De nombreuses informations sont inscrites dans notre ADN. Cependant, on sait aujourd’hui que les gènes ne sont pas les seuls à influencer notre existence. L’environnement, a également un impact majeur. D’après de récentes études, souvenirs, émotions et traumatismes vécus par nos ancêtres, formeraient une mémoire épigénétique qui se transmet d’une génération à l’autre.

Des traumatismes qui influencent les générations suivantes

C’est bien connu, les expériences négatives vécues durant notre enfance ont un impact non négligeable sur notre vie d’adulte. Il semblerait aujourd’hui que leurs répercussions ne s’arrêtent pas à notre propre personne mais s’étendent également à la vie de nos enfants.

Selon des travaux de recherche publiés en juin 2018, les traumatismes vécus par les parents durant leur enfance auraient de graves conséquences sur leur progéniture, allant jusqu’à impacter considérablement la santé de leurs enfants. Dans cette étude, 350 parents ont été interrogés concernant ces expériences. Il a été trouvé que chacun des traumatismes vécus par un parent augmentait de 19 % le risque pour l’enfant d’avoir une santé fragile et de 17 % celui de souffrir d’asthme.

Parmi les parents interrogés, près de 42 % ont été témoins de violences dans leur enfance, 38 % ont vécu avec quelqu’un ayant eu des problèmes d’alcoolisme ou d’addiction aux drogues illicites et 37 % ont été victimes de violences physiques. Globalement, 85 % de ces parents ont vécu des traumatismes dans leur enfance et plus grand était le nombre de ces traumatismes, plus leurs enfants présentaient de risques d’avoir une santé fragile.

Selon les auteurs de l’étude, agir en prévention des traumatismes et aider les personnes les ayant vécus pourrait avoir des effets bénéfiques sur les générations futures. Un autre enjeu reste de comprendre plus précisément les mécanismes par lesquels ces expériences vécues par les parents peuvent influencer la santé de leurs enfants, afin de pouvoir minimiser la portée de ces préjudices.

Épigénétique : vers la fin du déterminisme biologique ?

Il n’y a pas si longtemps, on pensait encore que notre vie était dictée principalement par les gènes. Les récentes études scientifiques contredisent de plus en plus ces théories, avec l’émergence de l’épigénétique qui remet aujourd’hui en cause le darwinisme. Cette discipline de la biologie va au-delà de l’étude des gènes en eux-mêmes, s’intéressant aux informations qui définissent la manière dont ces gènes seront exprimés ou non par une cellule. L’épigénétique se réfère ainsi à l’étude des modifications du fonctionnement des gènes, excluant les changements de la séquence ADN. Ces changements dans l’activité des gènes pourraient être transmis par le biais de divisions cellulaires, ce qui, en d’autres mots, signifie qu’ils peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Qui plus est, ces changements épigénétiques sont réversibles.

Une mémoire transmise aux générations subséquentes

On sait donc aujourd’hui que l’environnement a une influence substantielle sur le génome, sous forme de modifications épigénétiques qui n’ont toutefois aucun impact sur le support de l’information génétique (ADN), influençant simplement l’accès à celui-ci. Une étude publié dans la revue scientifique Nature datant de 2013 apporte une preuve supplémentaire de ce phénomène. En effet, les résultats de ces travaux de recherche menés sur des souris semblent indiquer qu’une expérience traumatique d'une génération affecte le cerveau et le comportement des générations suivantes.

Les auteurs de cette étude ont trouvé que lorsqu’une souris apprend à éviter une odeur donnée (celle des cerisiers dans le cas présent), elle transmet cette aversion à sa progéniture, même si cette dernière n’a jamais connu l’odeur en question. Il a été découvert que la partie de l’ADN liée à la sensibilité de l’odorat aux cerisiers était alors plus active dans le sperme de la souris. Ainsi, les générations suivantes avaient tendance à éviter cette odeur, sans pour autant avoir vécu d’évènements traumatisants lui étant liés. Des modifications de la structure cérébrale ont également été notées. Il s’agit-là d’une découverte qui pourrait prouver l’existence d’une hérédité épigénétique transgénérationnelle.  En d’autres termes, les gènes n’auraient qu’une influence partielle sur notre vie et ce serait leur activation qui formerait la quintessence de chaque individu.

Des souvenirs épigénétiques transmis sur 14 générations

En 2017, des scientifiques ont découvert que les modifications épigénétiques peuvent être transmises sur 14 générations chez les animaux. L’étude a été réalisée sur des nématodes C. elegans (des vers ronds transparents, non-parasitaires) qui ont été génétiquement modifiés pour développer un transgène pour une protéine fluorescente. Une fois activé, ce gène a permis de rendre les vers visibles sous lumière ultraviolette. Lorsque ces nématodes étaient soumis à une température de 20°C, le transgène n’avait qu’une faible activité. Cependant, le passage vers une température de 25°C stimulait l’expression du gène, augmentant la luisance des vers.

Il a été observé que cette altération dans l’expression du gène s’est transmise sur un minimum de 14 générations, montrant ainsi la préservation d’une mémoire génétique de changements environnementaux. Cela signifie que les vers ont transmis des souvenirs de conditions environnementales à leurs descendants, portés par le changement épigénétique, un moyen de préparer leur progéniture aux conditions environnementales prédominantes et assurer sa survie.

Une avancée scientifique synonyme de grands changements

Les résultats de ces études mettent en évidence le fait que notre environnement physique (air, nourriture …) et psychique (les expériences que nous vivons…) pourrait avoir un impact considérable sur notre descendance et il est aujourd’hui essentiel d'en prendre conscience afin d’assurer le bien-être des générations futures.

Julija Meilunaite, rédactrice

Rédactrice WEB et auteure de livres

Rédactrice WEB et auteure de livres

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