Ce projet a également révélé que leur développement intellectuel était impacté, avec par exemple un QI plus faible et plus de traits autistiques présents vers cinq ans et demi.

Plusieurs organes et systèmes de l’organisme interviennent dans la réponse biologique au stress, tels que le cerveau, le système nerveux autonome et les glandes surrénales (situées au dessus de chaque rein). Le processus se met en branle lorsqu’un stresseur stimule le cerveau, lequel évalue la menace et enclenche une réponse appropriée, physiologique et comportementale. Les surrénales libèrent des corticoïdes dans la circulation sanguine, et en particulier le cortisol. Ce cortisol est le lien entre le stress prénatal et le devenir du nourrisson. Bien que le cortisol soit nécessaire au développement du cerveau humain, une exposition excessive à cette hormone durant une période sensible pourrait modifier de manière permanente les structures et le fonctionnement du cerveau en développement. C’est ce qui est nommé par plusieurs chercheurs la « programmation du fœtus » qui pourrait expliquer les effets du stress prénatal observés à long terme. Plusieurs hypothèses coexistent pour expliquer la transmission du stress maternel au fœtus. D’une part, le cortisol pourrait passer à travers la barrière du placenta et influencer la physiologie de l’enfant. En effet, il a été démontré que le taux de cortisol du fœtus était en partie lié à celui de sa mère, 30 à 40% du cortisol fœtal provenant de la mère. Le stress maternel pourrait également entrainer une vasoconstriction, phénomène qui diminue le calibre des vaisseaux sanguins.  Cela limite alors la circulation sanguine dans le placenta et diminue ainsi les apports en nutriments et en oxygène au fœtus. Les plus récents résultats du projet québécois Verglas (voir plus haut) publiés en 2017 montrent que plus l'épreuve subie par les mères avait été difficile, plus l'indice de masse corporelle des filles était élevé à l'âge de 5 ans, prédisant non seulement un risque d'obésité mais aussi de puberté précoce. La corrélation stress prénatal obésité peut s’expliquer de différentes raisons. Chez les animaux de laboratoire, des études ont démontré que le pancréas hyper-sécrètent de l'insuline après une exposition au stress prénatal. L’insuline est une hormone qui permet aux cellules musculaires et au foie de prélever le sucre (glucose) dans le sang pour produire de l’énergie ou pour le stocker. Lorsque les cellules de l’organisme ne sont plus capables d’utiliser l’insuline, le pancréas s’emballent et produit plus d’insuline que la normale. Cela crée de nombreux problèmes tels que hausse des triglycérides et du cholestérol, apparition de diabète et d’obésité. Au vu de ces résultats expérimentaux, il est raisonnable de croire que le métabolisme des bébés est affecté par les hormones du stress transmises par la mère. On remarque aussi que les petits bébés ont tendance à préférer la nourriture plus grasse durant l'enfance et à éprouver des problèmes à réguler leur appétit.

Un des moyens permettant de limiter les effets du stress maternel sur le foetus peut être de faire du sport pendant la grossesse. Les bienfaits du sport sur le cerveau adulte sont bien documentés, et récemment des chercheurs se sont intéressés à son impact sur le cerveau des nouveaux-nés. Lorsque l’on compare deux groupes de femmes au 2ème trimestre de leur grossesse, le premier sédentaire, le second faisant 20 minutes d’exercice physique modéré trois fois par semaine, on observe un système d’activation cérébrale plus mature chez les bébés dont la mère a été physiquement active pendant la grossesse. Cela laisse penser que leur cerveau s'est développé plus rapidement que celui des autres. Quand on sait que l’activité physique diminue le taux de cortisol, et ainsi le niveau de stress chez l’adulte, l’inclinaison qui est parfois de réduire l’activité, de se reposer pendant la grossesse est à inverser, et 20 minutes d’exercice modéré trois fois par semaine suffisent pour observer les effets positifs !

Autre point positif : il a été montré récemment que les effets délétères du stress prénatal sur le développement cognitif pouvaient être modérés par la qualité de la relation d’attachement de l’enfant avec sa mère. Ainsi, si ces effets étaient présents à dix­sept mois pour les enfants dont l’attachement était insécure, ils étaient absents chez les enfants qui avaient établi une relation d’attachement sécure à leur mère. Cette étude vient donc montrer l’effet protecteur de la relation d’attachement et donc des interactions postnatales sur les effets du stress subi in utero.

Bien sûr, on ne contrôle pas les désastres naturels, peu ou difficilement les évènements de vie, l’environnement plus ou moins stressant, mais il est assez facilement envisageable d’effectuer un suivi plus attentif des enfants qui ont été exposés à un stress maternel prénatal élevé. Ce stress maternel peut augmenter la probabilité d’apparition de troubles anxieux et dépressifs, mais aussi cognitifs chez l’enfant. Des paramètres tels que le type, la durée, l’intensité vont grandement moduler l’effet d’un environnement émotionnel délétère sur le fonctionnement cérébral de la descendance. Le moment d’exposition au stress maternel prénatal est décisif, la fin de chacun des deux premiers trimestres constituant les périodes les plus sensibles. De nombreux autres facteurs font évoluer notre tempérament, notre sensibilité tout au long de notre développement, et il serait illusoire de croire qu’ils sont fixés dès la petite enfance. Le cerveau a ainsi cette fabuleuse capacité de s’adapter, se remodeler, se modifier tout au long de la vie, grâce aux phénomènes de plasticité cérébrale de mieux en mieux décryptés. Ainsi, des effets délétères du stress prénatal pendant la petite enfance peuvent s’atténuer avec le temps voire disparaître à l’âge adulte.

Dr Sylvie Thirion
Photo de Sylvie Thirion, enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

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