Dans le monde, et notamment en France, nous devons faire face à l’importance des questions liées à la prise en charge des personnes concernées par un traumatisme, au sens large du terme. Ces traumas dont les causes peuvent être multiples et complexes, engendrent des symptômes tout aussi difficiles à prendre en compte sur le plan médical et psychologique.

De la personne touchée directement par un attentat, une guerre, une pathologie chronique, psychique, une violence d’ordre familiale, sexuelle, conjugale, environnementale ou professionnelle (souffrance au travail, burn out, harcèlement…), forcé de constater qu’il n’existe pas un profil type de « victime ». Et donc une prise en charge adaptable à tous les individus.

En France, 10 unités de soins spécifiques vont être créées, ainsi qu’un Centre National de Ressources et de Résilience dont l’objectif sera de produire un travail de recherche, d’information et de formation pour tous les acteurs susceptibles de prendre en charge les personnes concernées, mais aussi les proches, et plus généralement les victimes co-latérales de l’évènement en question.

Dans le contexte des attentats de 2015, Mme Françoise RUDETZKI s’est vu confier en juin 2016 la mission d’ « étudier la faisabilité d’une structure capable de recenser et partager l’état des savoirs, dans une approche interdisciplinaire, dans le domaine de la prise en charge des traumatismes psychologiques, en particulier induits par des actes de terrorisme, en vue d’approfondir la recherche pour améliorer les modalités de prise en charge psychologique des victimes et ainsi faciliter leur reconstruction » (cf secrétariat d’état à l’aide aux victimes – remise du rapport de Françoise Rudetzki, pour un centre de ressources et de résilience). Ce rapport souligne les difficultés concrètes des victimes dans leur parcours de vie au quotidien et vers la résilience. Au-delà de la nécessité de créer un centre national dédié à la résilience et d’en préfigurer es contours, le rapport présente 10 recommandations qui abordent les aspects connexes

Le terme de résilience recouvre des acceptions différentes. Son emploi peut être médical, il peut aussi s’appliquer plus largement à une société dans son ensemble qui parvient à rester debout en dépit des violences extrêmes qu’elle subit. Médicale, la résilience est donc aussi sociale, elle regarde la personne dans sa globalité et la société dans toutes ses dimensions. La résilience désigne à la fois un parcours individuel et son étude, selon la définition du professeur Boris

Cyrulnik qui la décrit comme « un processus, un nouveau développement (après un traumatisme), pas une qualité inhérente à l’individu » et  « l’étude des conditions de reprise d’un développement après un traumatisme »-1. La résilience post-attentat sera considérée dans son sens le plus large, celui qui comprend tout à la fois les dimensions individuelles et sociétales, qui certes ne peuvent pas être confondues, mais dont les approches doivent être croisées.

Nous connaissons depuis des décennies des évènements importants qui nous amènent à considérer que la France dispose d’une expérience certaine dans la prise en charge en urgence des situations (phase aigüe). Notamment avec la création des CUMP (Cellules d’Urgence Médico Psychologique), qui permet d’évaluer la situation, effectuer un tri entres les situations, repérer les sujets à risques, informer et rassurer. Reste néanmoins quelques questionnements qui nécessitent de nous arrêter.

Il apparaît que les symptômes d’un trauma peuvent apparaître des années après l’évènement en question et qu’il est donc important de pouvoir détecter ces symptômes au plus tôt. Cela pose aussi la question de la traçabilité des victimes par le biais d’une meilleure information, communication et sensibilisation des acteurs concernés par la prise en charge au quotidien des patients (médecins généralistes, paramédicaux, médecins du travail…), et donc le repérage des victimes potentielles.…

La possibilité d’une « transmission » d’un évènement traumatique vécu de génération en génération (transgénérationnel) ou qui influe sur nos gênes (épigénétique) nécessite aussi une approche nouvelle à la fois dans la prise en charge et surtout l’accompagnement des personnes concernées.

La question de l’expression du psychotraumatisme se pose aussi, notamment au regard des origines et des publics. Il nous appartient d’apporter des réponses différenciées, individualisées, notamment sur les populations les plus vulnérables, les bébés, les enfants, les femmes enceintes par exemple. Ou à partir de l’origine du psychotrauma (attentat, catastrophe naturelle, violence…).

Ne pas négliger l’aspect corps-esprit, ou les dimensions somatiques et corporelles font lien. La passerelle entre le psychisme et le somatique doit être aussi plus entendue.

