Biberons, bouteilles, récipients alimentaires, canettes, jouets : de nombreux objets en plastiques peuvent renfermer du bisphénol, un composé chimique potentiellement nocif pour la santé et l'environnement.

Une étude de l'Anses

Suite à une demande du Ministère des Solidarités et de la Santé, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) mène depuis 2009 une enquête sur une trentaine de substances identifiées comme reprotoxiques de catégorie 2 ou/et perturbateurs endocriniens pour la reproduction et la fertilité. Globalement, il s'agit d'une catégorie de produits ayant des effets néfastes sur la fonction sexuelle et la fertilité ou sur le développement des descendants.

Parmi les substances ciblées par l'Anses, on retrouve le bisphénol A, une molécule utilisée dans la fabrication de plusieurs résines plastiques et présent dans certaines boîtes de conserve, des récipients alimentaires, mais aussi les bisphénols B, M et le bisphénol A diglycidyléther (BADGE).

L’Anses s'intéresse également à d’autres composés comme le bisphénol S, le bisphénol AF et le bisphénol AP avec pour objectif de composer un dossier détaillant les dangers potentiels de ces substances et d'en évaluer les risques sanitaires.

Genèse du bisphénol A

Le bisphénol A fut polymérisé pour la première fois en 1957 afin de fabriquer des polycarbonates. Il entre la même année dans la composition des biberons plastiques, des plastiques de stylo-billes, des conteneurs pour micro-ondes, des résines utilisées pour étanchéifier les réservoirs et les canalisations d’eau ou encore dans du vernis à ongles.

Dangers du bisphénol A et controverses

En 1997, le biologiste Frederick vom Saal administre une petite quantité (quelques nanogrammes par gramme de poids) de bisphénol A à des souris gestantes pendant 7 jours, au moment où les organes foetaux se différencient. Le scientifique constate alors des anomalies : à l’âge adulte, le poids de la prostate chez les mâles traités est supérieur de 30 % à celui des individus non traités. De plus, au moment de son expérience sont dévoilées les conséquences de l'exposition au Distilbène (DES), dont la structure chimique est proche de celle du BPA et qui fut recommandé aux femmes enceintes menacées de fausses couche entre 1948 et 1977. Des études mettent en avant le fait que son utilisation a provoqué des dommages importants et irréversibles chez les enfants : stérilité, risques accrus de cancers, troubles du comportement, etc...

Les fabricants de plastique affirment de leur côté que les conséquences sont dues à une trop grande dose administrée et que les effets ne sont pas du tout similaires dans la vie quotidienne. Toutefois, l'UE décide d'abaisser la DJA (dose journalière admissible) à 0,005 mg/kg/pc.

En octobre 2014, une nouvelle étude de Frederick vom Saal est publiée dans la revue scientifique PLOS ONE et met en exergue le fait que la manipulation des tickets de caisse peut transférer des quantités importantes de bisphénol A (BPA) sur les mains et contaminer la nourriture touchée et ingérée, tout en favorisant l’absorption du composé chimique par la peau. La voie d'exposition cutanée entraîne ainsi une augmentation importante des niveaux de BPA dans le sang et les chercheurs associent cette constatation avec l'augmentation croissante de certaines maladies.

D'autres études ont également mis en lumière les effets négatifs du BPA. Selon l'Anses, certaines situations d'exposition de la femme enceinte au BPA présentent notamment un risque pour la glande mammaire de l'enfant à naître 

Il est toutefois difficile de prouver de façon fiable que le BPA a des effets dangereux sur la santé. L’absence d’effet cancérogène du BPA a par exemple été confirmée en novembre 2009 par le réseau international des autorités de sécurité sanitaire des aliments (INFOSAN). Le rapport préliminaire de l'INSERM de juin 2010 abonde dans cette direction. En effet, l’apparition de facteurs précurseurs de cancer du sein ou de la prostate identifiée chez des rongeurs exposés au BPA semble, pour le moment, difficilement transposable à l’homme du fait de résultats hétérogènes, ce qui rend la comparaison difficile.

Remplaçants du bisphénol A et conclusions

La plupart des remplaçants du bisphénol A sont des bisphénols et sujets également à controverse  :

  • Le bisphénol F : utilisé dans les résines époxy et les papiers thermiques.

  • Le bisphénol S : utilisé dans les papiers thermiques, les résines époxy, phénoliques, polyesters, polycarbonate et polyéthersulfone.

Or, le bisphénol S est un composant de certains plastiques permettant de fabriquer des biberons  alors qu'il présenteraient les mêmes inconvénients que le BPA mais peuvent afficher une étiquette « sans BPA ».

Ainsi, la conclusion de l'Anses semble la plus appropriée concernant les différentes familles de bisphénols : 

« Au final, il n’est donc pas possible de conduire une évaluation des risques sanitaires liés à une utilisation de ces composés dans des produits de consommation, ce qui doit inciter à la plus grande prudence en matière de substitution par ces composés. »

Clément Kolodziejczak

Rédacteur Web Seo et Blogueur

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