Nos différentes mémoires correspondent aux traces dans notre cerveau de ce que nous vécu, nos souvenirs épisodiques autobiographiques, ou de ce que nous avons appris, nos connaissances générales sémantiques ou nos apprentissage sensorimoteurs procéduraux.

Me souvenir de différents événements de mon enfance ou de ma vie, de ce que j'ai mangé au restaurant hier, mémoriser ma liste de course et le trajet pour aller dans le magasin de cette ville inconnue, apprendre un cours, acquérir des connaissances sur le réchauffement climatique, retenir un numéro de téléphone, savoir où j'ai mis mes clés de voiture en rentrant hier, savoir nager, faire du vélo ou conduire ma voiture. Tous ces aspects de la mémoire sont importants dans notre vie quotidienne et leur perturbation peut affecter considérablement notre qualité de vie. Comprendre comment fonctionne la mémoire peut permettre un meilleur fonctionnement.

La mémoire de travail

Quand nous vivons une nouvelle expérience les informations accèdent d'abord à notre mémoire à court terme, qui est maintenant conçue comme une « mémoire de travail ». Cette mémoire de travail nous permet de maintenir consciemment en mémoire pendant un temps très court certaines informations pour les utiliser. De capacité limitée, cette mémoire comporte aussi une structure de sélection des informations et de gestion des priorités des tâches à effectuer.

La mémoire perceptive

La mémoire perceptive est la mémorisation automatique et non volontaire d'informations (images, visages, sons, odeurs) perçues par nos organes sensoriels, qui sont enregistrés indépendamment de leur signification.

La mémoire épisodique

La mémoire épisodique permet de se souvenir et de prendre conscience des événements qui ont été personnellement vécus dans un lieu et à un instant particulier. Elle est associative car un souvenir épisodique est constitué par un ensemble de traits qui représentent les facettes d'un épisode précis. Lors de l'encodage, ces traits doivent être liés entre eux afin de former une représentation cohérente. Dans notre cerveau, une petite structure, appelée l'hippocampe car sa forme évoque celle de l'animal marin, est indispensable pour former ces associations entre les différents aspects de l'épisode. Cependant, au fur et à mesure des réactivations du souvenir, et lorsque le souvenir est consolidé, le réseau nerveux qui garde la trace de cet épisode devient indépendant de l'hippocampe. Lorsque l'hippocampe est le siège de lésions, comme c'est le cas dès les premiers stades d'évolution dans la maladie d'Alzheimer, cela entraine une incapacité à acquérir de nouveaux souvenirs, car l'hippocampe n'est plus en mesure de participer à la mise en association de différents éléments pour créer un souvenir. Il s'agit d'une amnésie antérograde. Par contre, les souvenirs les plus anciens qui ont été consolidés, dans la mesure où ils sont devenus indépendant de l'hippocampe, ne sont pas perdus.

La mémoire épisodique permet de voyager dans le temps, en puisant dans ses souvenirs personnels, mais aussi en se projetant dans l'avenir, ce qui est appelé mémoire prospective. Elle permet de me souvenir qu'il faudra passer à la boulangerie et à la boucherie en revenant du travail, ou que, dans dix ans, je devrais prendre ma retraite.

La mémoire sémantique

La mémoire sémantique rend possible l'acquisition de connaissances générales sur le monde. Cette connaissance est indépendante du moment ou je l'ai acquise: par exemple, je sais que la terre est ronde, mais je ne me souviens pas quand je l'ai appris, si c'était à l'école ou par mes parents. Cette mémoire concerne un grand ensemble de connaissances verbales, puisque c'est la mémoire des mots et des concepts, mais elle concerne aussi des connaissances visuelles ou spatiales. Beaucoup de ces connaissances sont partagées socialement et culturellement. Certaines connaissances sémantiques sont très générales, mais d'autre concernent des savoirs plus spécifiques, liés à nos activités professionnelles ou nos intérêts: les connaissances spécifiques d'un agriculteur sont différentes de celles d'un sportif ou d'un linguiste, mais dans chaque cas, elles sont partagées avec les personnes qui font le même métier ou qui ont les mêmes intérêts. Nous possédons également une mémoire sémantique personnelle qui est constituée de connaissances générales sur soi-même, car beaucoup de nos souvenirs épisodiques perdent de leurs détails au fur et à mesure de leur évocation et se transforment en connaissances générales personnelles. Dans le décours de la maladie d'Alzheimer, notre mémoire sémantique perd de sa richesse conceptuelle, mais elle résiste plus longtemps à la progression des lésions que la mémoire épisodique et elle permet aux personnes de garder plus longtemps des connaissances générales sur le monde et sur eux-mêmes.

La mémoire procédurale

La mémoire procédurale correspond à l'acquisition de nos habiletés sensorimotrices, comme apprendre à nouer ses lacets, apprendre à faire du vélo ou à faire de la brasse. mais elle correspond aussi à l'ensemble de nos habitudes sur-apprises parce qu'elles ont été répétées très souvent. Par exemple, je n'ai plus à réfléchir lorsque je vais en voiture de mon domicile à mon travail: j'enchaîne automatiquement toutes les décisions sur les directions à prendre au cours du trajet et la plupart du temps je pense à autre chose. Lorsque je cuisine chez moi, je ne réfléchis pas pour savoir où est la casserole dont j'ai besoin, je vais automatiquement la chercher au bon endroit. Lorsque j'ai acquis ces routines j'ai du cependant au début prêter beaucoup d'attention à ce que je faisais et solliciter beaucoup ma mémoire de travail pour coordonner les différents actions. Mais au fur et à mesure de la répétition ces enchainements d'actions sont devenus automatiques, c'est à dire qu'ils ne vont plus solliciter activement des processus conscients. Les mémoires procédurales acquises sont intéressantes quand survient une maladie comme la maladie d'Alzheimer, car elles vont résister longtemps au cours de l'évolution de la pathologie et elles vont permettre à une personne à domicile de gérer une grande partie des activités quotidiennes grâce aux routines acquises.

LES DIFFÉRENTS NIVEAUX DE CONSCIENCE DE LA MÉMOIRE

 

Mémoire explicite ou déclarative et mémoire implicite ou automatique

Certains types de mémoire sont dites explicites et déclaratives car elles sont activées consciemment et qu'elles peuvent se dire. C'est le cas de la mémoire épisodique et de la mémoire sémantique.

D'autres types de mémoire sont considérés comme implicites ou automatiques, car elles peuvent se dérouler sans prise de conscience ou automatiquement. C'est le cas en particulier de nos mémoires procédurale.

Mais cette distinction est cependant arbitraire. Les mémoires procédurales sont acquises en passant par une phase volontaire et explicite au début de leur acquisition, avant de s'automatiser. Par ailleurs, certains aspects de nos mémoires épisodiques ou sémantiques peuvent être acquis de façon non volontaire, sans que la personne en soit consciente, et des souvenirs peuvent être rappelés de façon automatique lorsque des indices de rappel évoquent automatiquement un souvenir particulier. Cela arrive par exemple en regardant des photos de famille: une photographie appelle automatiquement un souvenir de notre enfance, ou une photo de la ville de Venise rappelle automatiquement le souvenir d'un voyage il y a 15 ans. Cette caractéristique est particulièrement intéressante dans la maladie d'Alzheimer, car les personnes perdent la capacité de rappeler volontairement les souvenirs anciens, par contre ces souvenirs peuvent être rappelés automatiquement à partir des indices de rappel que sont les photos de famille, l'écoute des chansons ou des airs que la personne a aimé dans sa vie, l'évocation d'un métier ou d'un loisir pratiqué auparavant.

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