Les chroniques de Judith Nicogossian : entre transhumanisme et communication non-verbale

Mon sein : te perdre et te retrouver

Validé par le
comité médical

Cancer meurtrier - une femme en meurt dans le monde toute les 53 minutes - le cancer du sein est la 1ère cause de mortalité chez la femme de 35 à 65 ans. Chaque année dans le monde 1,5 millions de patientes sont diagnostiquées, avec plus de 50,000 cas en France. Les progrès médicaux en termes de prédiction et prévention ou encore de dépistage et de traitement sont importants : si l’incidence augmente depuis 2005, la mortalité due à ce cancer diminue de presque 1,3% par an (voir épidémiologie [1]).

« Paul Rivers leva les yeux. Très lentement. Impossible de mettre un nom sur le visage les seins, par contre, ne lui étaient pas inconnus. »

Les machines à illusions - Philip K. Dick

Après une chirurgie thérapeutique, ou prophylactique, de mastectomie, différentes techniques de réparation mammaire sont proposées, ce dont bénéficie au final 35 % des patientes françaises (Lantiéri, chirurgien). Pourtant, nombreuses sont celles désabusées par la reconstruction. Nous nous intéresserons dans cet article sur les enjeux de la réparation mammaire, la technique chirurgicale, les technologies, particulièrement celle de l’implant, mais il s’agit surtout d’apporter un éclairage sur la multi-dimensionnalité du sein pour cheminer vers d’autres possibilités de réparation.

Quelles sont les différentes dimensions du sein ?

Comment faire face à sa perte ?

Peut-on le retrouver ?

Prévention et réparation

L’approche thérapeutique et préventive – avant que les premiers symptômes n’apparaissent avec la médecine pré-symptomatique – laisse ensuite place à une mise en œuvre qui peut conduire à une mastectomie et une reconstruction. Plusieurs solutions sont proposées, comme l’autogreffe (par lambeau libre) ou l’implant. Depuis 2016 elle est possiblement réalisable par robot-chirurgien (Da Vinci). Depuis ses débuts au XIXe siècle, cette technique s’est démocratisée, objet d’un véritable marché ; pourtant, elle questionnable : longue, coûteuse, énergivore.

Technique de l’implant

L'implant mammaire est une prothèse esthétique, qui ne restaure pas de fonction biologique, ni de retour de sensation ; il recrée une forme, en tant qu’illusion esthétique sur le corps mutilé par la technique de mastectomie. Le corps doit être refaçonné.

Limites de la technique

La mise en place de la prothèse est une solution proposée sous certaines conditions, dépendante de la peau de la patiente (élasticité, aspect de la plaque laissée après mastectomie, peau cicatricielle, rapport de différences de pigmentation et qualité) ; du type de cancer ; de l'envahissement cellulaires et ganglionnaires ; enfin du budget de la patiente

Les prothèses mammaires ont aussi une espérance de vie limitée. Il faut les changer entre 7 et 9 ans après la pose. De même, il n’existe que deux formes d’implants, ronde ou anatomique et de leur remplissage dépendra la souplesse des futures poitrines - ce qui est réducteur en regard des différentes formes naturelles de poitrines chez les femmes. Souvent, le sein controlatéral doit être symétrisé à la prothèse. Les opérations - qui requièrent un niveau de grande technicité - s’enchaînent ainsi souvent, la poitrine devenant l’objet d’un planning chirurgical conséquent.

Réactions sur le corps des patientes

« Les cicatrices restent visibles, gonflent, deviennent parfois hypertrophiques ou encore chéloïdes. Les prothèses peuvent bouger, glisser. Le traitement médicamenteux demeure conséquent, avec des effets secondaires lourds. La patiente endurant ces traitements, devant faire face aux symptômes, aux réactions et à aux effondrements notoires perçoit ce réel thérapeutique en tant que « parcours du combattant »

Aberdam, psychologue clinicienne, 2018

Les corps ne réagissent pas tous de la même manière face à la « science des mutilations » (Weisman, médecin & père de la génétique, 1850) ou encore « science du bistouri » et à la rééducation que cela implique. Les femmes ont des réactions : si certaines s’accordent bien à la prothèse, d’autres la retirent, quand elles ne la rejettent pas d’emblée. Les mécanismes de blocage physiologique (immunitaire) et/ou psychologique (identitaire) de résistance face à la mastectomie et la chirurgie reconstructrice sont nombreux.

