La ministre allemande de l'environnement, Svenja Schulze, a annoncé un projet de loi pour la protection des insectes dont le budget s'élèverait à 100 millions d'euros.

Une étude alarmante

Le 11 février dernier, la revue Biological Conversation publiait une synthèse d’études très alarmante quant à la disparition fulgurante des insectes. D’après celle-ci, 40% des espèces d’insectes sont menacées d’extinction. La perte de l’habitat de ces espèces dûe à «l’agriculture intensive» est la cause principale de ce déclin, à laquelle s’ajoute l’utilisation des pesticides et le changement climatique.

Les insectes sont d’une importance capitale pour la biodiversité : d’une part, nombre d’entre eux sont nécessaires à la pollinisation, dont dépend la reproduction des plantes. Par ailleurs, de nombreuses autres espèces ont besoin des insectes pour survivre, car ces derniers constituent la base de leur régime alimentaire : c’est notamment le cas des oiseaux. En 2018 Vincent Bretagnolle, chercheur au CNRS, avait tiré la sonnette d’alarme quant à la disparition très rapide des oiseaux, affirmant que leur population avait été réduite d’un tiers en 15 ans. Un déclin qui ne manquera pas lui aussi d’avoir des conséquences sur le reste de notre écosystème. Un « effet papillon » bien compris par la ministre fédérale de l’environnement allemande.

Un investissement de 100 millions d’euros

Le projet de loi qui doit être présenté cette semaine prévoit un financement annuel de 100 millions d’euros, dont 25 millions consacrés à la recherche.

Svenja Schulze a déclaré  à l’hebdomadaire Bild :

 

« Nous, êtres humains, avons besoin des insectes. Ils méritent d’être protégés par une loi spécialement conçue pour eux. Ce texte protègera non seulement les coléoptères et les bourdons terrestres mais surtout nous-mêmes »

Sus aux pesticides

Ce « plan d’action pour protéger les insectes » prévoit une réduction significative de l’utilisation des pesticides chimiques ainsi que d’autres substances nocives pour les habitats des insectes. Le plan projette notamment la sortie totale du glyphosate à partir de 2023. La licence de cet herbicide commercialisé par Monsanto, classé « cancérogène probable pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait été autorisée par l’Union européenne en 2017, pour cinq ans. En France, Emmanuel Macron revenait le 24 janvier dernier sur sa promesse de sortir du glyphosate d’ici 2021, comme il l’avait initialement annoncé le 27 novembre 2017.

Bétonnage interdit et émissions lumineuses limitées

Le projet de loi allemand interdit d’ici 2050 le bétonnage de nouveaux terrains, par exemple de le cadre de la construction de lotissements ou de routes. Il épingle également l’éclairage nocturne et vise à le réduire, afin d’éviter de désorienter les insectes.

Une pétition lancée par le parti écologiste

Au moins une partie des citoyens allemands devrait plébisciter ce projet de loi : la semaine dernière, une pétition pour « sauver les abeilles lancée en Bavière par le parti écologiste ÖDP » avait récolté le nombre record de 1,75 millions de signatures, soit 18,4% des votants. Cette pétition demande que 20% des terres arables (c’est à dire susceptible d’être labourées ou cultivées) respectent les normes de l’agriculture biologique d’ici 2025, que 10% des espaces verts soient transformés en prairies fleuries (favorables à la reproduction des abeilles) et que les cours d’eau soient mieux protégés des pesticides et des engrais.

De possibles obstacles

Ces mesures pourraient s’avérer déterminantes dans la protection des insectes et de la biodiversité de manière générale, à condition qu’elles soient adoptées. En effet, la ministre Svenja Schulze, issue du camp social-démocrate, pourrait avoir des difficultés à faire accepter cette proposition à l’ensemble du Bundestag (l’assemblée législative allemande). Les membres de l’Union démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel et Julia Klöckner, ministre de l’agriculture, pourraient ne pas voter en faveur de cette loi.

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