Certains témoignages non seulement nous touchent particulièrement mais en plus nous invitent à réfléchir. Celui d’Amélie, fort et plein d’espoir, est de ceux-là. Alors en récidive d’un cancer du sein, Amélie nous sensibilise sur un sujet polémique : la GPA (gestation pour autrui). A travers son témoignage et une pétition, elle espère faire évoluer les mentalités pour que « la France accepte une GPA encadrée pour des couples qui répondent à des critères très précis ». « Lorsque vous êtes en désir d’enfant et que la maladie vous en empêche vous seriez presque prêt à tout pour réaliser votre rêve… » Quel que soit votre avis sur le sujet, le témoignage de la pétillante Amélie ne vous laissera pas indifférent !

Bonjour Amélie, merci de partager votre témoignage. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Amélie j’ai 32 ans je suis infirmière de profession. J’habite en région toulousaine. Je suis en couple depuis 14 ans et mariée depuis 1 an et demi.

Vous terminez une année complète de chimiothérapie après une récidive d'un cancer du sein. Pouvez-vous nous raconter votre parcours contre ce cancer ?

Pendant un protocole FIV (fécondation in vitro) en février 2014, j’ai commencé à sentir 2 boules douloureuses dans mon sein droit. J’ai alors consulté mon gynécologue suite à l’annonce de l’échec de la FIV afin de faire un contrôle gynécologique complet. Ayant des antécédents de cancer du sein chez ma grand-mère paternelle il m’a prescrit echo et mammo du sein. S’en est suivie une biopsie et le couperet et tombé. Carcinome mammaire bifocal de grade 3 très agressif hormono dépendant +++ et 3 ganglions metastasés. Ablation du sein droit et de la chaîne ganglionnaire, 3 cures de FEC100 3 cures de taxotere puis 25 séances de radiothérapie. Après avoir terminé le protocole « standard » l’oncologue m’a mise sous hormonothérapie tamoxifene et zoladex. 

Pendant ce temps, j’ai demandé à me faire retirer le sein gauche par peur de la récidive. J’ai donc subi 2 interventions consécutives pour l’ablation de mon 2ème sein et la reconstruction des 2. 

Au bout de 2 ans d’hormonothérapie, mon oncologue et moi avons pris la décision de faire une fenêtre thérapeutique dans mon traitement (arrêt temporaire du traitement) afin de retenter le projet bébé grâce à mes ovocytes prélevés avant la chimio. Cependant mon oncologue ne m’ayant jamais prescrit d’examens de contrôle pendant ces 2 années (je sais c’est complètement dingue…) j’ai demandé l’avis de mon médecin traitant, qui m’a prescrit un bilan d’extension complet. 
Lors de l’échographie abdominal le radiologue a découvert un nodule. J’ai alors passé un scanner. Et rebelote… récidive métastases hépatiques 3 vues au scanner une dizaine vues à l’irm. 

J’ai alors repris la chimio 6 cures de FEC 50 avec tous les effets secondaires que cette chimio implique. Perte des cheveux, nausées, vomissements, fatigue intense… à l’issue de ce protocole les metas avaient très peu régressé. Mon oncologue a baissé les bras me disant qu’il n’était pas jusqu’au boutiste et qu’il me remettrait sous hormonothérapie pour me faire gagner du temps. Je n’ai pas pu entendre cela à 31 ans… j’ai alors changé d’oncologue. 

Ma nouvelle onco m’a mise sous chimio orale que je supporte beaucoup mieux ! Et les metas ont régressé de mois en mois. Mon dernier tepscan parle même de rémission complète. L’irm est moins « optimiste » 3 metas restent visibles mais peut être sont elles devenues cicatricielles et donc plus actives.

Le 14 mars, j’avais rdv avec un chirurgien hépatologue qui veut retirer la plus grosse métastase. L’examen anatomopathologique nous donnera plus d’informations sur la suite de mes traitements. D’après mon oncologue, je resterai sûrement sous chimiothérapie orale pour maintenir le cancer en sommeil … 

Où en êtes-vous aujourd'hui et comment vous sentez-vous ?

 

Aujourd’hui je suis heureuse d’être en vie, d’avoir combattu une seconde fois ce cancer qui essaye de m’avoir ! Mais il ne sait pas à qui il a affaire ! :) Je suis d’une nature optimiste et je vis pleinement tout ce que la vie m’offre ! Je fais la fête plus que jamais, je profite de ma famille de mes amis. 

Je suis cependant fatiguée par tout ce parcours mais j’essaye de ne pas trop m’écouter !

Vous avez lancé une pétition en faveur de la GPA en France, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Qu'est-ce que vous diriez aux personnes réfractaires ?

Oui j’ai lancé cette pétition, car après avoir cherché des informations sur le projet de la GPA en France je me suis aperçu que rien n’avait jamais été proposé. Lorsque vous êtes en désir d’enfant et que la maladie vous en empêche vous seriez presque prêt à tout pour réaliser votre rêve… 
Beaucoup de couples partent à l’étranger et découvrent le buisness de la GPA qui coûte extrêmement cher. 

Mon rêve est que la France accepte une GPA encadrée pour des couples qui répondent à des critères très précis comme en Belgique. Les couples doivent venir avec leur mère porteuse souvent une amie une sœur etc… cela doit être un don de soi en aucun cas un acte rémunéré. C’est d’ailleurs ce qui fait souvent polémique, les gens parlent de commerce de ventre humain … lorsque cela est fait sans aucune rémunération j’aime voir cet acte comme un don d’organe fait de son vivant au même titre qu’un don de rein ou de moelle lorsque vous avez la chance d’être compatible avec un proche malade ! La mère porteuse doit déjà avoir eu des enfants, et bien sûr la femme du couple demandeur doit être dans l’incapacité de porter leur enfant suite à une pathologie. 

J’aimerais faire évoluer les mentalités sur cet acte qui devrait être perçu comme quelque chose de positif ...

Pour aller plus loin