Champs lexical : forces, dons et talents ?

Le concept de « force » est souvent confondu ou employé de façon interchangeable avec celui de « don » ou « talent ». Or, le « talent » ou le « don » prennent un sens plus large en ce qu'il fait généralement référence au savoir-faire, aux compétences et aux capacités d'un individu, que ces éléments soient innés ou qu'ils résultent d'un apprentissage. 

Cette première distinction départage le talent ou le don de la force, au champ plus restreint. En effet, dans le modèle sur lequel repose la démarche, plusieurs forces spécifiques ont été identifiées, vingt- quatre selon le modèle VIA par exemple. 

Suivant une autre description, le talent et le don sont habituellement considérés comme l'apanage d'un faible pourcentage d'individus qui se révèlent par exemple particulièrement doués ou pas, notamment dans les contextes de l’école ou du sport. Les forces, elles,  sont présentes chez tous les individus. Les plus saillantes varient d'un individu à l'autre, et les conditions dans lesquelles elles sont mises en œuvre permettent à l'individu de les développer plus ou moins. 

Bien que présentant certaines similarités, la notion de « force » semble plus porteuse que celle de « talent », parce qu'elle est définie plus précisément, et peut procurer des bénéfices à tous les individus, pas seulement à une minorité. Pour finir, quand il est question de talent ou de don, il est plutôt question de qualités innées. Une force, quant à elle, peut toujours être développée. 

Forces et compétences

Un des aspects les plus intéressants de nos connaissances actuelles sur les forces concerne la différence entre les “forces” et les “compétences”. Les forces sont des capacités  préexistantes pour une façon particulière de se  comporter penser ou ressentir qui est authentique et énergisante. Les compétences incluent quant à elles les comportements que nous avons, la plus part du temps, appris à bien faire, mais qui ne sont  pas corollé au plaisir ou à l’énergie.

Ainsi les forces sont les attributs que vous êtes conscient d’avoir - elles vous dynamisent, vous les employez à bon escient, et vous les utilisez fréquemment- alors que les compétences sont les attributs que vous utilisez et envers lesquels vous êtes devenu efficace, mais sans que celles-ci ne vous dynamisent. Les compétences sont souvent confondus avec les forces. Mais alors que les forces sont dynamisantes, les compétences sont épuisantes si elles sont utilisés trop régulièrement.

Si les deux sont essentiels, il convient de prendre du recul et d’évaluer l'incidence des compétences. L’idée étant de moins compter sur les compétences et d’utilisez en parallèle les forces. 

Est-il préférable de minimiser ses faiblesses, ou faire grandir ses forces ?

Où se situe votre plus grand potentiel de développement ? Nombreux sont ceux qui pensent qu’il réside dans nos faiblesses, et non nos forces. Cette conception est si intuitive qu’à la question « Qu'est-ce qui vous aiderait le plus à atteindre l'excellence dans la vie : connaître vos faiblesses et y remédier ou connaître vos forces et investir dans celles-ci? », 71% des Français répondent « connaître mes faiblesses et y remédier ». Pour reprendre les propos des chercheurs , cette « réponse serait à la base d'un gaspillage énorme puisqu’en réalité, notre plus grand potentiel de développement résiderait plutôt dans nos forces ». 

Il suffit, pour s'en convaincre, de replonger dans notre passé scolaire et de comparer, pour un même effort, le rendement obtenu dans notre matière faible avec celui obtenu dans notre matière forte. Où se situaient notre plus grand potentiel et notre meilleur investissement ? Dans notre matière forte, n'est-ce pas ? L'explication est simple : contrairement à nos faiblesses, nos domaines de forces nous intéressent naturellement et nous avons une facilité pour ceux-ci. Dans ces domaines, nous sommes plus stimulés, nous comprenons plus facilement et nous nous développons plus rapidement. 

