L'hypersensibilité, vous connaissez ?

On estime que 15 à 20% de la population mondiale est victime d’hypersensibilité. Zoom sur un trait de caractère inné et parfois difficile à gérer au quotidien.

Un trait de caractère et non une pathologie

Que signifie être sensible ? C’est tout simplement « être capable de sentiments, d’une vie affective intense, être apte à ressentir profondément les impressions et à s’intéresser aux personnes qui les éprouvent ».

Quelle est alors la différence avec l’hypersensibilité ? Selon le psychanalyste Saverio Tomasella, une personne hypersensible « appréhende le monde sous le prisme de ses émotions, mettant de côté la dimension mentale ». Ces personnes, qui sont entre 15 et 20 % sur Terre, peuvent alors avoir la sensation d’être inadaptées à ce monde. Un sentiment assez intense et compliqué à gérer, d’autant plus que le terme hypersensible peut entraîner une connotation négative.

Cette grande sensibilité est due à une importante réceptivité à ce qui nous entoure, une forte émotivité et une grande expressivité. Ainsi, chaque interaction avec le monde a un écho particulier, amplifiée telle une caisse de résonance qui peut finir par épuiser la personne concernée. L’hypersensibilité trouve sa source dans la vie intra-utérine et se développe dès la naissance. Ce trait de caractère (car il ne s’agit pas d’une pathologie) évolue ensuite en fonction de l’environnement et peut se manifester de différentes façons chez les individus.

L’hypersensibilité a été étudiée par la chercheuse Elaine N. Aron, qui s’intéresse au sujet depuis le début des années 90 et a notamment sorti l’ouvrage Ces gens qui ont peur d’avoir peur : mieux comprendre l’hypersensibilité (Les Éditions de l’Homme, 2013).

Des personnes à vif émotionnellement et physiquement

Les personnes hypersensibles sont décrites comme étant à fleur de peau, empathiques, mais aussi créatives et intuitives. Saverio Tomasella et la psychologue Arielle Adda ont réussi à mettre en avant certaines caractéristiques des HSP (pour Highly Sensitive Person).

Tout d’abord, la personne hypersensible a souvent la sensation d’être à vif émotionnellement et d’avoir des sentiments exacerbés : colère, larmes, repli sur soi, agressivité… Elle est également très sensible aux remarques négatives et peut ainsi se sentir blessée par la critique et par certains mots à son encontre qu’elle aura tendance à se répéter très souvent. « Ces pensées parasites sont comme une rumeur, un bruit incessant, qui draine une partie de leur énergie, explique Arielle Adda. Ça galope dans leur tête ! ». Si les moments difficiles sont extrêmement délicats à gérer, le plaisir ressenti pendant les moments heureux est aussi plus grand : un paysage, un poème, un moment entre amis... Ces plaisirs simples ont tendance à les émerveiller.

Il n’y a pas qu’au niveau émotionnel que l’hypersensibilité se manifeste. Au niveau physique, les personnes concernées réagissent à de nombreux stimuli comme le bruit, la luminosité et les contacts. « Les hypersensibles ont une oreille fine, précise Arielle Adda. Un simple bruit urbain devient un vacarme qui les empêche de se concentrer. » Ce trait de caractère se manifeste aussi au niveau professionnel : les hypersensibles préfèrent travailler au calme dans des bureaux fermés plutôt que dans des open spaces.

De l’empathie et un besoin d’être aimé

Les personnes hypersensibles sont perméables à leur environnement, à tel point qu’elles « portent le poids du monde sur leurs épaules, en absorbant les émotions de leurs proches et en partageant leurs souffrances » explique Elaine N. Aron. Dans un environnement professionnel, cela se manifeste par des élans de générosité envers leurs collègues ou de l’attention pour un nouveau venu ou un stagiaire. Elles n’agissent pas dans un esprit de compétition et ont tendance à douter beaucoup d’elles-mêmes, sans percevoir leurs forces et atouts. Elles ont tendance à se focaliser sur leurs défauts et peuvent aussi avoir des difficultés à travailler avec leur supérieur hiérarchique.

Elles sont habitées par un fort besoin d'être aimé qui ne les quitte jamais et font tout leur possible pour éviter les conflits. « Trop de froideur ou même une simple indifférence les glaceraient et leur ôteraient le goût du travail et le désir de fournir un effort », précise Arielle Adda. Ils ont aussi peur de décevoir leur entourage et d’être rejetés et peuvent rapidement être submergés par la culpabilité lorsqu’ils ont prononcé des critiques envers une personne proche.

Créatifs et pas forcément introvertis

Les êtres hypersensibles solliciteraient davantage l'hémisphère droit de leur cerveau que le reste de la population, ce qui leur donne un goût prononcé pour l’art et les loisirs créatifs comme la peinture, la musique ou l’écriture. Ils fonctionnent aussi beaucoup à l’instinct, grâce à un nombre élevé de connexions cérébrales, ce qui leur permet d’être très efficace dans des secteurs comme la finance. « Certains patients ont toujours deux longueurs d'avance sur leurs concurrents en affaires ! détaille Arielle Adda. C'est aussi une force. »

Enfin, il serait faux de penser qu’une personne réservée est forcément hypersensible. Selon Elaine N. Aron, 30% d'entre eux seraient même des extravertis. En quête de sensations fortes et avec une forte propension à la versatilité, ils se lassent vite d'une activité, d'un emploi… ou de leur conjoint.

Pour conclure, il faut préciser que l'hypersensibilité n’est pas une pathologie qu'il faut soigner ni tenter de refouler, car elle finirait par refaire surface, mais plutôt apprendre à mieux gérer. D’après Elaine N. Aron, la société a un impact sur l'évolution de l'hypersensibilité mais ne peut pas créer de personnes hypersensibles.

Clément Kolodziejczak

Rédacteur Web Seo et Blogueur

Rédacteur Web Seo et Blogueur

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