Sport et fréquence cardiaque chez une personne âgée

Lutter contre l'hypertension artérielle grâce au sport santé

Une maladie chronique qui concerne plus de 11 millions de Français ...

Validé par le
comité médical

Depuis quelques mois, votre médecin a la possibilité de vous prescrire de l’activité physique lorsque vous souffrez d’une maladie chronique. Cela vaut-il la peine de troquer votre pilulier contre une paire de baskets ? En d’autres termes, le simple fait de dépenser un peu plus d’énergie chaque jour est-il suffisant pour prévenir les maladies chroniques ou retarder leurs complications ? Illustration avec une maladie qui concerne plus de 11 millions de français : l’hypertension artérielle.

La pression artérielle représente la pression exercée par le sang sur les parois des artères. Si nous devions l’illustrer de façon très imagée, nous pourrions dire qu’elle est déterminée à la fois par la qualité du tuyau que constitue l’artère, et par la quantité de liquide qui y circule. Une altération du tuyau à cause de l’accumulation de plaque athéromateuse ou d’un stress chronique, et/ou une augmentation de la quantité de sang qui circule à cause de problèmes rénaux ou d’une alimentation inadaptée peuvent ainsi provoquer une augmentation plus ou moins importante de la pression artérielle. Selon les valeurs atteintes, nous parlerons alors de pression normale haute, ou d’hypertension de stade 1, 2 ou 3 [10]. L’âge et les habitudes de vie sont les principaux facteurs de risque de cette maladie qui touche un homme sur deux et une femme sur trois au-delà de 65 ans [7]. Il est d’ailleurs fort probable que ces estimations soient en deçà de la réalité, puisque selon une étude réalisée par le comité français de lutte contre l’hypertension artérielle en 2009, ce sont plus de 4 millions de français qui sont hypertendus et qui l’ignorent.

Les conséquences de l’hypertension artérielle sont multiples. Elle est en effet directement impliquée dans à peu près la moitié des cardiopathies ischémiques comme les infarctus du myocarde, et dans une proportion équivalente d’accidents vasculaires cérébraux [9]. Elle constitue également un facteur de risque majeur de l’insuffisance rénale [2], et joue un rôle plus sournois mais tout aussi important dans le déclin cognitif associé au vieillissement [6].

Que peut-on faire pour prévenir l’hypertension artérielle, ou la contrôler lorsque le diagnostic a été posé ? Selon le statut tensionnel, c’est à dire selon la catégorie de pression artérielle dans laquelle se trouve la personne, et selon le nombre de facteurs de risque auxquels elle est exposée (surpoids, obésité, tabac, inactivité physique et/ou sédentarité), le médecin pourra proposer une simple modification des habitudes de vie, et y associer un traitement à base de médicaments lorsque le tableau clinique est moins favorable. Dans ce cas, l’objectif des molécules utilisées sera de diminuer les résistances à l’écoulement à l’intérieur du « tuyau » artériel, ou de diminuer la quantité de sang qui y circule. Si ces traitements à base de médicaments sont efficaces, il convient de garder à l’esprit qu’ils ne dispensent pas pour autant d’une modification des habitudes de vie, qui vont avoir un effet additionnel à celui des médicaments.

Les habitudes de vie susceptibles d’abaisser la pression artérielle sont nombreuses [4]. Nous avons vu dans la chronique précédente que l’activité physique y occupait une place particulière. Comme n’importe quel traitement, elle exerce un effet à court terme, que l’on appelle aiguë, et un effet à long terme que l’on qualifie plutôt de chronique.

Dans les heures qui suivent une activité physique à dominante cardiovasculaire, nous constatons chez les personnes hypertendues une diminution de la pression artérielle qui est d’autant plus importante et d’autant plus longue que la durée et/ou l’intensité de la période d’exercice sont élevées (tout en restant dans la limite du raisonnable, ce qui nécessite d’être encadré par un professionnel de l’activité physique) [8]. Il est même possible de bénéficier d’un effet additionnel pour peu que l’activité physique soit réalisée dans l’eau [11]. Les activités à dominante neuromusculaire telles que les exercices de musculation, semblent tout aussi efficaces, même si la relation quantité – bénéfice, c’est à dire le lien entre la durée et/ou l’intensité de l’exercice et le bénéfice tensionnel, semble moins évidente que pour les activités physiques à dominante cardiovasculaire [3].

Le fait de répéter ces exercices de façon régulière, et d’adopter un mode de vie globalement plus actif physiquement s’accompagne-t-il de bénéfices supplémentaires ? La réponse est oui, puisque dans ce cas la diminution de la pression artérielle ne se limite pas à quelques heures. Elle persiste tant que les personnes sont en mesure de conserver cette habitude de vie [5, 12]. L’amplitude de cette diminution dépend du niveau initial de pression artérielle selon une relation en U inversée : elle est faible à modérée chez les personnes normotendues ou hypertendues sous traitement médical, et importante chez les personnes qui présentent une pression artérielle supérieure à la normale, sans pour autant souffrir d’hypertension artérielle et donc bénéficier d’un traitement à base de médicaments (ce qui est le cas d’une grande partie de la population) [12]. Il est d’ailleurs intéressant de constater que pour cette catégorie de personnes, l’effet bénéfique de l’activité physique est comparable à celui de la plupart des molécules utilisées dans le traitement de l’hypertension [13].