Les multiples dimensions du sein

1. Biologique

L’Homo Sapiens est une espèce de mammifère rangé dans l’ordre des Primates, pourvu de mamelles, l’étymologie latine de mamma signifie le sein, la mamelle (Hartenberger, Paléontologue). La caractéristique de notre clade est l’allaitement, dépendant sur le plan digestif du lait maternel. La fonction biologique du sein est de produire colostrum et lait après parturition.

Pourtant la lactation ne serait pas un phénomène biologique réservé à la femme ; une tribu africaine pygmées Aka (de 20 000 individus) s’organise notamment autour de la prise en charge de la lactation par les pères, en l’absence alternée des mères, en faisant de cette culture un modèle d’excellence du soin paternel et de l’équité dans la réciprocité des tâches (anthropologue  Barry Hewlett). Serait-ce chez cette peuplade et quelques autres hommes l’ayant expérimentée la démonstration d’un atavisme d’un grand ancêtre commun de l’homme et de la femme asexué ?

La fonction biologique des seins a été largement relayée par la prise en charge industrielle du phénomène de la lactation (laits en poudre) – autrefois, quand les mères ne pouvaient pas allaiter, d’autres allaitantes, dites « mères-nourricières », étaient sollicitées. Récemment, face aux vertus du lait maternel universellement reconnues - régulièrement rappelé comme « la meilleure solution pour le bébé » par l’OMS - s’imposent des associations de soutien à l’allaitement maternel (ex. La voie Lactée) ou encore de vastes « banques de lait » pour les prématurés (Québec, 2013).

2. Psychologique

La poitrine est un marqueur de la féminité en devenir. Celle de la petite fille se transforme sur le plan physiologique au cours de sa croissance, depuis son enfance, sans volume, semblable à celle des garçons, pour prendre à la puberté une forme adulte – grâce aux hormones (œstrogène et hormone de croissance). Au cours de la grossesse, la poitrine de la mère subit d’autres modifications hormonales (œstrogène, progestérone, prolactine) pour secréter du colostrum[2] et procéder à la lactation ; enfin, leur impact dégressif fait s’assécher la poitrine de la vieille femme.

Ces transformations sont énigmatiques pour l’homme : le mystère de pouvoir produire du lait. On se souvient tous du film de Woody Allen, Everything you always wanted to know about sex* (*but were afraid to ask) où un sein géant, envahi une ville américaine en giclant du lait.

3. Symbolique

L’ensemble des traditions culturelles donnent au sein des caractéristiques symboliques et sociales de fertilité. Du Paléolithique à aujourd’hui, la Déesse Mère, Grande Déesse ou encore déesse primordiale, renvoient à des mythes et objets représentant un corps de femme aux gros seins, et servent un culte de la fécondité, de l’abondance et de la vénération de la Terre, comme le représente la Vénus de Willendorf, statuette retrouvée du Paléolithique supérieur. Vers 22000 – 24000 av. J.-C. ces cultes païens sont remplacés en Occident par l’arrivée du christianisme - et le culte de Marie, engendrée par le St Esprit ayant donné naissance au fils de Dieu, humaine et non déesse.

Le lait possède dans l’imaginaire des propriétés de régénération cellulaire et des vertus de jeunesse éternelle - voir la BD Borgia t.1 (Jodorovsky & Manara, 2004) narrant la déchéance du pape Innocent VIII, qui voulut accéder à l’immortalité en s’abreuvant du sang des jeunes enfants et du lait des jeunes mères du peuple.

