Adolescents faisant la fête sous une pluie de confettis colorés

Le cerveau : chef d’orchestre de l’adolescence

Validé par le
comité médical

L’adolescence est une période où de nombreux bouleversements se produisent. Les hormones ont longtemps été considérées comme l’épicentre de tous ces bouleversements. La puberté, qui signe l’entrée dans l’adolescence, démarre avec le début de la production des hormones sexuelles.

L’âge de la puberté a baissé au cours des siècles et l’âge des premières règles chez les filles se situe aujourd’hui entre 12 et 13 ans. On sait maintenant que le cerveau, et en particulier sa maturation, joue une large part dans le passage de l’enfance à l’âge adulte. Notre cerveau est constitué de 86 milliards de neurones présents dès notre naissance. Cela représente un nombre considérable, mais le nombre ne suffit pas. Un des aspects majeurs dans le fonctionnement du cerveau est le lien qui va exister entre ces différents neurones, les connexions qui vont les relier les uns aux autres, et ainsi permettre la constitution de véritables réseaux de communication. Chaque jour, des connexions vont disparaître, d’autres se renforcer, d’autres encore apparaitre. C’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale. Cette plasticité est présente à tout âge, et permet au cerveau, via les modifications de ses réseaux de neurones, de se remodeler.

Au XXe siècle, un vieux dogme énonçait que l’on naissait avec un stock donné de neurones qui ne faisait que décroître tout au long de la vie. On sait maintenant que ce n’est pas le cas ! Certes, après la puberté nous perdons environ 50 000 neurones par jour. Cela paraît beaucoup, mais quand on rapporte ce nombre aux 86 milliards présents, on réalise qu’au cours d’une vie, chez une personne sans pathologie particulière, cela correspondra peu ou prou à 1 % du stock. On sait maintenant, depuis quelques dizaines d’années, que de nouveaux neurones se créent dans le cerveau humain, via le processus de la neurogenèse. Cette neurogenèse est maximale pendant la période périnatale et se concentre dans deux petites régions cérébrales, véritables pouponnières à neurones : le système olfactif et le gyrus denté de l’hippocampe (région impliquée dans l’apprentissage et la mémorisation). Chez l’adulte, elle est moindre mais elle semble encore exister. La bonne nouvelle, c’est qu’elle peut même être stimulée ! (Sport, alimentation, apprentissage, etc..).

Il y a encore une quinzaine d’années, on pensait que la grande majorité du développement du cerveau, en particulier la mise en place de l’ensemble des connexions, se faisait dans les premières années de la vie. On sait maintenant que cela n’est pas le cas, et que l’adolescence est une période particulièrement active à ce niveau.

Pour murir, le cerveau ne va pas seulement avoir à former de nouvelles connexions entre ses neurones, mais il va devoir également effectuer une coupe sélective, un élagage, qui permettra de le rendre plus opérant. Ce phénomène va être majeur pendant l’adolescence. Un autre processus de maturation va être la modification de la vitesse à laquelle l’information va se propager d’un neurone à un autre. Les neurones communiquent grâce à des signaux électriques et chimiques. La conduction du signal électrique va être largement augmentée grâce à la myéline (c’est cette substance qui est défaillante dans la sclérose en plaques par exemple). La myéline est une membrane grasse qui isole chaque nerf du cerveau et que l’on peut décrire comme une gaine plastifiée qui entoure un fil électrique. La myéline est de couleur blanchâtre au microscope. Le cerveau est constitué de substance grise et de substance blanche. La substance grise est constituée des corps cellulaires des neurones, et se situe à la périphérie du cerveau, d’où son nom de cortex. La substance blanche est constituée des longs prolongements entourés de myéline (axones). Ces prolongements assurent la liaison entre les cellules nerveuses, et ainsi créent les réseaux, assurant la connexion entre les différentes zones cérébrales.

Le cerveau des adolescents est encore immature, et ce, à priori jusqu’à l’âge de 20-25 ans. (Jusqu’alors définie par l’OMS entre les âges de 10 et 19 ans, certains scientifiques considèrent désormais que la transition entre l’enfance et l’âge adulte serait de plus en plus longue et que l’adolescence durerait de 10 à 24 ans). D’un côté, le cerveau adolescent dispose en abondance de matière grise. De l’autre, il manque de substance blanche, qui se formera plus tardivement. On peut se représenter le cerveau adolescent comme une magnifique formule 1, qui ne connaît pas encore le circuit. L’environnement va jouer un grand rôle dans cette maturation. En effet, seules les connexions synaptiques qui sont sollicitées via les interactions avec l'environnement sont conservées et renforcées, les autres se désagrègent et disparaissent. L'épaisseur de la matière grise se réduit alors et seuls les réseaux les plus robustes et les plus utilisés sont conservés.

