L’amour peut revêtir bien des formes, et se décliner en amour maternel, romantique, fraternel, amical, et d’autres encore. L’expression « être amoureux », quant à elle, s’adresse le plus souvent à un couple, et aux sentiments et liens qui l’unissent.

Cet amour romantique passe par l'attirance, le désir, le besoin, l'envie, le manque… et bien d’autres émois ! C'est une relation qui va débuter, s’établir, s’approfondir, s’ancrer et voguer au gré du courant.

Notre cerveau va intervenir et jouer un rôle déterminant dans la mise en place de cette histoire.

Dans ses prémices, l’amour revêt une sorte de magie, d’enchantement. Tout nous porte à croire que ce que l’on vit est unique, magique, merveilleux !

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé » écrivait Alphonse de Lamartine.

L’anthropologue américaine Helen Fisher a beaucoup travaillé sur la question, et propose trois stades dans l’amour : le désir sexuel, l’amour romantique et l’attachement. Ces stades n’évoluent pas nécessairement dans cet ordre et ne sont pas forcément tous présents (pour exemple les amours platoniques).

Dans le désir, puis l’acte sexuel, une zone cérébrale nommée hypothalamus va être importante. Cette structure, enfouie au cœur du cerveau, est constituée de plusieurs noyaux, que l’on peut comparer à des pièces de puzzle s’emboitant les unes dans les autres. Des analyses d’imagerie cérébrale ont montré qu’un de ces noyaux, le noyau préoptique, était cinq fois plus volumineux chez le rat mâle que chez la femelle. Un autre à l’inverse, le noyau ventro-médian, est plus gros chez la femelle. Lorsque chacun de ces noyaux est stimulé électriquement, respectivement chez le mâle et chez la femelle, cela entraîne un comportement de copulation (position de monte chez le mâle et de lordose chez la femelle), et ce, en absence de toute stimulation extérieure. On retrouve cette même différence de taille entre les sexes pour les deux noyaux hypothalamiques chez l’être humain.

Ce dimorphisme sexuel se développe pendant la vie périnatale, et est sous le contrôle de la testostérone. La castration des petits ratons au premier jour de leur naissance diminue la taille du noyau préoptique chez les mâles, et cette diminution peut être compensée par un traitement à la testostérone.

Le désir sexuel, chez la femme et l’homme, est sous un double contrôle : un contrôle physique ou somatique et un contrôle mental. Ce modèle de double contrôle de la réponse sexuelle, proposé par le Dr Perelman, psychiatre du Weill Cornell Medical College à New-York, intègre différentes influences biophysiologiques autour d’un point de basculement sexuel. Ces différents facteurs psychologiques, socioculturels, interpersonnels et biologiques vont ainsi instaurer un savant équilibre entre excitation et inhibition. Quelle chimie est donc au coeur de cette balance Hot/Cold ?  

L’excitation va impliquer des neurotransmetteurs comme la Noradrénaline et l’Oxytocine qui vont déclencher le désir, aidées par la Dopamine qui en réponse à des stimulations sexuelles focalise l’attention et renforce la motivation. Cette libération de Dopamine va pouvoir être boostée par les deux principales hormones sexuelles que sont la testostérone et l’estradiol. Les opioïdes interviennent au niveau de ce que l’on appelle le circuit de la récompense, ou centre du plaisir. Ils seront ainsi libérés dans une petite zone de ce circuit, l’Aire Tegmentale Ventrale (VTA), et aideront à désinhiber les neurones dopaminergiques pendant les phases d’excitation et de désir. Cela engendrera une augmentation supplémentaire de dopamine qui permettra l’explosion du plaisir, ainsi qu’une gratification, une récompense sexuelle, permettant à terme une nouvelle excitation. Les expériences qui activent le circuit de la récompense, vont être mémorisées et associées au plaisir, entrainant ainsi une envie de reproduire ce comportement.

L’orgasme va correspondre à un feu d’artifice chimique dans le cerveau, où on n’observe pas moins de quatre-vingts régions différentes qui s’illuminent en IRM fonctionnelle. Notre cerveau va synthétiser des molécules appelées endocannabinoïdes, qui ont une structure proche de la molécule active du cannabis, le THC (tétrahydrocannabinol). Ces endocannabinoïdes libérés pendant l’orgasme, induisent, tout comme peut le faire le cannabis, une certaine sédation. Ce moment post-coïtal va ainsi être source de détente, de bien-être et aussi diminuer le niveau d’anxiété. Dans le même temps, un autre neuromédiateur, la sérotonine, induit satiété et état réfractaire, aidée par les opioïdes qui viennent cette fois éteindre les régions hypothalamiques impliquées dans l’excitation sexuelle et le désir. Après le câlin, l’endorphine est libérée ce qui permet de se relaxer et de s'endormir plus facilement.

