Le handicap par Valérie (partie 1)

« La vie reste belle. Il faut toujours regarder devant et avancer, mais de temps en temps ça fait du bien de regarder en arrière pour voir le chemin parcouru. »

Face aux difficultés, il faut aller de l’avant certes, mais regarder aussi derrière soi pour voir ses progrès. Tel est le message, qui s’applique à chacun d’entre nous, de l’énergique Valérie. Amputée de la jambe il y a 11 ans - opération qui lui a sauvé la vie - Valérie a continué à avancer dans la vie. Grande sportive, elle pratique avec son mari le tennis en fauteuil, la nage, la plongée en bouteille, l’escalade, la randonnée… Cette année, elle s’est refixée le défi de participer à une course de stand-up paddle de 220 km en septembre prochain, grâce à un partenariat avec Protéor fabricant de prothèses et BTC Orthopédie. Mais ce n’est pas tout puisqu’elle récolte des fonds pour les enfants soignés dans le service d'oncologie de l'Hopital La Timone a Marseille en projetant une marche de 60 km en 2 jours en janvier 2017… Des défis impressionnants, à l’image de cette femme pleine de ressources, d’envies et de générosité qui aime dépasser ses limites : “C'est bien de voir jusqu'où on peut aller… Croyez-moi, on peut aller loin, si on le veut”.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis mariée et nous avons 3 garçons. 51 ans, née à Toulon mais nous sommes allés vivre en Afrique du sud lorsque j'étais petite. Revenue en France en avril 1993. Nous habitons à la Seyne-sur-Mer, dans le Var.

Vous avez été amputée de la jambe droite en 2005, pouvez-vous nous raconter ce qu'il vous est arrivé et comment vous l'avez vécu ? Comment vivez-vous aujourd'hui avec ce handicap ?

Amputée de la jambe gauche au niveau fémoral depuis plus de 10 ans maintenant. Pas mal de problèmes sur une longue durée, énormément d'opérations et staphylocoque doré. J'ai vécu avec la gangrène pendant plusieurs mois avant l'amputation, juste à temps car il me restait peu de temps à vivre, je faisais une septicémie. Si je n'avais pas eu l'amputation, je ne serrai plus sur cette terre aujourd’hui. 

La semaine après mon amputation ma vie reprenait son cours, tout doucement car j'étais très affaiblie par tous ces mois de souffrances et une perte de poids très importante. L'amputation est un acte douloureux, il faut faire le deuil de cette partie qui n'est plus là, il y a les douleurs suite à l'opération et après les douleurs fantômes qui reviennent souvent. 

Mais la vie est belle et sans cette amputation je n'aurais pas survécu donc ça pousse à continuer, à avancer… 
J'ai, par contre, passé toutes ces années sans prothèse, je marchais avec l'aide de mes cannes, à la force de mes bras, c'est très sportif surtout que je marche beaucoup et pas toujours sur du bon terrain.

Vous vous (re)lancez le défi de participer à une course en stand-up paddle de 220 km en Hollande en septembre prochain. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Où en êtes vous de ce défi ?

Il y a presque un an, je me préparais à participer à ce beau challenge sur les canaux aux Pays Bas en stand-up paddle (septembre 2015). 220 km sur une durée de 5 jours ! Etant la première personne en situation de handicap, j’ai écrit aux dirigeants de cette course. J’ai obtenu l’accord et tout était réuni pour que cela soit positif. Sauf que je n’avais pas de prothèse adaptée à ce sport. 
2 amies ont décidé de m’aider pour récolter des fonds afin de pouvoir financer l’achat de ce matériel essentiel. Arrivée au mois de Mai 2015, je n’avais toujours pas les fonds nécessaires pour obtenir la prothèse. Protéor, fabricant de prothèses distribuant le genou BtK Sport et mon orthoprothésiste, Mr Bertrand Tourret, m’ont prêté ce genou sport pour que je puisse prendre part à la course dans les meilleures conditions possibles. 

Je me suis alors entraînée de mai à septembre avec cette prothèse. Une semaine et demie avant la course j’ai reçu ma planche, offerte par Redwoodpaddle. Manque de chance c’était une semaine très venteuse, je n’ai de ce fait pas pu faire de gros entraînements sur l’eau. Je suis restée très positive jusqu’au 1er jour de course, où le stress est monté. 

Quand je suis montée sur ma planche, je tremblais tellement mais tout c’est très vite arrangé. Plus de stress, mais des conditions météo horribles qui ne m’ont pas beaucoup aidées. J’ai fait mon parcours sauf un jour où je n’allais vraiment pas bien : manque de sommeil et grosse fatigue. 

Pour toutes ces raisons, j’ai choisi de refaire le même parcours en septembre 2016 plus un ou 2 autres challenges, beaucoup moins longs en distance à parcourir que celui aux Pays Bas, prévu pour septembre 2016.
Grâce à la générosité et l’aide de tous et en signant le contrat avec le fabricant de la prothèse (Protéor) j’ai atteint mon objectif et j’ai désormais la prothèse tant attendue, si importante pour la pratique du paddle.
Je suis donc équipée d’un matériel performant avec genou Hybrid 2ème génération pour la marche et d’une prothèse avec un genou BtK Sport pour le paddle, avec lequel je pourrai pratiquer d’autres sports aquatiques et autres… Ces deux genoux proviennent de chez Protéor, fabricant de prothèses Français basé à Dijon.
Le genou BtK Sport m’a donné une fluidité sur ma planche, facilite les moments où je dois m’agenouiller sur ma planche pour passer sous des ponts (il y en avait énormément sur les canaux Hollandais), me remettre en position debout, sachant que j’ai passé en moyenne 8h sur la planche.

J’espère voir le jour où ce type de prothèse pourra être accessible au plus grand nombre de personnes car elle n’est pas remboursée par la sécurité sociale et reste de fait un investissement personnel pour le patient. C’est dommage pour les amputés qui aimeraient avoir une vie active et pratiquer un sport pour lequel une prothèse différente de celle pour la marche est nécessaire. 

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