De plus en plus de recherches appuient d'ailleurs cet état de fait, car il a été démontré qu'une plus grande utilisation des forces favorise l'atteinte des objectifs professionnels et élève les niveaux généraux de vitalité et de concentration au travail. Évidemment, cette nouvelle perspective ne signifie pas qu'il faille cesser de se préoccuper de nos faiblesses – celles-ci constituent souvent des éléments critiques méritant notre attention. Mais il faut comprendre que notre plus grand potentiel se situe dans nos domaines de forces, et qu'investir dans nos faiblesses pourra, au mieux, faire passer notre performance de « passable à convenable » – rarement de « passable à excellente ».

Il est néanmoins tout à fait possible d’envisager une alternative qui pourrait consister à avoir recours aux forces pour combler les points faibles. Mais au final, comment prend on confiance en soi ? En insistant sur ce qu’on ne sait pas faire, ou plutôt sur ce qu’on sait faire et qu’on maîtrise ?

Une force peut-elle devenir une faiblesse ? Existe t-il une juste mesure des forces ?

Peut-on surexploiter une force au point d’en faire une faiblesse ? La créativité extrême peut se changer en chaos ; la curiosité, la bravoure et l’optimisme peuvent conduire à la témérité et l’imprudence ; la persistance, poussée trop loin, peut finir par devenir de l’entêtement ; la gentillesse peut être envahissante, et la citoyenneté peut mener au nationalisme et au fanatisme religieux.

Mais, pour être honnête, Realise2 reconnait effectivement ce danger, en suggérant que l’utilisation des forces est calibrée, semblable à un bouton de contrôle de volume sonore . Donc, la réponse, comme si souvent, semble être dans la modération et l’équilibre. : utiliser les forces à la juste mesure afin d’éviter la sur-exploitation.  

Quelles forces soutiennent le bonheur ?

Seriez-vous en mesure d’identifier les forces les plus aptes à promouvoir le bonheur ? La question a été posée en ces termes par les scientifiques sur la base des données de 117 676 répondants : Quelles sont les forces les plus fortement associées à la satisfaction de vie?  et quelles sont les 5 forces associées à la satisfaction au travail?. 

Les forces les plus associées à la satisfaction de vie se trouvent être:  la curiosité, la gratitude, l’espoir, l’amour, et la joie de vivre.  

Le top 5 des forces associées à la satisfaction au travail compte également la curiosité, la joie de vivre, l’espoir et la gratitude mais aussi la spiritualité. Par ailleurs on observe que les forces les plus souvent approuvées aux USA et dans les autres pays sont la gentillesse, l'équité, l'honnêteté, la gratitude, et le jugement ; et parmi les forces moindres la prudence, la modestie, et l'autorégulation. 

Sources

BONIWELL, I. (2012)Introduction à la psychologie positive, science de l’expérience optimale ;  Paris, Editions Payot & Rivages.

MARTIN-KRUMM, C. et BONIWELL, I. (2015) Pour des ados motivés, les apports de la psychologie positive, Odile Jacob.

PETERSON, C. & SELIGMAN, M.E.P. (2004)Character strengths and vitues: A handbook and classification. Washington, DC: American Psychological Association.

LINLEY, A. (2008)Average to A+: Realising strengths in yourself and others. Coventry: CAPP Press.

LINLEY, A. WILLARS, J. BISWAS-DIENER, R. (2010) The Strengths Book, Warwick, Capp Press.

SERVAN-SCHREIBER, F.  (2014) Power Patate, édition Marabout.

Ilona Boniwell

Professionnelle renommée en Psychologie Positive, à la direction de la société de conseil Positran qui œuvre à la transformation positive par la psychologie.

Professionnelle renommée en Psychologie Positive, à la direction de la société de conseil Positran qui œuvre à la transformation positive par la psychologie.

Saphia Larabi

Chargée de transformation, formation et communication, au sein de Positran.

Chargée de transformation, formation et communication, au sein de Positran.

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