Le développement du cerveau adolescent va se faire de l'arrière vers l'avant ; c'est-à-dire du cervelet, qui contrôle la coordination, synchronisation et précisions des mouvements, jusqu'au cortex préfrontal. Cette zone, située en avant du cerveau, est particulièrement importante. Elle est proportionnellement bien plus volumineuse chez l’homme que chez les autres espèces, et intervient dans toute une série de fonctions cognitives supérieures, comme la prise de décisions, la planification (ce que l’on va faire demain, dans 3 jours ou l’an prochain), l’inhibition des pulsions (empêchant d’avoir des propos très grossiers ou de faire des choses idiotes). Elle est aussi impliquée dans l’interaction sociale, le fait de comprendre les autres, et la conscience de soi.

 

Les zones plus profondes du cerveau, qui contrôlent quant à elles les émotions, atteignent leur maturité bien avant le cortex préfrontal. Sans compter que la substance blanche qui les connecte au centre de contrôle cortical est encore en plein développement. De ce fait, les centres émotionnels se déchainent. Le système limbique, enfoui très profondément à l’intérieur du cerveau, est un acteur majeur dans le traitement de l’émotion, et le traitement de la récompense. Il donne la sensation gratifiante qu’on retire de faire des choses plaisantes (soient-elles risquées !). Il donne donc plaisir à prendre des risques. Le centre du plaisir, ou système de récompense cérébral, comporte le noyau accumbens que l’on trouve suractivé chez les adolescents lorsqu’on l’observe en IRM. Il va réagir fortement à l’anticipation ou à la réception d’une récompense, bien plus que chez les enfants ou les adultes. Les réactions de plaisir et de déplaisir sont décuplées à l’adolescence. Ces jeunes aiment les comportements audacieux, en particulier lorsqu’ils sont entourés de leurs amis, et cela peut vite dériver jusqu’à des conduites à risque (sports extrêmes, alcool, volant, sexe, psychotropes…). Les régions au sein du système limbique se sont avérées hypersensibles à la sensation de récompense liée à la prise de risque chez les adolescents par rapport aux adultes.

Parcours de sauts en ville

Cette tendance des adolescents à prendre des risques résulte d'une différence de maturité entre ces deux régions majeures du cerveau : d'une part, le système limbique, qui donne naissance aux émotions et qui parvient vite à un stade très actif après la puberté, et, d'autre part, le cortex préfrontal, impliqué dans le jugement et le contrôle des impulsions mais qui n'arrive à maturité que plus tardivement. Cette dernière région subit en effet des modifications importantes au moins jusqu'à l'âge de 20 ans.

Le déclic se produit à la puberté, sous l'effet du déluge d'hormones qui survient à cette période, mais toute l'évolution ultérieure sera orientée par l’environnement. La plasticité, le modelage du cerveau adolescent, est influencée par les expériences, le vécu. Aussi, ce vécu, ces expériences, ces apprentissages vont permettre de forger le cerveau en retour. Grâce à ce fabuleux potentiel, le cerveau des adolescents va se modifier de façon étonnante. Il reconfigure ainsi ses réseaux de communication internes pour répondre aux stimulations, aux nouvelles activités auxquelles il est confronté. Cette souplesse particulière, cette plasticité est formidable, mais peut aussi parfois avoir des effets néfastes. Elle permet aux adolescents d'effectuer des progrès fulgurants, par exemple dans le domaine de la pensée, l’abstraction, la socialisation, mais elle les expose aussi à des comportements dangereux et à des troubles mentaux graves, du fait de la transformation continuelle de leur cerveau. Il est alors important que l’adolescent soit orienté, accompagné et écouté pour que ce développement se passe le mieux possible. Le social, le psychologique et le biologique interagissent, et le cerveau en conserve l'empreinte. L’adolescence n’est pas une étape ou un palier, mais c’est un processus continu de maintes transformations qui permet ensuite d’atteindre l’âge adulte.

Le cerveau des adolescents est le siège de grands bouleversements, qui touchent non seulement le contrôle de l'action, mais aussi toutes les structures de la sociabilité, de l'empathie et des émotions. En définitive, une combinaison d’éléments associés à la personnalité, à la génétique, aux expériences de vie et à la capacité d'adaptation deviendront, dès l'adolescence, des facteurs déterminants du développement de ce futur adulte.

Dr Sylvie Thirion
Photo de Sylvie Thirion, enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

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