Portrait de Coralie

Le diabète par Coralie

« Sans ma maladie, je n’aurais jamais autant apprécié chaque minute de la vie »

Coralie c’est une jeune femme courageuse et positive qui vit avec un diabète de type 1 depuis 13 ans. Pour s’aider et aider les autres dans ce quotidien de diabétique, elle a créé une page coco_and_podie. Un compte inspirant sur lequel elle montre une autre image, plus artistique du diabète. La tête pleine de rêves et de projets, elle nous partage une tranche de sa vie dans un beau témoignage…

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour ! Tout d’abord un grand merci pour cette interview, votre initiative est magique. Mettre en avant les femmes courageuses qui ont décidées de vivre et de se battre est le plus bel hommage qui soit. Merci donc de m’avoir choisie, j’en suis ravie !

Je suis Coralie Alabert, j’ai 22 ans et je vis à Paris pour le moment pour mes études. Je suis en école de commerce mais ce qui m’a toujours attiré c’est la sphère artistique et plus particulièrement la mode. The last but not the least : je suis diabétique de type un depuis 13 ans. Du coup, si on devait me résumer ça serait diabète et art : tout l’objectif de coco et podie !

Portrait de Coralie de dos

Vous êtes diabétique depuis 13 ans, pouvez-vous nous raconter votre parcours avec ce diabète ? Comment l'avez-vous vécu ?

J’avais 9 ans et je ne réalisais pas vraiment ce qui me tombait dessus à ce moment. Je me souviens que toute ma famille pleurait et je ne comprenais pas trop pourquoi… s’en sont suivis une ribambelle de piqures, un changement de l’alimentation et surtout pas mal de stress… A l’adolescence j’avais choisi inconsciemment d’ignorer complètement ma maladie. Je me piquais pour rester en vie mais je n’y comprenais rien, j’étais toujours extrêmement élevée jusqu’au jour où mon corps m’a rappelé à l’ordre. Comme mon taux de sucre était toujours élevé, je n’avais pas assez d’insuline dans le corps. L’insuline est ce que mon pancréas ne produit plus, et que je m’injecte artificiellement. Cette substance est en charge de transporter l’énergie des aliments vers les muscles, le cerveau et tout l’organisme. Je n’en avais pas réellement conscience, je me disais que plus j’avais de sucre dans le sang plus je serai en forme. En fait, je me tuais un peu à petit feu. Mon corps m’a donc rappelé à l’ordre et alors que j’étais en stage en grand magasin, je me suis retrouvée à terre, morte de fatigue avec 16 de tension et une prise de sang affreuse… J’ai donc décidé de me reprendre en main et j’ai demandé à me faire poser une pompe à insuline. Tout cela a été encore un grand chamboulement, tous les dosages changent comparés aux piqures classiques, puis c’est un patch collé en permanence sur la peau. Je ne vous cache pas que j’ai traversé une période de dépression parce que je réalisais ce qu’était réellement le diabète. J’ai du me faire aider puisque j’avais atteint un point où je pensais mourir à chaque instant, où je ne pensais qu’à mon taux de sucre. J’ai demandé de l’aide à une psychologue qui m’a réellement beaucoup aidé, et surtout, qui m’a donné la force de me dire : « allez, la vie n’est pas terminée ! ». Le point final a été le lancement de coco et podie, cette page a changé tellement de choses sur le regard que je porte aujourd’hui sur la maladie.

Comment vivez-vous aujourd'hui avec votre diabète ?

Etre diabétique c’est un combat quotidien. Il n’y a pas de vacances, pas de pauses, c’est permanent. Et le pire, c’est qu’on a pas l’air malade du tout alors bien souvent on se dit « bah le diabète c’est rien en fait ». Mais si, c’est une contrainte psychologique permanente. Mais aujourd’hui et surtout surtout surtout grâce à la page je me suis rendue compte de la communauté exceptionnelle à laquelle j’appartenais. Voir que d’autres personnes partagent les mêmes craintes, joies, peurs que moi aide énormément. On se donne des conseils ; on s’encourage, on se rencontre : la communauté m’apporte tellement, jamais je n’aurais pensé qu’une page instagram pouvait créer cela.

Photo du quotidien alimentaire de Coralie en tant que diabétique

Vous avez en effet créé une communauté Coco_and_podie pour partager et échanger autour de vos expériences avec le diabète, pouvez-vous nous en dire plus ?

Coco c’est moi, et podie c’est ma pompe à insuline, un patch avec un réservoir d’insuline collé à ma peau qui me permet tout simplement de vivre. Le concept de Coco and Podiec’est d’en finir avec l’image vieillote du diabète mais surtout en finir avec la confusion entre le diabète de type un et le diabète de type deux. Le type deux, le pancréas qui fabrique l’insuline est fatigué mais il fonctionne encore. Il se soigne par cachets. Il arrive généralement avec l’âge et lui, est lié aux habitudes de vies (notamment la nourriture). Le type un, c’est le mien. C’est une maladie auto-immune où le corps s’attaque lui-même. Le pancréas ne fabrique plus du tout d’insuline et nous devons nous l’injecter artificiellement (par piqures ou par pompe à insuline) et nous devons aussi surveiller constamment notre taux de sucre. Le problème, c’est que les deux types sont confondus et que bien souvent les diabétiques de type un souffrent d’un regard accusateur de leur condition lancé par la société. Du coup, il y a un sentiment de honte, un sentiment de vouloir le cacher. Hors, des nouveaux traitements comme le patch de glycémie, ou la pompe à insuline (podie) permettent d’équilibrer un peu mieux le diabète (l’équilibre reste compliqué à atteindre au quotidien) et beaucoup de personnes s’en privent parce que “ça se voit”. Je voudrais alors normaliser les regards aux portés des patchs, dire aux diabétiques qu’ils/elles sont beaux/belles et que leur différence les rends incroyables. Aussi, j’essaie de mettre un point d’honneur pour prendre des photos plus “stylées” puisque j’adore le choc visuel de deux mondes à priori opposés se rassemblant le temps d’une photo : l’univers de la santé et l’univers de la mode, de l’art.

Pour aller plus loin