Chaque jour, un adulte inhale entre 10 000 et 20 000 litres d’air. Or, si nous n’en prenons pas soin, notre air, intérieur et atmosphérique devient vite pollué. Cause de nombreuses pathologies, la pollution intérieure représente chaque année un coût de 19 milliards d’euros pour la France.

Comprendre

On passe près de 85 % de notre temps en environnement intérieur (domicile, travail, transports …). Or, l’environnement intérieur présente des risques, notamment respiratoires (allergies, asthme …), dus à la présence de polluants. En effet, près de 40 % des logements présentent des moisissures. La pollution de l’air intérieur est donc la source de maladie.

Les risques

Irritations aigües ou chroniques des yeux ou du nez

Une irritation est une légère inflammation qui peut parfois être un peu douloureuse. La présence dans l’air de polluants irritants induit généralement une irritation des yeux et du nez, voire de la gorge.

Allergies

Une allergie est le résultat d’une réaction excessive de notre corps à un élément présent dans notre environnement, et qui pourtant devrait être inoffensif. Les allergènes sont aériens, alimentaires ou médicamenteux. Sont considérés comme allergènes aériens :

  • les acariens qui représentent 90 % de la poussière.
  • les protéines très allergisantes issues des glandes (sébacées et/ou sudoripares) ou de l’urine des animaux domestiques (chiens, chats, rongeurs)
  • les pollens transportés par le vent, lesquels sont plus agressif en cas de pollution atmosphérique
  • les moisissures
  • les blattes
  • le latex : ses protéines allergisantes se dispersent dans l'air ambiant

Une allergie peut être traitée de manière symptomatique grâce à un traitement médicamenteux (antihistaminiques, corticoïdes) ou de manière suppressive grâce à la désensibilisation.

Asthme

L’asthme est une pathologie caractérisée par une inflammation transitoire des bronches. Elle apparait généralement pendant l’enfance. Les personnes asthmatiques sont très sensibles à la pollution de l’air, qu’elle soit intérieure ou extérieure. Il est donc important d’éliminer au maximum les allergènes et d’éviter le tabac.

Cancer

Les cancers ne sont pas des pathologies récentes car ils existent depuis plusieurs siècles. Ils correspondent à un dysfonctionnement de certaines cellules, lesquelles vont proliférer de manière exponentielles et se disséminer de façon anarchique dans tout l’organisme. Depuis quelques années, certains cancers peuvent être guéris mais s’ils ne sont pas pris en charge, ils conduisent, à plus ou moins long terme, au décès de la personne malade.

Maladies cardiovasculaires

Les maladies cardiovasculaires sont des pathologies liées au cœur et aux vaisseaux sanguins (artères, veines, capillaires). Il existe différents types de pathologies cardiovasculaires :

  • les cardiopathies coronariennes
  • les maladies cérébro-vasculaires
  • les artériopathies périphériques
  • les cardiopathies rhumatismales
  • les malformations cardiaques congénitales
  • les thromboses veineuses profondes et les embolies pulmonaires

Toutes ces pathologies ne sont pas dues à la pollution (ex. affection congénitales) de l’air intérieur mais un air pollué pourrait potentiellement aggraver les dysfonctionnements qui en résultent.

Troubles neurologiques

Les troubles neurologiques sont des pathologies du système nerveux (central ou périphérique). Sont donc impliqués dans ces troubles : le cerveau, la moelle épinière, les nerfs (crâniens, périphériques) et les racines nerveuses, le système nerveux végétatif, la jonction neuromusculaire et les muscles. De nombreux polluants biologiques peuvent affecter le système nerveux (virus, bactéries …).

Troubles hépatiques

Le foie a pour rôle de métaboliser et stocker les nutriments, de fabriquer des protéines et de filtrer le sang. En cas de pathologie hépatique, le foie n’est plus en état d’assurer ces fonctions et d’autres pathologies dérivées vont apparaître. Or, la pollution de l’air intérieur peut contribuer à la survenue de ce type de troubles, notamment à cause des phtalates présents au niveau des revêtements PVC, de certains vêtements et jouets, mais également dans des produits de beauté (cosmétiques, parfums).

Troubles rénaux

Les reins ont pour fonction de détoxifier l'organisme, de produire des hormones pour réguler la pression sanguine et la production des globules rouges, mais également de contrôler les concentrations en sels minéraux et en électrolytes ainsi que le volume d’eau.

