Les bénéfices de l’activité physique pour notre qualité de vie et notre santé sont désormais très bien établis (7). La question n’est plus de savoir s’il faut bouger, mais plutôt de savoir comment bouger de la façon la plus efficace pour notre santé.

Les bénéfices de l’activité physique pour notre qualité de vie et notre santé sont désormais très bien établis (7). La question n’est plus de savoir s’il faut bouger, mais plutôt de savoir comment bouger de la façon la plus efficace pour notre santé.

Individuelles ou collectives, encadrées ou libres, à l’intérieur ou en plein air, les formes de pratique sont multiples et permettent à chacun de trouver celle qui lui convient le mieux. Elles peuvent également être beaucoup plus structurées et répondre à des logiques marketing. C’est le cas du CrossFit, qui est la figure emblématique de cette mouvance d’activités physiques combinées qui sont proposées par le secteur privé marchand pour améliorer la performance sportive, et la santé.

Le CrossFit se pratique dans un espace particulier, la BOX. Chaque jour on y propose une séance particulière, la séance du jour (work out of the day, ou WOD), qui s’appuie sur différentes disciplines très techniques telles que la force athlétique, l’haltérophilie ou la gymnastique. On y retrouve également des exercices à dominante cardiovasculaire qui peuvent être réalisées sur un vélo stationnaire ou un appareil elliptique. Le fil conducteur de chaque WOD est d’utiliser des exercices réalisés à haute intensité, qui doivent conduire au dépassement de soi. En phase avec l’adage no pain no gain, l’idée affichée est de sortir de sa zone de confort afin d’améliorer la capacité de performance et la santé (12). Au-delà de la dimension commerciale, puisque le CrossFit est une marque associée à toute une gamme d’accessoires et équipements que l’on peut acheter en ligne, quelle est l’efficacité de cette modalité d’exercice ?

Comme nous l’avons vu dans la rubrique précédente (De la médaille au patient), les exercices intermittents à haute intensité consistent à alterner des périodes d’effort de 15 à 300 secondes réalisés à haute intensité avec des périodes de repos de durée équivalente (2). Le principal intérêt de cette modalité d’exercice est qu’elle permet d’accumuler une quantité de travail cinq à six fois plus importante que si la même intensité d’exercice proposée de façon continue (3). Le stress imposé à notre organisme étant plus grand, notre capacité d’adaptation est stimulée de façon beaucoup plus importante. Les bénéfices associés aux exercices intermittents à haute intensité sont donc multiples, et concernent tout aussi bien l’aptitude cardiorespiratoire (11, 13) que les marqueurs de santé tel que les profils tensionnel, glycémique ou lipidique (9). On constate par ailleurs qu’ils sont également mieux tolérés psychologiquement. En effet, bien qu’ils soient perçus comme étant plus difficiles, le plaisir ressenti à les réaliser est plus important (1), et contribue à leur meilleure adhérence auprès des patients quand on les compare aux autres modalités d’exercice. Il faut toutefois garder à l’esprit que si la majorité des études scientifiques convergent vers cette idée d’une plus grande efficacité des exercices à haute intensité, il en existe également un certain nombre qui suggèrent que ce n’est pas systématiquement le cas (4). Chaque méthode d’entraînement a ses spécificités, et c’est leur combinaison qui rend un programme efficace, plutôt que l’utilisation exclusive d’une méthode par rapport à une autre. Ainsi, aucun athlète de haut niveau dans les disciplines d’endurance ne va se risquer à ne faire que des exercices intermittents à haute intensité, au risque de se blesser ou d’être surmené, ni se limiter à des exercices continus d’intensité modérée au risque de peu progresser (6). La même logique s’applique aux patients atteints d’une affection de longue durée lorsqu’ils souhaitent intégrer l’activité physique dans leur parcours de soins : si les exercices intermittents à haute intensité ont toute leur place dans l’arsenal thérapeutique dont dispose le médecin, la clé du succès repose sur la variété des sollicitations, notamment en termes d’intensité, et surtout sur le choix d’activités qui vont permettre aux patients d’opter durablement pour un mode de vie physique actif.

Quelle est au final la place du CrossFit dans cet écosystème ?

Comme nous avons pu le voir, il s’agit d’une forme d’exercices à haute intensité parmi d’autres, et à ce titre elle peut être intéressante pour la santé en générale, et pour la santé cardiovasculaire en particulier. Elle a cependant quelques spécificités : les exercices utilisés requièrent une technique importante, et ils sont associés à des contraintes cardiovasculaires elles même importantes (5). Le CrossFit ne saurait donc être recommandé en première intention. Il doit venir après une reprise progressive de l’activité physique par des exercices d’intensité faible à modérée, puis une première expérience des exercices intermittents à haute intensité avec des modalités plus classiques (8). Il doit également faire suite à une période d’apprentissage des différentes techniques utilisées dans une WOD, notamment d’haltérophilie ou de force athlétique, afin de limiter le risque de blessure.

