Je voudrais ce mois-ci vous parler d’hypnose thérapeutique, un outil de santé « magique » … Anthropologue, chercheuse, titulaire d’un diplôme d’hypnose thérapeutique expérimentale et enseignante de Diplôme Universitaire d’hypnose thérapeutique de l’université Grenoble Alpes, j’ai notamment dirigé un film ethnographique sur les signes du corps sous hypnose.
Aquarelle de Claire Castagnet représentant la tête d'une femme regardant vers le bas. Son crâne nous présente une scène similaire au tableau "La charmeuse de serpents" de Henri Rousseau

L’hypnose thérapeutique connaît un renouveau sans précédent en remplaçant l’anesthésie, ayant la propriété de neutraliser les nocicepteurs, les récepteurs de la douleur. Chaque jour dans des CHU, comme à Angers, ou des cliniques privées, des médecins et des patients font le choix de l’hypnose, que ce soit pour une suture ou une intervention chirurgicale en accompagnement d’un simple sédatif, pour détendre et remplacer l’anesthésie - évitant ainsi le risque vital et les complications liés aux médicaments anesthésiants ; les hypnothérapeutes traitent les maladies auto-immunitaires, addictions et problèmes de sexualité ; les sportifs de haut niveau y recourent également, pour améliorer leurs performances, notamment par l’apprentissage de l’autohypnose.

D'une étymologie grecque, Hypnos, le sommeil, ses pouvoirs questionnent, éveil et sommeil, corps et esprit, conscient et inconscient. Des images nous assaillent, de chamanisme, d’hypnose spectacle, d’hypnose thérapeutique avec le nom de Milton Erickson. Faisons le point sur cette pratique. 

D'où vient l’hypnose ? 

Quelles sont ses propriétés médicales ?

Chamanisme et hypnose

L’hypnose ne date pas d'aujourd’hui : bien longtemps avant que ses effets n’aient été recommandés par les médecins occidentaux, elle fût abondamment utilisée dans le chamanisme sibérien, ces « hommes aux yeux ouverts » des origines, puis ensuite essaimée, chez les guérisseurs traditionnels russes et les chamanes de Laponie (C. Brelet).

La différence est que les chamanes de Sibérie recouraient aussi à la richesse de leurs plantes médicinales, véritable trésor pour tous [1] … et que les potions magiques et breuvages chamaniques [2], dont les effets provoquent de manière accélérée des états extatiques similaires aux états modifiés de conscience induits par la méditation, le jeûne prolongé, une hyperventilation des poumons, certains rythmes de danse, divers sons. 

Les chamanes préparaient des breuvages à des fins extatiques, et connaissaient le secret de ces substances, qui a faible dose peuvent avoir des propriétés magiques, dans l’utilisation de ces plantes sacrées en synergie avec d’autres substances naturelles qui atténuent leurs effets toxiques (la plupart des alcaloïdes précipitent par exemple sous l’action de l’acide tanique, contenu dans le thé noir, menthe poivrée, vinaigre…). 

Les sens pouvaient favoriser les Égyptiens leur propre entrée en état hypnotique, comme olfactif, de divers encens, comme la jusquiame ; la vue, avec le pouvoir hypnotique de la lumière de lanternes, l’éclat d’une surface d’huile éclairée, ou encore, fixer la lumière du soleil levant ou de la lune en psalmodiant des incantations.

Le chamanisme est « l’exact équivalent de la technique psychanalytique, mais avec inversion de tous les termes » (C. Lévi Strauss). Née des traditions chamaniques, mais qui diffère également de la psychanalyse freudienne, l’hypnose est perçue comme une pratique « magique », avec ses particularités, ressemblances et dissemblances. Milton H. Erickson a souligné ces similitudes entre chamanisme et hypnose.

Les objectifs demeurent les mêmes, partant de la certitude que corps et esprit sont liés et que des facteurs psychologiques, familiaux, sociaux peuvent être les causes d’apparitions de maladies fonctionnelles et même organiques _ l’hypnose ne requiert par-contre aucune connaissance particulière ni en herboristerie ni en fabrication de breuvage chamanique !

Une anamnèse avant la séance d’hypnose prépare à un travail intuitif, une communication analogique, qui conduit l’opérateur en transe à orienter la guérison, le rééquilibrage physiologique du patient. L’intuition est définie comme magique, car elle est inexpliquée, elle utilise des symboles et non pas des codes verbaux. Comme dans les cures chamaniques, l’opérateur rentre en transe hypnotique, avec le patient, et c’est l’opérateur qui porte la parole, pour une communication verbale et non-verbale.

Induction hypnotique

La voix douce et persuasive, les mots congruents de l’hypnotiseur aident à intégrer ce mode de fonctionnement nécessaire au cerveau à rétablit un ordre différent, neuf, meilleur, « rangé », « nettoyé ». On peut par exemple favoriser l’induction hypnotique sur un bon souvenir, positif, que l’hypnotiseur aura demandé à son patient lors de l’anamnèse ou encore par le récit d’un conte, comme celui du roi Mithridate.

Aquarelle de Claire Castagnet représentant un ri sur un nuage devant son château. Un croissant de lune se découpe en haut à gauche.

Si les moyens d’induction sont nombreux, même s’ils ne sont finalement pas illimités, il s’agira d’être congruent. Une respiration ample et une sensation de chaleur (10% d’énergie est consommée par le cerveau dans la réalisation d’une tâche tandis que 20% d’énergie est consommée en « mode de désactivation » du cerveau sous hypnose) sont des signes marqueurs de l’état hypnotique du sujet.