En cas de pathologie rénale, des problèmes annexes vont survenir car les reins ne peuvent plus assurer leurs rôles. De plus, si une personne est confrontée à une défaillance de ses reins, les deux seules solutions sont la dialyse ou la greffe de rein.

Intoxication mortelle ou invalidante

L’intoxication la plus courante est due au monoxyde de carbone. De diffusion rapide, ce gaz inodore, invisible et non irritant entraine des maux de têtes, des nausées et des vomissements. Si plusieurs personnes sont sujettes à ces symptômes dans un même espace clos, il est urgent d’aérer et de sortir de la pièce avant d’appeler un professionnel pour contrôler les installations de chauffage et de production d’eau chaude.

Pathologies liées à une perturbation endocrinienne telles que le diabète ou des troubles de la reproduction

Les hormones sont des éléments essentiels de notre organisme. Elles conditionnent de nombreux processus et une perturbation de leur production peut avoir des conséquences graves. Il est donc important de repérer le plus tôt possible afin de pouvoir les traiter. Les symptômes d’une perturbation endocrinienne sont variés et, pris séparément, certains peuvent être pris pour des signes de stress (perte de cheveux rapide et soudaine, changements d’humeur, dépression ou une tristesse soudaine …). Il existe différents types de perturbations endocriniennes en fonction des substances auxquelles nous sommes exposées (Bisphénol A, phtalates, retardateurs de flamme …).

Repérer

Les signes d’alerte

Certains signes sont évidents :

  • L’apparition de moisissures sur les murs
  • Une toux due à l’utilisation de produits ménagers irritants
  • Des animaux domestiques pouvant être responsables d’une allergie
  • Des problèmes oculaires

D’autres non car difficilement détectables sans appareil de mesure ou imputables à d’autres causes telles que le stress :

  • Le dégagement indétectable de monoxyde de carbone sans appareil de mesure
  • Les problèmes de peau
  • Les changements d’humeur
  • La perte de cheveux rapide et soudaine

Situations à risques

Certains produits et/ou certains comportements contribuent à la pollution de l’air intérieur.

Les produits d’entretien et de bricolage

Les produits de nettoyage, les peintures, les résines, les colles … contiennent différents types de polluants : phosphate, soude caustique, carbonate ou hydroxyde de sodium, acides chlorhydrique, sulfurique et phosphorique …

Les produits olfactifs

Les désodorisants, les encens contiennent des polluants de type hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Les pesticides

Le traitement des plantes, les produits anti-moustiques, les insecticides contiennent des perturbateurs endocriniens tels que la deltaméthrine, la phénothrine, la tétraméthrine ...

Les appareils de combustion

Les chaudières, les poêles, les chauffe-eaux peuvent produire du monoxyde de carbone (CO), un gaz asphyxiant indétectable.

Le tabagisme

La fumée de cigarette est une source de pollution au monoxyde de carbone, à l’acide cyanhydrique, à l’ammoniac, à l’arsenic et au mercure.

Les animaux

Domestiques ou non (blattes, acariens …), les animaux sont porteurs de bactéries qui sont aussi des polluants. Ils peuvent également être responsable d’allergies (chiens, chat, rongeurs, lagomorphes …).

Autres : matériaux de construction et mobilier

Les matériaux de construction (cloisons et faux plafonds, produits d’isolation, portes et fenêtres, revêtements de sol tels que les moquettes et les dalles PVC) contiennent des polluants de type formaldéhyde, amiante, moisissures, phtalatesLe mobilier en panneaux de particules contient quant à lui des polluants du type formaldéhyde, benzène, acétaldéhyde et styrène.

Les examens

Pour identifier les sources de pollution présentes dans votre environnement intérieur, répondez aux questions suivantes :

  • Fumez-vous à l’intérieur de votre logement ?
  • Habitez-vous dans une zone à forte concentration de radon (Auvergne, Limousin, Corse,
  • Bretagne…) ?
  • Possédez-vous des appareils à combustion (gaz, pétrole, charbon, bois…) pour le chauffage,
  • la production d’eau chaude, la cuisson ou la décoration ?
  • Bricolez-vous à votre domicile ?
  • Sentez-vous de fortes odeurs persistantes de solvants, de produits d’entretien, de cuisine ?
  • Utilisez-vous des parfums d’intérieur ?
  • Pour nettoyer, utilisez-vous plusieurs produits d’entretien et en grande quantité ?
  • Avez-vous des animaux domestiques ?
  • Avez-vous de la moquette ou des tapis ?
  • Avez-vous constaté des taches vertes ou noires de moisissures sur les murs et les plafonds
  • de votre logement ou senti une odeur de moisi ?
  • Vos fenêtres sont-elles souvent couvertes de buée ?