 

Une des difficultés d’aujourd’hui est de mieux prendre en compte les inégalités de santé, de l’accès aux soins, afin d’apporter un soutien adapté et nécessaire pour le rétablissement de la personne concernée.

Enfin, si la prise en charge en phase aigüe est de grande qualité, quid de la prise en charge sur le temps long ?

Face à toutes ces questions et problématiques soulevées, il importe dans un premier temps de sortir de ce système qui place la victime dans un statut d’objet de soin, en le plaçant dans un statut d’individu en capacité de se rétablir.

L’apport du soin reste primordial mais insuffisant pour s’engager sur le processus de résilience. Il faut donc encourager l’innovation dans la prise en charge globale du psychotraumatisme.

Il importe de changer de modèle de référence, et de permettre à la « victime » de devenir acteur de son rétablissement. Ce qui passe par la prise en compte de l’accompagnement, notamment pour prendre conscience de l’évènement, de ses conséquences dans le temps, et pouvoir se projeter dans l’avenir.

Plusieurs pistes existent dans ce cadre-là et méritent réflexion.

Comme celle de donner aux personnes concernées une représentation positive et active de la résilience, par l’intermédiaire de la culture, de l’art, du sport adapté.

Ou encore de donner une place aux applications du numérique et du digital.

Et celle de promouvoir les échanges et la place de l’expertise patient/victime.

Nous nous arrêterons plus précisément sur ce dernier point. En effet, le rétablissement ne peut se concevoir dans une seule logique de soin. Il importe que la personne concernée passe du statut d’objet du soin, au statut d’individu, acteur de sa propre santé. Et par là-même se rétablir par l’accompagnement, en apprenant à vivre sa différence et tirer parti de sa maladie, de son trouble psychique, de son trauma, pour en faire une force, une valeur ajoutée.

En effet, le soin en tant que tel facilite le traitement du trauma et ses conséquences somatiques, corporelles, mais l’accompagnement agit sur les contextes de vie sociaux, familiaux, environnementaux, professionnels…

Dimensions importantes pour faire émerger un parcours de vie, et une raison d’être. Cet accompagnement va s’attacher à décrypter les dysfonctionnements produits par le trauma dans « l’intimité » de la vie intérieure de la personne, à son ressenti, qu’il soit objectif ou subjectif et son existence extérieure : image du corps, de soi, de la maladie, des émotions, de la douleur…

Cet accompagnement passe donc par l’expertise patient/victime. Mais comment accompagner des situations traumatiques diverses, complexes ? Peut-être en commençant par s’appuyer sur celles et ceux dont le savoir expérientiel existe dans ce domaine. Et comme le dit Catherine TOURETTE-TURGIS de l’Université des Patients à Paris, aider ces personnes par le biais de la formation, à transformer ce savoir expérientiel en expertise.

Ce travail d’expertise passe par une réflexion attendue et commune avec les victimes. Cette capacité d’entraide doit-être structurée et méthodique, avec pour objectif de bénéficier d’un vivier de personnes et pourquoi pas constituer un réseau territorial d’acteurs du rétablissement. Ceci permettrait alors à ces personnes de s’investir sur le territoire national à l’accompagnement.

Comme le précise le rapport RUDETSKI, L’adéquation, dans un temps et un lieu, entre l’offre et les besoins est un fort enjeu en cas d’attentats, par définition dans des circonstances imprévisibles. Une des réponses possibles est d’améliorer la réactivité des dispositifs et donc d’élargir notamment les pratiques des professionnels. L’exemple de bonnes pratiques qui se mettent en place entre les métiers de la chirurgie militaire et civile montre la voie pour intensifier les échanges de pratiques et pour construire des outils communs par métier -psychiatres, psychologues, secouristes, infirmiers quelles que soient les institutions d’attache. Reste à y intégrer pour plus d’efficacité, l’expertise des victimes et des patients, pour une prise en compte de l’accompagnement dans le psychotraumatisme au sens large.

Corinne Devos

Patiente experte

Bénévole - Référente écoute ETP et soutien de l'afa - Crohn RCH France

idf@afa.asso.fr

Patiente experte

Bénévole - Référente écoute ETP et soutien de l'afa - Crohn RCH France

idf@afa.asso.fr

Jean-Luc Plavis

Consultant en expertise patient

Coordinateur des projets patients de la Maison de Santé des Chênes de Suresnes (92)

consultant.jeanlucplavis@gmail.com

Consultant en expertise patient

Coordinateur des projets patients de la Maison de Santé des Chênes de Suresnes (92)

consultant.jeanlucplavis@gmail.com

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