A) Quelle est la différence entre l’anorexie et la boulimie ?
L’anorexie mentale est caractérisée par une peur intense de grossir ou de reprendre du poids, et de s’alimenter. Elle se manifeste par un poids insuffisant, un arrêt des règles (aménorrhée), une perte de l’appétit et une vision altérée de l’image de soi. Un autre symptôme de l’anorexie est le déni de la maladie.

A noter qu’au début de la maladie, la perte de l’appétit n’est pas nécessairement présente. Par contre, l’envie de manger sera fortement réprimée, ce qui pourra éventuellement se traduire par des crises de boulimie avec vomissements.

La boulimie se définit comme l’ingestion rapide et massive de grandes quantités d’aliments jusqu'à l’écœurement, voire jusqu'au malaise. Cet épisode critique est suivi par un sentiment de culpabilité. Ces « crises alimentaires » peuvent se répéter plusieurs fois par semaine, ou même par jour. On associe souvent la boulimie à l’idée de vomissements mais ceux-ci ne sont pas obligatoirement présents en cas de crise.
B) L’anorexie et la boulimie sont-elles les deux seules formes de troubles alimentaires ?
Non, il existe plusieurs types de TCA. Ces troubles peuvent concerner autant les hommes que les femmes

Tout d’abord les TCA dites « typiques », comme l’anorexie, la boulimie. Sachant que ces maladies peuvent être concomitantes : périodes brèves d’anorexie restrictive suivies de crise de boulimie avec vomissements ou, impression d’amélioration des symptômes de l’anorexie alors qu’en réalité la prise de poids est due aux crises de boulimie.

Il existe un grand nombre de troubles alimentaires moins connus et moins médiatisés. En voici quelques exemples :

  • La compulsion alimentaire et l’ hyperphagie sans vomissement sont des formes de boulimie car elles consistent à ingérer de façon compulsive, en dehors des repas, une quantité importante d’aliments sur une courte période. Mais l’hyperphagie exclut les stratégies de contrôle du poids comme les vomissements, la prise de laxatif, une activité physique excessive …
  • l'orthorexie qui se définit comme un besoin obsessionnel et de se nourrir de manière diététiquement correcte, sans désir d’amaigrissement ;
  • le grignotage pathologique qui consiste à ingérer de petites quantités de nourriture en dehors de repas mais dans un volume important entrainant un surpoids notable et un fort sentiment de mal être,
  • les phobies alimentaires, notamment la « phobie de la déglutition » qui se caractérise par un refus d’avaler des aliments. Généralement, elle survient suite à un traumatisme (étranglement avec un aliment ou des soins médicaux douloureux au niveau de la gorge).

Il faut cependant faire la distinction entre une personne atteinte de TCA et une personne qui ferait un régime ou qui aurait des phases de grignotage en dehors des repas. Les TCA sont liées à un besoin excessif de garder le contrôle, la souffrance associée, même déniée, est importante. 

C) Est-ce que les TCA concernent uniquement les jeunes femmes ?
Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), 600 000 jeunes souffrent de TCA.

Les personnes les plus concernées sont les préadolescentes et les adolescentes, les jeunes femmes, les mannequins, les danseurs et sportifs (lorsque la discipline sportive valorise ou nécessite le contrôle du poids ou une grande endurance). 28% des adolescentes sont concernées par les crises de boulimie et 19 % déclarent avoir des stratégies de contrôle de poids.

L’anorexie mentale se déclenche le plus souvent entre 14 et 17 ans, avec un pic de prévalence maximal à 16 ans. Cependant, elle peut débuter sous une forme particulièrement sévère dès l’âge de 8 ans ou se déclarer plus tard, après 18 ans.

Les hommes peuvent également être concernés par les troubles du comportement alimentaire, notamment par l’hyperphagie, et environ un homme pour 10 femmes est atteint d’anorexie mentale. Par contre, dans le cas des adolescents pré-pubères atteints de TCA, on compte 1 garçon pour 3 filles.
D) Est qu’un TCA peut engendrer un risque vital ?
Les TCA sont les maladies psychiatriques les plus graves car le risque « mortel » est le plus élevé. La dangerosité de la maladie est souvent sous-estimée et certains dommages peuvent s’avérer irréversibles.

Plus précisément, les TCA altèrent l’état général, les défenses immunitaires et peuvent entraîner des risques cardiaques élevés du fait des déséquilibres hydro-électrolytiques du sang (baisse de potassium surtout si en cas de purges, baisse de sodium en cas de potomanie), de l'hypophosphorémie, qui perturbent le fonctionnement des muscles. Les sécrétions hormonales sont réduites (aménorrhée, retard de croissance, problème de fertilité des femmes), le squelette perd de sa densité (fractures spontanée, ostéoporose), le cerveau avec une diminution des capacités cognitives (difficultés de mémorisation, de concentration, d’attention, rigidité des raisonnements, distorsion cognitive sur son apparence – elles ne se voient pas maigres – …). Les dents sont souvent précocement atteintes en raison des vomissements et de l’ostéoporose mais pas seulement. De plus, en cas de boulimie sévère, une rupture de l’estomac peut survenir. Il s’agit d’une urgence chirurgicale qui peut mener à la mort de la personne.

En plus du trouble psychiatrique propre aux TCA, d’autres difficultés psychologiques peuvent accompagner ou être aggravés par les TCA : la dépression, les troubles anxieux et les troubles obsessionnels, voire des troubles graves de la personnalité. Or, ces troubles psychiques peuvent mettre en danger la vie de la personne (tentative de suicide, conduites à risque …).

Quelques chiffres : 

  • Les TCA constituent la 2ème cause de mortalité prématurée chez les 15-24 ans, juste après les accidents de la route.
  • De plus, le taux de mortalité d’un jeune souffrant d’anorexie mentale est 12 fois plus élevé que celui des personnes du même âge non touché par la maladie. 

Pour plus d’informations, consulter l’article « TCA, pourquoi un risque vital ? »

E) Peut-on en guérir ?
La prise en charge de ces maladies s’étend sur plusieurs mois, voire plusieurs années, mais oui, il est possible de guérir des TCA.

Plus le trouble est détecté et pris en charge rapidement, plus la guérison sera rapide. En effet, cela évite une évolution vers des troubles chroniques et l’apparition des complications.

Pour cela, il est nécessaire de s’orienter vers un médecin avec qui mettre en place une prise en charge adaptée. Cette prise en charge nécessite différents intervenants afin de traiter l’ensemble des aspects de la maladie (psychologique, nutritionnel et somatique).

L’HOSPITALISATION N’EST PLUS UN RECOURS SYSTÉMATIQUE. LES SOINS EN AMBULATOIRE ET DANS L’ENVIRONNEMENT HABITUEL DU PATIENT SONT PRIVILÉGIÉS.

Ce dossier a été réalisé en collaboration avec : 

  • le Dr Catherine FAYOLLET, Psychiatre, Praticien Hospitalier, Responsable du Pôle de Psychiatrie adulte - Institut MGEN de La Verriere
  • le Dr Brigitte Remy, Praticien Hospitalier - CSMRP MGEN

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