4. Physiologique

Les détentrices de poitrines vous le diront, le sein peut être une protubérance mammaire embarrassante sur le plan physiologique. Trop fortes elles gênent le mouvement, comme pour les Amazones (Éthiopide d’Arctinos de Milet, - 650), dont l’étymologie grecque veut dire a- mazos-, « sans sein », évoquant des femmes guerrières de sociétés matriarcales, qui s’en brûlaient au moins un, pour mieux tirer à l’arc. Mais peut-être ces légendes ne sont qu’un montage phallocentrique de plus, des sociétés antiques, critiquant une organisation exclusivement féminine… Trop petites, elles gênent le code esthétique d’une norme de taille et des caractéristiques sexuelles en lien - l’augmentation mammaire représente 17% des actes de chirurgie du monde, à l’envers de l’érotisme d’un Serge Gainsbourg chantant les « petits seins de bakélite ».

5. Code esthétique

Le sein incarne ce code esthétique aux connotations sexuelles, avec une fluctuation de normes dépendamment des modes (petit, gros, plat, blanc, bronzé, décolleté, etc.), s’il représente aussi une force féminine empreinte de courage et de liberté (revendiqué par le mouvement Femen). L’emblème de la France, la Marianne révolutionnaire au sein nu, est-elle emblématique de la liberté de la femme ou simple code artistique ?

La mode fait des ravages sur l’estime de son corps, en particulier de ses seins, qui sont sources d’une grande insatisfaction des femmes et de grand profit pour une version mercantile de la chirurgie plastique. Une étude récente (Body Image, 2018) montre que sur 384 femmes britanniques une majorité se révèle insatisfaite de l’apparence de leur poitrine. 31% veulent des plus petits seins, 44% des plus gros seins, tandis que 1/3 admet ne jamais examiner ses seins ou extrêmement rarement. Les chercheurs corrèlent une insatisfaction de la taille des seins avec une baisse de l’examen de soi et une absence de vérification (1 femme sur 10) même en cas de constat de changement anormal de la poitrine.

6. Sexe, politique et société

Le sein est victime d’ambivalences, car un rapport de pouvoir imposant un contexte normatif le quantifie qualitativement, dans une force de l’implicite, tout en mélangeant les arguments, soit enfermé dans une fonction biologique, une reproductibilité, ou encore assigné à un code esthétique, érigé en critère que l’on peut jauger de désirabilité sexuelle ; enfin, métonymie corporelle de discrimination inégalitaire face à l’homme.

Jeanne d’Arc la pucelle d’Orléans (XVe siècle) dût se bander la poitrine pour combattre et contourner la norme de l’exclusivité masculine du champ de bataille. Des codes sociétaux exercent un contrôle sur le sein féminin en tant que symbole de sa féminité jusqu’à le punir. En Catane, Quintanius fait torturer Saint Agathe, pour se venger d’elle, car cette belle chrétienne ne voulut pas répondre à ses avances, en lui coupant les seins. L’apôtre Pierre en apparition lui rendit, à l’identique, ne lui évitant pourtant pas la mort. Dieu punit la ville du tortionnaire païen avec l’éruption de l’Etna, un an après la mort de la martyre (251), qui déversa un flot de lave en direction de la Catane. Depuis, dans cette petite ville de Sicile, du 03 au 05 février, une pâtisserie populaire en forme de sein symbolisant la poitrine de la sainte est réalisée lors de sa fête, les « Minne di Sant'Agata » ou les « Minuzzo », servis par paire. Ce sont des petits dômes de pâte fourrés de fromage frais, de fruits candis et de pistache. Recouverts d'un glaçage blanc et surmontés d'une cerise confite …

La poitrine et les tétons sont effectivement une zone érogène de la femme aux caractéristiques sexuelles. Pourtant, son caractère hyper-sexualisé le place en situation de grande inégalité avec celle du torse et des tétons de l’homme. Les torses et tétons des hommes ne sont-ils d’ailleurs pas tout autant érogènes ? La majorité des femmes affirment ressentir une stimulation sexuelle réciproque à l’égard des torses nus (certains)… Mais la norme permet aux hommes d’enlever leurs tee-shirts en public en l’interdisant aux femmes.

Les sociétés contrôlent les sexualités et de pair le désir masculin contrôle la normativité de l’apparence du corps féminin : sa virginité, sa nudité, sa maturité sexuelle avec son sein en tant qu’épiphénomène visible et tangible, son ventre en tant qu’outil de reproduction.