Pour une séance d’hypnose thérapeutique réussie les résultats sont remarquables : relaxation profonde, détente, lâcher-prise, moment pour soi et sommeil réparateur, qui permettent aux organes en état de dysfonctionnement de retrouver un rythme physiologique tendant à la normale. L’hypnose place le corps en état de sommeil léger, grâce à la respiration profonde, pendant lequel les pulsations du cerveau ralentissent. Cet état de relaxation profonde, correspondant au rythme alpha des pulsations cérébrales, où la conscience créative reste éveillée, peut s’accentuer en un sommeil un peu plus profond. Dans cet état, le sujet n’est pas « désactivé » mais au contraire, il perçoit tout bruit, le plus léger soit-il, il rentre dans un état d’hyper-vigilance. Par exemple, on cas d’alerte incendie, le sujet hypnotisé sera le premier à sortir de la pièce ! 

Grâce aux progrès récents de la neuro-imagerie, nous nommons les régions sollicitées par l’hypnose, dans le cerveau, le « réseau du mode par défaut » - c’est-à-dire un autre état de conscience (ce que Freud a défini comme étant la « structure de l’inconscient »).

 

L'hypnose : une amélioration du soin !

Aquarelle de Claire Castagnet représentant une femme médecin en train d’ausculter un enfant roi

Le « souci de l’autre », dans toute sa complexité physique, mentale, sociale, spirituelle et donc culturelle est le fondement même de l’éthique en santé, en situant « l’être humain au-dessus du but absolu de la science ou de l’art » définition de l’OMS, 1946

Les médecines naturelles sont complémentaires de la médecine classique et connaissent un renouveau croissant partout dans le monde. Surnommées « douces » par opposition à la dure technicité faisant abstraction des sentiments tant du médecin que de son malade, ces médecines réintroduisent, à l’instar des sagesses anciennes ce souci de l’autre, dans toute sa complexité physique, mentale, sociale, spirituelle et culturelle, qui constitue le fondement même de l’éthique en santé. Le témoignage de D. Morignot, chef des urgences de la Mutualité (Grenoble) est frappant : les bénéfices dans la façon de soigner est notoire – ainsi, elle peut pratiquer une suture sur un enfant calme, en présence de parents calmes, sans recourir à un anesthésiant, qu’elle a hypnotisé de façon conversationnelle ... L’hypnose améliore la qualité de l’interaction soignant-soigné.

« L'hypnose, c'est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d'une autre personne. » Milton Erickson

L’hypnose est une culture thérapeutique du vivant, chacun se l’approprie à sa manière à la condition de l’exercer dans un but thérapeutique prédéfini et d’être évidemment bienveillant.

Le saviez-vous ?

Le cerveau droit, sollicité par l’hypnose, est celui de l’imagination et la créativité tandis que le cerveau gauche est lié à la logique, au conscient, au concret. Droit ou gauche ? Faites ce Test de la danseuse, voir quel(s) côté(s) vous utilisez !

Entre imaginaire et réalité, la réalité virtuelle peut également servir d’induction hypnotique : ainsi à Angers la neurochirurgie peut se pratiquer avec un patient éveillé, en évitant l’anesthésie générale.

Sources

[1] Bouleau (sauna et purification par le vapeur d’eau, se fouettent avec des branches de bouleau, bain de vapeur, chaleur sèche, neige) ; oignon, propriétés anti-inflammatoires et antiseptiques, teneur en soufre, magnésie, fer, cuivre, vitamines B B2, C ; l’ambre (résine fossile des conifères de la période oligocène 20 M d’années sur l’emplacement de la Baltique), les enfants le portent pour repousser le mauvais sort et prévenir le goitre (carence en iode, endémique dans les régions montagneuses). Bienfaits thérapeutiques des insectes, comme l’acide formique (des fourmis et des orties), dont la solution chimique aqueuse constitue le formol, antiseptique très efficace, soigne les rhumatismes.

[2] Des plantes comme des champignons, chanvre, volubilis, lianes de l’espèce banisteriopsis de l’Amazonie, peyotl (cactus des Aztèques et Tarahumaras du Mexique). Puissants effets neurologiques et psychotropiques dus à la présence des alcaloïdes (comme dans les ergolines des céréales), composés azotés complexes de nature basique _ dont la structure présente des analogies avec des acides animés présents dans le système nerveux, proche par exemple de la sérotonine, médiateur biochimique essentiel dans le corps humain, dont le rôle consiste à transmettre l’influx nerveux d’une cellule à l’autre. Ces substances végétales peuvent être très toxiques, avec des neurotoxines qui ciblent les protéines de transport, c’est-à-dire les courants ou canaux d’ions qui circulent à travers les membranes plasmiques et régulent l’influx nerveux. Neurotoxines attaquent les cellules nerveuses et musculaires, en perturbant leur activité électrique. Ces toxines perturbent en particulier les canaux ioniques du potassium et du sodium ; en les empêchant de se refermer, elles permettent une entrée massive d’ions sodium et potassium dans les liquides intracellulaires. Cette entrée provoque des décharges, rapidement suivies de contractions et spasmes qui peuvent entraîner la mort par tétanie.

 

Film ethnographique sur les signes du corps sous hypnose

Judith Nicogossian
Photo de Judith Nicogossian, docteure en anthropologie bioculturelle et chroniqueuse MMMieux.fr
Claire Castagnet
Photo de Claire CASTAGNET, artiste peintre et professeur de dessin/peinture

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