La prévention

Si vous avez répondu « oui » à l’une des questions précédentes, vous avez au moins un facteur de risque de pollution de votre air intérieur. Or, comme nous venons de le voir cela peut avoir des effets, aigus ou chroniques, sur votre santé.

Ci-après, quelques conseils pour améliorer la qualité de votre air intérieur

J’aère mon logement le plus souvent possible, d’autant plus en cas de travaux de construction, de bricolage ou de ménage. Au quotidien, je l’aère au moins 10 minutes par jour y compris l’hiver.

Si je fais des travaux, je :

  • Vérifie les « étiquettes santé » des produits (de A+ à C) pour les émissions de composés organiques volatils des matériaux de construction et de décoration, labellisation écologique (ex. : Ecocert, Ecolabel européen) pour les produits d’entretien … etc.

  • M’informe sur les caractéristiques écologiques des produits avant d’acheter des quantités importantes, notamment lors des travaux de construction ou rénovation, de l’aménagement des chambres de bébé … etc.

  • Dote mon logement ou mes bureaux de bouches / grilles d’aération ou d’une VMC.

Pour le ménage, je me limite à quelques produits de nettoyage me paraissant indispensables, et, pour le reste, je privilégie les alternatives naturelles (vinaigre blanc, bicarbonate de soude, savon noir). De plus, j’évite les produits d’entretien par pulvérisation, les produits désodorisants, les sprays dits « purificateurs d’air », les encens et les parfums d’intérieur.

Si mes meubles sont en en panneaux de particules, je prends soin d’aérer le plus souvent et le plus longtemps possible après leur installation.

Zoom sur les femmes enceintes et enfants : les femmes enceintes doivent éviter de participer à la construction / rénovation du logement. De plus, il faut éviter les meubles en aggloméré dans la chambre d’un bébé. De même, il faut généralement éviter toute rénovation significative de la chambre d’un nourrisson dans les quelques mois avant et après sa naissance, ou au minimum choisir des matériaux naturels (chaux, bois brut).

Faire face

Qui consulter ?

Un/une conseiller/conseillère en environnement intérieur du CMEI pour évaluer les sources de pollution (allergènes, polluants chimiques et/ou polluants biologiques) de votre air intérieur. La personne se déplace directement à votre domicile ou dans vos bureaux afin d’évaluer concrètement les sources de pollution.

Un généraliste : en cas de pathologie, il réalise le premier examen et oriente vers les spécialistes si besoin. Il pourra vous rediriger vers :

  • Un allergologue : spécialiste des allergies, il pose le diagnostic de l'allergie par l'interrogatoire, l'examen du patient et la pratique de tests cutanés accompagnés de tests de provocation et de tests sanguins.
  • Un addictologue si vous souhaitez arrêter de fumer
  • Un ophtalmologue ou ophtalmologiste en cas de pathologie oculaire.
  • Un ORL ou oto-rhino-laryngologiste en cas de pathologie de l'oreille, du nez et des cavités sinusiennes et/ou du pharyngo-larynx et des régions avoisinantes (faciale et cervicale).
  • Un cancérologue
  • Un neurologue
  • Un hépatologue ou hépato-gastro-entérologue pour une pathologie lié au foie et aux voies biliaires.
  • Un néphrologue, le spécialiste des pathologies rénales.
  • Un endocrinologue afin de traiter les pathologies des glandes endocrines à l’origine de la production des hormones.

Les conduites à tenir

En cas de troubles, il est recommandé de consulter son médecin traitant afin qu’il réalise un premier examen.

Évitez au maximum d’exposer les enfants et les nourrissons, de même que les femmes enceintes, à des produits à risques (produits de nettoyage, de travaux, peintures …) ou des comportements polluants (tabagisme).

Les acariens étant le composant majeur de la poussière, il convient d’aspirer régulièrement votre intérieur et d’éviter les températures supérieures à 20°C propices à leur prolifération. De même pour empêcher le développement de moisissures, aérez pour empêcher l'humidité de s’accumuler et vérifiez la présence éventuelle de fuites au niveau de vos canalisations (évier, WC, lavabo, douche/baignoire …).

Pensez également à faire réviser par un professionnel qualifié votre chauffage et votre système de production d’eau chaude, ainsi que les conduits de fumée afin d’éviter tout dégagement de monoxyde de carbone.