« Là-bas [au Maroc], il suffit que tu aies deux petites excroissances sur la poitrine en guise de seins, que tu saches te taire quand on te le demande, faire cuire du pain et c'est bon, t'es bonne à marier. » Kiffe kiffe demain - Faïza Guène

Les seins féminins sont le symbole le plus visible de la féminité et un indicateur, un petit peu flou, d’une « reproductibilité ». L’âge de majorité sexuelle se base sur un « âge de consentement », qui précède souvent l’âge de la majorité civique. La législation pénale le fixe à 15 ans en France - avec un âge de scolarité obligatoire de 16 ans.

La poitrine de la femme demeure un sujet de controverse : la cartographie des États-Unis est toujours très complexe, des lois américaines dans certains états d’« indécence publique » (Public Indecency) punissent pénalement les femmes faisant du sein nu (comme à New-York) tandis que d’autres l’autorisent, notamment pour des raisons d’allaitement. Les sociétés le laissent à nu ou l’habillent, le dissimule, le voilent ou le dévoilent, le mettent en valeur, l’exhibent, ou encore l’emprisonne. Au fil du temps les valeurs morales - édictées par les hommes - changent.

Le corps et la réparation

Ces médecines réparatrices apportent du réconfort, pourtant une multitude de « résistances » soulèvent aussi des paradoxes :

  • Etre amené à endommager le corps afin de préserver une esthétique - engendre un inconfort, une souffrance, des relations inédites de soi au dispositif implantable (décalage entre illusion de la réparation et réparation stricto sensu) ;
  • Dans le meilleur des cas la reconstruction à l’identique n’existe pas (le sein reconstruit demeure inférieur au modèle normal, la cicatrice, la surface bosselée, les adhérences sous la cicatrice, les contraintes de l’implantation, etc…).
  • Un syndrome du sein fantôme peut apparaître.

L’histoire des origines de la reconstruction prend place dans un caractère normatif de la pratique de la chirurgie, donnant le point de départ d’une certaine manière de voir le corps humain en médecine. Elle a suivi un ordre social, consolidant le système normatif d’une époque, la matérialisation catégorielle d’une version de l’humain, ce que doit être un humain, de façon dichotomique, entre normal et pathologique, entre sexe masculin et le sexe féminin, le blanc et une autre couleur et plus loin encore entre ses fonctions et un code esthétique. Ce que doit être un sein sans forcément tenir compte de ses dimensions plurielles ni du ressenti de la patiente experte de son corps.

Les pratiques de réparation détiennent un pouvoir puissant : instrument de pouvoir, générateur d’une économie sur les corps, elle distribue des normes que les individus intériorisent en y restituant des états de conscience.

Sans oublier que ces connaissances s’inscrivent dans un contexte de production des technosciences et d’un discours industriel. Voir scandale prothèse mammaire PI[3]

« Les questions identitaires soulevées sont fondamentales chez le sujet : être soi, être un autre, être un semblant ou encore un faux-semblant »

Aberdam, psychologue, 2018

La réparation mammaire présente un conflit : pourquoi réparer le sein sur le plan esthétique alors que la réparation n’est pas fonctionnelle et que le ressenti peut être handicapant – ne répondant pas aux demandes des patientes. Est-ce encore une manière de réduire le sein non pas tant par la mutilation nécessaire que par la réparation suggérée ? Celles-ci, objectivées par le corps médical réduites à un symptôme et mutilées – avec un ensemble de cicatrices visibles -, ont besoin d’un laps de temps pour faire face à la perte, aux contraintes du suivi médical, et ensuite éventuellement pouvoir customiser la « réparation » de façon personnalisée.

La norme

La norme veut s’appliquer à grande échelle, d’une population entière, mais elle est difficilement réductible à l’échelle d’un individu. Ne systématisons pas la réparation de façon normative, mais approchons plutôt la variation en tant que norme de référence afin de tenir compte de la diversité des facteurs humains car les identités réparées doivent également faire face à un rééquilibrage identitaire unique. L’adaptabilité est vivante et non pas figée.

