Bien ancrée dans l’imaginaire collectif, la gale s’était faite discrète, mais l’acarien responsable de cette maladie de peau n'a jamais disparu. Depuis quelques années, les alertes à la gale se multiplient dans les écoles ou dans les collectivités. Signe d’une recrudescence ?

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La gale ne nous a jamais vraiment quitté… Shutterstock

Sandrine Capizzi, Université de Lorraine

Le sarcopte, un acarien qui démange

Du chat au cochon d’Inde en passant par le chien, le cheval, le lapin ou le rat, de nombreux animaux sont victimes de gale. Toutefois, si les acariens parasites responsables de ces affections animales peuvent parfois être de passage chez l’Homme, la gale qui nous contamine n’est généralement pas de leur fait. La gale de l’Homme est due à l’acarien Sarcoptes scabiei var hominis, elle se transmet entre êtres humains.

Un sarcopte adulte et une larve. Dr S. Capizzi-Banas, Université de Lorraine

Contrairement aux tiques ou à d’autres parasites, le sarcopte n’est pas vecteur de maladie, mais entraîne d’importantes nuisances. Il s’attaque indifféremment aux individus des deux sexes, quel que soit leur âge ou leur milieu social, et ce sur tous les continents.

Pourquoi ça gratte ?

En se nourrissant de façon permanente sur (et dans) la peau, le sarcopte induit des lésions cutanées qui s’accompagnent de démangeaisons intenses, en particulier la nuit. Souvent localisées aux espaces interdigitaux de la main, elles sont tenaces et perturbent le sommeil. Elles s’étendent rapidement aux poignets, puis à tous les plis du corps. Le dos est beaucoup moins souvent atteint. Le cou, le cuir chevelu et le visage sont en règle générale épargnés, mais il peut être atteint aussi chez les jeunes enfants, tout comme les plantes des pieds.

La gale peut s’accompagner de lésions cutanées secondaires, telles que de l’eczéma ou des lésions induites par le grattage, avec un risque de surinfections bactériennes.

Les lésions causées par la gale peuvent se surinfecter. Shutterstock

Les galeries creusées par les femelles fécondées entraînent un prurit. Les œufs pondus sous la peau donnent des larves qui remontent à la surface. 1 % des œufs donneront des adultes viables. Les sarcoptes sont retrouvés à la surface et dans la peau. La transmission d’hôte à hôte s’effectue essentiellement peau contre peau, plus rarement, par l’intermédiaire de serviettes, de vêtements ou de draps.

Une incidence peu précise

Depuis 2002, le nombre de nouveaux cas annuels de gale a augmenté en France de 10 %. On en dénombrerait chaque année environ 328 pour 100 000 personnes, mais cette incidence est difficile à évaluer précisément. En effet, cette maladie parasitaire ne fait pas partie des maladies à déclarations obligatoires, et les médecins n’informent donc pas systématiquement les autorités sanitaires lorsqu’un de leur patient est touché. Qui plus est, le diagnostic biologique n’est pas souvent réalisé car il reste généralement négatif. On ne trouve en effet sur les zones de contamination que quelques individus, lesquels ne mesurent que 0,3 mm…

Les estimations de l’incidence de la maladie se basent donc sur le nombre de prescriptions médicales, et non sur le nombre de personnes contaminées. Souvent, le médecin se fonde sur la présence d’une dermatose prurigineuse collective ou familiale sans preuve de la présence des parasites dans la plupart des cas. Qui plus est, les modalités de traitement font que l’on traite les cas et de leur entourage, donc les données de contamination sont surestimées.

Comment s’en débarrasser ?

Le traitement pour les malades est constitué de comprimés d’un anti-parasitaire découvert à la fin des années 1970, l’ivermectine, capable de tuer de nombreux parasites externes ou internes. Le traitement par ivermectine est le plus facile d’utilisation en cas d’épidémies en collectivité et dans les situations de précarité. De plus, c’est le seul qui soit remboursable par l’assurance maladie.

Les comprimés (6 pour un individu de plus de 80 kg) sont à prendre deux heures après un repas avec un grand verre d’eau. Il faut respecter une période de jeûne de deux heures après l’administration. Une seconde prise du traitement médical, selon les mêmes modalités que la première, est fortement conseillée car le traitement a peu d’impact sur les œufs et larves. Ceux-ci peuvent donc survivre et donner naissance à des adultes qui ne seront éliminés que par un second traitement.