Le système d’inhibition sexuelle est sous le contrôle de différents neuromédiateurs et les dernières études indiquent qu’il pourrait être plus puissant que le système d’excitation.

Ainsi, une hyperstimulation de ce système inhibiteur, pour des raisons endogènes ou en réponse à des éléments extérieurs tels que l’absence de gratification ou un traitement psychotrope, peut provoquer des dysfonctions sexuelles avec troubles du désir, de l’excitation, de l’orgasme. Actuellement, des recherches sur la dysfonction érectile ou sur l’anorgasmie portent sur des traitements qui viendraient diminuer les effets inhibiteurs, piste qui pourrait s’avérer plus prometteuse que les traitements directement activateurs.

La testostérone a un effet majeur sur le désir sexuel masculin, comme le montre la baisse de ce dernier sous l’effet de la castration ou suite à l’administration d’un agent pharmacologique diminuant la testostérone plasmatique. Cette hormone pourrait freiner l’activation de certaines des régions cérébrales inhibitrices. Par conséquent, la diminution de l’inhibition libérerait le désir sexuel. Une étude récente montre que l’apport de testostérone peut améliorer le désir, mais uniquement si elle est administrée à des sujets chez qui elle est basse. Elle n’augmente pas le désir chez les sujets se situant dans les valeurs normales, ni chez ceux qui présentent un trouble du désir d’origine psychologique. Le modèle émergeant de l’ensemble de ces résultats est que des régions cérébrales sensibles à l’action modulatrice de la testostérone forment un réseau fonctionnel dont l’activation ou la désactivation pourrait être spécifiquement liée au désir et à l’excitation sexuelle.   

Les performances sexuelles ne sont pas illimitées, et nous avons parlé plus haut de la période réfractaire, qui suit l’orgasme, et pendant laquelle un nouveau rapport ne peut avoir lieu. Cela se retrouve aussi chez les petits mammifères. Après avoir décrit l’effet Bruce dans une précédente chronique, intéressons-nous à l’effet Coolidge. Cet effet décrit les performances sexuelles augmentées du mâle lorsque de nouvelles partenaires sont disponibles (dans une moindre mesure il a également été mis en évidence chez la femelle de certaines espèces). Lorsque l’on place un rat mâle en présence de cinq femelles en chaleur, il commence à s'accoupler avec toutes les femelles, jusqu'à l'épuisement. Ensuite, même si les femelles continuent à le stimuler, il ne répond plus. Pourtant, si une nouvelle femelle lui est présenté, ses sens se réveillent et il parvient à s'accoupler avec la nouvelle venue. Pourquoi ce phénomène porte-t-il le nom de Coolidge ? En référence à un président américain dans les années 1920, Mr Calvin Coolidge ! L'histoire raconte que le couple présidentiel était en visite dans une ferme pilote financée par l’état. Pendant que le président visite une autre partie de l’élevage, Mme Coolidge visite le poulailler. Elle s’étonne alors auprès de l’agriculteur du nombre d’œufs considérable obtenu avec si peu de coqs dans la basse-cour. L’agriculteur répond fièrement que chaque coq accomplit son devoir des dizaines de fois par jour. « Expliquez cela à Mr Coolidge ! » lui susurre alors la première dame. Après avoir à son tour été informé des habitudes sexuelles du coq, le président demande à l'agriculteur si chaque coq côche toujours la même poule. Celui-ci lui répond spontanément « Oh non, Mr le président, une poule différente à chaque fois ». Et le président de répondre « expliquez cela à Mme Coolidge ! ».

En dehors de cette anecdote croustillante, et bien que l’espèce humaine fasse partie du règne animal, nous nous en distinguons par un certain nombre d’aspects, et nous faisons partie des relativement rares espèces monogames. Après le désir, le plaisir, lorsque l’histoire est belle, l’amour naît, s’installe. Entre en jeu alors de nouveaux mécanismes cérébraux, de nouveaux substrats neurobiologiques, de nouvelles réactions… mais chut… donnons-nous rendez-vous… dans une prochaine chronique…

Dr Sylvie Thirion
Photo de Sylvie Thirion, enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

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