Selon des travaux scientifiques récents, une exposition précoce aux différents polluants environnementaux a un grave impact sur la capacité pulmonaire des enfants. Cette étude d’une ampleur exceptionnelle est l’une des premières à appliquer une approche complète de l’exposome.

Exposition des enfants aux contaminants environnementaux

Les enfants ayant subi une exposition prénatale ou postnatale (pendant la grossesse ou durant le premiers mois de leur vie) à des polluants environnementaux risquent d’avoir une fonction respiratoire diminuée. C’est la conclusion d’une étude réalisée par des chercheurs du CNRS, de l’Inserm, de l’Université de Grenoble-Alpes et de l’Institut de santé globale de Barcelone (Instituto de Salud Global de Barcelona), dans le cadre du projet européen intitulé « HELIX ».

Projet HELIX : l’importance de l’exposome

L’approche HELIX est basée sur le principe de l’exposome qui correspond à la totalité des expositions aux différents facteurs environnementaux, de la conception jusqu’au décès. Le but du projet est d’analyser l’intégralité des risques auxquels sont soumis les enfants et leurs mères afin de les corréler au développement, à la croissance et à la santé des plus jeunes. La période prénatale, tout comme les premières années de vie d’un enfant, sont particulièrement susceptibles d’être impactées par l’environnement qui peut engendrer des conséquences physiologiques sur le long terme. Le projet HELIX a pour objectif principal d’analyser les risques liés à l’environnement et aux polluants chimiques.

Des travaux d’une ampleur inédite

A ce jour, de nombreux travaux scientifiques ont mis en évidence des effets probables de facteurs environnementaux sur la santé respiratoire. Cependant, la plupart d’entre eux étaient focalisés sur un seul facteur ou une seule famille de produits chimiques. Cette nouvelle étude, publiée le 1er février 2019 dans la revue scientifique médicale britannique « The Lancet Planetary Health », a été réalisée en collectant des données sur plus de 1 000 femmes enceintes et leurs enfants, issus de six pays d’Europe (France, Espagne, Grèce, Lituanie, Norvège et Angleterre). Elle offre une toute autre approche à l’analyse de l’effet des expositions environnementales prénatales et postnatales sur le système respiratoire des enfants.

Les scientifiques ont mesuré l’impact de 85 facteurs environnementaux durant la grossesse et 125 pendant les premières années de l’enfance. Les facteurs étudiés incluaient pollution atmosphérique, produits chimiques et style de vie. La fonction respiratoire a été mesurée chez des enfants de 6 et 12 ans par spirométrie (examen qui évalue le fonctionnement des poumons). Les marqueurs biochimiques ont montré une exposition des femmes et de leurs enfants à plusieurs dizaines de produits polluants, à des niveaux variables.

Gare aux composés perfluorés !

Les chercheurs ont constaté qu’une exposition aux composés perfluorés (souvent utilisés dans des applications industrielles et produits de consommation courante) durant la grossesse, engendrait une diminution de la fonction pulmonaire chez l’enfant. Pourtant, un signal d’alerte avait déjà été lancé en mai 2015 avec la publication de la « Déclaration de Madrid » dans la revue scientifique « Environnemental Health Perspectives ».

Selon l’assemblée de scientifiques à l’origine de cette déclaration, les composés perfluorés seraient toxiques pour le foie, perturberaient le métabolisme des lipides, bouleverseraient le fonctionnement des systèmes immunitaire et endocrinien et auraient des effets neurocomportementaux secondaires. De même, ils seraient sources de toxicité et de mortalité chez le nouveau-né, mais aussi de tumeurs dans divers organes. Ces substances seraient également liées à plusieurs types de cancer, à l’hypercholestérolémie, l’hypothyroïdisme, la colite ulcéreuse, des problèmes de poids (dès la naissance), une mauvaise réponse immunitaire à la vaccination, une puberté tardive et des niveaux hormonaux plus faibles.

Une exposition aux polluants chimiques durant l’enfance tout aussi délétère

Concernant l’exposition environnementale durant l’enfance, l’étude a identifié neuf facteurs associés à une diminution de la fonction respiratoire. Ceux-ci incluent les métabolites des phtalates (DEHP et DINP, utilisés comme plastifiants et pouvant être ingérés, inhalés ou absorbés par voie cutanée), et à l’éthyl-parabène (conservateur dans les produits cosmétiques). Parmi ces substances, certains composés étaient déjà connus comme étant nocifs ou potentiellement nocifs pour la santé.  

Ces résultats impliquent la nécessité de changements majeurs dans le domaine de la santé publique. Selon Martine Vrijheid, co-coordinatrice de l’étude et chercheuse à l’Institut de santé globale de Barcelone, il est essentiel de prendre des mesures préventives afin de réduire au maximum l’exposition de la population aux polluants chimiques identifiés. C’est pourquoi une régulation plus stricte et un étiquetage des produits de consommation sont nécessaires. Informer ainsi le public pourrait participer à la prévention de la diminution de la capacité respiratoire des enfants et ainsi, profiter à leur santé sur le long terme.

Julija Meilunaite, rédactrice

Rédactrice WEB et auteure de livres

Rédactrice WEB et auteure de livres

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