Conclusion : Le bio-jou

« Le sein est un symbole complexe et multiple. Courbure du corps, rondeur creuse qui apporte la vie. Empreint de maternel et de sexuel, il est pouvoir féminin. Le sein est au cœur d'un conflit subjectif et sociétal. C'est un objet à l'interface de plusieurs dimensions. S'il est un pouvoir sexuel visible du féminin il est aussi un objet sensoriel et biologique, un objet culturel et symbolique, un objet narcissique et érotique. Lors de la pose de l'implant ces dimensions sont bouleversées et réduits à l'objet d'apparat visuel et social. »

Ariane Aberdam, Psychologue clinicienne, 2018

Le sein est un symbole du féminin, enjeux de pouvoir et pouvoir et l’implant mammaire est réducteur de l’ensemble de ces dimensions : symbolique (féminité), culturelle (mode), physiologique (plusieurs fonctions), sensorielle, narcissique. Tantôt fonctionnalisé, tantôt sexualisé, instrument que l’on contrôle, selon les traditions, les lois, les modes vestimentaires, encourageant sa dissimilation,  son apparition, jusqu’à son exhibition.

Il existe des possibilités farfelues répondant à des choix de santé individuelle, se marginalisant du contexte normatif, par exemple le « biojou », prothèse bijou, une esthétique de corps cyborg, qui ne suivent plus des critères anthropomorphiques où l’on s’éloigne de l’idéal du corps humain en se rapprochant d’une esthétique de corps hybride. Avec le bio-jou, on ne cherche plus à imposer une réparation à l’identique, mensongère, mais qui répare et qui re-pare à l’image de l’esthétique du kintsugi (Bernard Lafargue, professeur d’esthétique, 2017), vase brisé par les chinois dont les japonais mettent en valeur les morceaux recollés, faisant de sa réparation un autre objet. De même le travail remarquable d’Alexia Cassar, tatoueuse de tétons à reconstruire, s’adapte librement à la personnalité de ses patientes, de façon in-anthropomorphique. Poursuivons ces réflexions, à l’envers d’une norme souvent inadaptée. Récoltons des histoires de seins, des récits d’expériences. Soulignons le décalage entre sein propre et sein vécu, entre l’image de soi, une norme et son ressenti.

Des questions :

Avez-vous une anecdote de quand vos seins ont poussé ? Etes-vous satisfaite de vos seins ? Pourriez-vous en imaginer d’autres ?

Une idée :

Après mastectomie, accompagner le temps d’adaptation et de rééducation en essayant la Réalité Virtuelle !

Sources

[1] http://www.beautifulabc.com/fr/epidemiologie

[2] Liquide jaune purgatif, immunitaire adapté à l’immaturité du système digestif des nouveau-nés.

[3] Entre 400 000 et 500 000 femmes dans le monde (30 000 en France) ont porté des prothèses mammaires potentiellement défectueuses de la société Poly Implant Prothèse (PIP), basée dans le Var. En mars 2010, l’Agence Française de sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) suspend l’utilisation des implants mammaires en gel de silicone PIP. Mise en cause, la fragilité anormale des implants : l’enveloppe remplie du gel PIP se rompait dans 10% des cas, contre 1% pour un produit conforme. Des analyses viendront révéler par la suite la nocivité du gel. Selon un bilan de décembre 2012, 14990 femmes en France ont subi l’explantation préventive conseillée par le ministère de la santé à la fin 2011, provoquant un état de choc de société jusqu’en 2013 (Le Monde, 2013).

Jean-Claude Mas, fondateur de la société PIP est jugé pour tromperie aggravée et escroquerie, avec 5250 femmes ayant porté plainte contre lui. Il défend son gel fourni par un chirurgien, viable, en accusant ces femmes d’être mal dans leur peau de façon inconditionnelle (avril 2013). Après un débat public, sont différenciés les actes de chirurgie esthétique (réalisés par des chirurgiens chevronnés) et les actes de « médecine esthétique » (par exemple certains médecins généralistes ayant reçu une simple formation injectent de l’acide hyaluronique pour combler les rides de leurs patientes).

Judith NICOGOSSIAN
Photo de Judith Nicogossian, docteure en anthropologie bioculturelle et chroniqueuse MMMieux.fr
Chloé Warner, dessinatrice

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