Il est également possible d’utiliser des crèmes à base de perméthrine, mais leur application est contraignante. Ce traitement est indiqué en première intention dans le traitement de la gale chez les adultes et les enfants à partir de 2 mois. Il est considéré comme un traitement de référence à l’étranger depuis de nombreuses années et est remboursable à 65 %.

Là encore, l’application se fait en deux temps, à une semaine d’intervalle. La quantité de crème à appliquer est fonction de l’âge : 30 g chez l’adulte, soit un tube complet, et la moitié d’un tube pour un enfant de 10 ans.

La crème doit être appliquée en fine couche sur l’ensemble du corps, toute particulièrement sur les mains et aux différents plis. Au bout de 8 heures après l’application, il faut éliminer les restes de crème en se lavant avec de l’eau et du savon.

Pour chacun des 2 traitements, des démangeaisons peuvent persister quelques semaines sans pour autant être un signe d’échec du traitement. Elles correspondant à une réaction allergique aux parasites morts. L’éviction scolaire ou l’arrêt de travail est de trois jours à compter du début de traitement.

L’ancien traitement prescrit auparavant est encore utilisé, mais en seconde intention, lors d’intolérance aux deux première molécules.

Des mesures d’hygiène souvent négligées

Au lendemain de chaque traitement, il faut traiter l’environnement ou stocker le linge dans des sacs fermés plus de trois jours à température ambiante, afin de tuer le parasite. Le linge doit être lavé à 60° C. Les surfaces comme les matelas doivent être traitées avec un acaricide. Attention : il est nécessaire de respecter un délai de 12 heures avant de pouvoir réutiliser une literie qui a été désinfectée par un acaricide.

Tous les éléments du mobilier constitués de matériaux absorbants et potentiellement en contact avec des sujets atteints (fauteuils, sofas…), doivent aussi être traités. En revanche, le risque de contamination par le biais de surfaces froides et inertes telles que la vaisselle, les couverts, les stylos ou les cahiers serait nul. Après la pulvérisation de l’acaricide, un nettoyage complet des locaux et du mobilier doit être réalisé.

Pourquoi des contaminations à répétitions ?

Le facteur majeur de risque de transmission est la cohabitation d’un grand nombre de personnes dans un espace restreint. De ce fait, de nombreuses épidémies ont été rapportées en établissements de santé.

Autre problème : les mesures d’éviction ne sont pas assez longues lors de contamination en collectivités surtout en maternelles, en internat, ou lors de cas liés à des problématiques socio-éducatives. L’éviction scolaire ou l’arrêt de travail est en effet de trois jours à compter du début de traitement. Or les molécules utilisées ne sont pas ovicides ou larvicides. Les oeufs des parasites restent viables dix jours dans l’environnement. Le linge, les objets en contact sont souillés par les sarcoptes.

Enfin, si les signes cliniques surviennent d’une à trois semaines après la première contamination, le délai d’incubation se réduit à quelques jours en cas de ré-infestation. Durant cette phase d’incubation, les risques de contaminations de l’entourage et des personnes en contact sont importants. Le traitement de l’entourage est donc primordial pour éviter les contaminations en collectivités.

Le traitement de l’entourage est indispensable

Toutes les personnes ayant eu un contact cutané direct (famille, nourrice, partenaires…) doivent être traités même s’ils ne présentent aucun symptôme. Le traitement conseillé est l’ivermectine.

Dans les cas de gale commune, les personnes vivant ou travaillant dans la même collectivité ne toutefois pas traités. Les enfants scolarisés avec un enfant contaminé n’ont actuellement pas à être traités en prévention, si l’on s’en tient aux recommandations officielles. Cependant, dans les milieux scolaires, où les échanges d’objets et les contacts proches sont importants les enfants devraient être considérés comme un individu de l’entourage proche pour bénéficier d’un traitement. Les contaminations à répétitions dans les écoles montrent en effet que le traitement de la famille seul ne suffit pas.

Dans son rapport de 2011, l’InVS indique également d’autres pistes pour lutter contre la maladie. Selon l’institut, « un renforcement de la sensibilisation du public et des cliniciens pour le diagnostic précoce et une meilleure coordination entre acteurs locaux et régionaux permettraient d’améliorer la prise en charge et de limiter la diffusion de l’infection, en particulier lors de situations complexes. »

En attendant, mieux vaut être attentif aux démangeaisons.The Conversation

Sandrine Capizzi, Maître de conférences en parasitologie à la faculté de pharmacie de Nancy, Université de Lorraine

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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