Ensuite, une fois qu’on a décidé de l’utiliser, le CrossFit ne saurait se limiter à lui seul. A l’instar de ce que font les athlètes, il doit être combiné à d’autres formes d’exercices, afin d’améliorer l’ensemble des qualités. Or ce n’est pas ce que prone le CrossFit, puisque chaque WOD s’appuie sur une utilisation exclusive des exercices à haute intensité et doit conduire systématiquement au dépassement de soi. Le problème est que cette approche ne résiste pas aux connaissances empiriques et scientifiques qui se sont accumulées ces dernières années (10). Enfin, bien qu’il ne soit pas obligatoire, le certificat médical de non contre-indication paraît incontournable. Les contraintes musculo-tendineuses et cardiovasculaires du CrossFit étant importantes, il convient d’écarter tout facteur de risque et de faire un suivi, notamment lors de l’avancée en âge où les limitations fonctionnelles peuvent devenir un frein important.

Donc au final, il peut y avoir un intérêt à utiliser le crossfit à une étape avancée du parcours de soin ou du parcours sportif des personnes, mais en aucun cas de façon exclusive, et surtout en prenant un certain nombre de précautions.

Sources

  1. Bartlett J, Close G, McLaren D, Gregson W, Drust B, Morton J. High-intensity interval running is perceived to be more enjoyable than moderate-intensity continuous exercise: Implications for exercise adherence. J Sport Sci 2011; 547-553
  2. Bosquet L. Training aerobic capacity. In Mooren FC et Skinner JS (eds) Encyclopedia of exercise Medicine in Health and Disease. Springer, Allemagne, 2012: 856-859
  3. Christensen E, Hedman R, Saltin B. Intermittent and continuous running. Acta Physiol Scand 1960 ; 50 : 269-286
  4. Conraads V, et coll. Aerobic interval training and continuous training equally improve aerobic exercise capacity in patients with coronary artery disease: The SAINTEX-CAD study. Int J Cardiol 2015; 179: 203-210
  5. Endjah N. Focus sur le crossfit : que doit en penser le cardiologue ? Cardio&Sport 2018 ; 52 : 2-5
  6. Esteve Lanao J, San Juan A, Earnest C, Foster C, Lucia A. How Do Endurance Runners Actually Train? Relationship with Competition Performance. Med Sci Sports Exerc 2005; 37: 496-504
  7. Expertise collective de l’INSERM. Activité physique : prévention et traitement des maladies chroniques. Éditions EDP Sciences, France, 2019: 1-824
  8. Guiraud T, Nigam A, Gremeaux V, Meyer P, Juneau M, Bosquet L. High-intensity interval training in cardiac rehabilitation. Sports Med. 2012; 42: 587-605
  9. Kessler H, Sisson S, Short K. The Potential for High-Intensity Interval Training to Reduce Cardiometabolic Disease Risk. Sports Med 2012; 42: 489-509
  10. Meeusen R, et coll. Prevention, diagnosis, and treatment of the overtraining syndrome: joint consensus statement of the European College of Sport Science and the American College of Sports Medicine. Med Sci Sports Exerc 2013; 45: 186-205
  11. Milanovic Z, Sporis G, Weston M. Effectiveness of High-Intensity Interval Training and Continuous Endurance Training for VO2max Improvements: A Systematic Review and Meta-Analysis of Controlled Trials. Sports Med 2015 ; 45 : 1469-1481
  12. Reportage France 3 Poitou Charentes à Lagord (Charente maritime) disponible sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=Pz_GaYGI6so
  13. Xie B, Yan X, Cai X, Li J. Effects of High-Intensity Interval Training on Aerobic Capacity in Cardiac Patients: A Systematic Review with Meta-Analysis. BioMed Research International 2017; article ID 5420840, 16 pages
Laurent Bosquet

Professeur à la Faculté des sciences du sport de l’Université de Poitiers (fss.univ-poitiers.fr)

Directeur du Laboratoire mobilité vieillissement exercice (move.labo.univ-poitiers.fr) Coordonnateur de la Chaire sport santé bien être (chairesportsante.univ-poitiers.fr)

@LaurentBosquet

Professeur à la Faculté des sciences du sport de l’Université de Poitiers (fss.univ-poitiers.fr)

Directeur du Laboratoire mobilité vieillissement exercice (move.labo.univ-poitiers.fr) Coordonnateur de la Chaire sport santé bien être (chairesportsante.univ-poitiers.fr)

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