D'un point de vue pratique, cela signifie que les scénarios possibles pour bénéficier de l’effet antihypertenseur de l’activité physique sont nombreux. Activités cardiovasculaires ou neuromusculaires, activités aquatiques ou sur terrain sec, activités de relaxation, tout fonctionne tant que les personnes sont en mesure de les intégrer durablement dans leur mode de vie. Le bénéfice santé de l’activité physique est d’autant plus important qu’on est en mesure d’y associer d’autres habitudes de vie favorables pour la santé, telles que ne pas fumer, avoir une consommation d’alcool modérée ou adopter une alimentation de type méditerranéenne [1], sans oublier le lien social et intergénérationnel qui est d’autant plus important que les personnes sont âgées, et bien sûr le plaisir que peut procurer la pratique de l’activité physique.

Tout l’enjeu pour les professionnels de l’activité physique consiste donc à identifier les stratégies qui vont permettre aux personnes de modifier durablement leur comportement. 

 Il s’agit d’une tâche complexe qui nécessite une évaluation la plus précise possible de leurs motivations et de leur environnement, afin de proposer un plan d’action qui a du sens pour elles, et va leur permettre de s’engager dans ce qui peut parfois être assimilé à un nouveau projet de vie. Connaître les modalités optimales de prescription de l’activité physique en fonction de la pathologie est un prérequis, mais ne suffit pas. Ce point fera l’objet d’une future chronique.

D’ici là, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, et faites-vous accompagner par des professionnels de l’activité physique. Les structures d’accueil sont nombreuses, il y en a forcément une proche de chez vous. Le plus simple pour l’identifier est de contacter la direction départementale de la cohésion sociale, ou votre comité départemental olympique et sportif.

Sources

[1] Akesson A, Larsson SC, Discacciati A, Wolk A. Low-risk diet and lifestyle habits in the primary prevention of myocardial infarction in men: a population-based prospective cohort study. J Am Coll Cardiol. 2014;64(13):1299-306.

[2] Bakris GL. Protecting renal function in the hypertensive patient: clinical guidelines. Am J Hypertens. 2005;18(4 Pt 2):112S-9S.

[3] Casonatto J, Goessler KF, Cornelissen VA, Cardoso JR, Polito MD. The blood pressure-lowering effect of a single bout of resistance exercise: A systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Eur J Prev Cardiol. 2016;23(16):1700-14.

[4] Chobanian AV, Bakris GL, Black HR, Cushman WC, Green LA, Izzo JL, Jr., et al. The Seventh Report of the Joint National Committee on Prevention, Detection, Evaluation, and Treatment of High Blood Pressure: the JNC 7 report. JAMA. 2003;289(19):2560-72.

[5] Cornelissen VA, Fagard RH. Effect of resistance training on resting blood pressure: a meta-analysis of randomized controlled trials. J Hypertens. 2005;23(2):251-9.

[6] Gasecki D, Kwarciany M, Nyka W, Narkiewicz K. Hypertension, brain damage and cognitive decline. Curr Hypertens Rep. 2013;15(6):547-58.

[7] Godet-Thobie H, Vernay M, Noukpoape A, Salanave B, Malon A, Castetbon K, et al. Niveau tensionnel moyen et prévalence de l’hypertension artérielle chez les adultes de 18 à 74 ans, ENNS 2006-2007. Bul Epidem Hebd 2008;49/50:477-93.

[8] Jones H, George K, Edwards B, Atkinson G. Is the magnitude of acute post-exercise hypotension mediated by exercise intensity or total work done? Eur J Appl Physiol. 2007;102(1):33-40.

[9] Lawes CM, Vander Hoorn S, Rodgers A, International Society of H. Global burden of blood-pressure-related disease, 2001. Lancet. 2008;371(9623):1513-8.

[10] Mancia G, Fagard R, Narkiewicz K, Redon J, Zanchetti A, Bohm M, et al. 2013 ESH/ESC guidelines for the management of arterial hypertension: the Task Force for the Management of Arterial Hypertension of the European Society of Hypertension (ESH) and of the European Society of Cardiology (ESC). Eur Heart J. 2013;34(28):2159-219.

[11] Sosner P, Gayda M, Dupuy O, Garzon M, Lemasson C, Gremeaux V, et al. Ambulatory blood pressure reduction following high-intensity interval exercise performed in water or dryland condition. J Am Soc Hypertens. 2016;10(5):420-8.

[12] Sosner P, Guiraud T, Gremeaux V, Arvisais D, Herpin D, Bosquet L. The ambulatory hypotensive effect of aerobic training: a reappraisal through a meta-analysis of selected moderators. Scand J Med Sci Sports. 2017;27(3):327-41.

[13] Wong GW, Boyda HN, Wright JM. Blood pressure lowering efficacy of partial agonist beta blocker monotherapy for primary hypertension. Cochrane Database Syst Rev. 2014;11:CD007450.

Laurent Bosquet

Professeur à la Faculté des sciences du sport de l’Université de Poitiers (fss.univ-poitiers.fr)

Directeur du Laboratoire mobilité vieillissement exercice (move.labo.univ-poitiers.fr) Coordonnateur de la Chaire sport santé bien être (chairesportsante.univ-poitiers.fr)

@LaurentBosquet

Professeur à la Faculté des sciences du sport de l’Université de Poitiers (fss.univ-poitiers.fr)

Directeur du Laboratoire mobilité vieillissement exercice (move.labo.univ-poitiers.fr) Coordonnateur de la Chaire sport santé bien être (chairesportsante.univ-poitiers.fr)

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