J’ai fait un petit sondage auprès de mes lecteurs. Je leur ai demandé quels sujets ils aimeraient que je traite dans Le Laboratoire créatif. Parmi ces sujets, il y a l’estime de soi. C’est un sujet délicat qui fait souvent l’objet de théories contradictoires.

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jake davies unsplash.

Sylvie Gendreau, Polytechnique Montréal

Cette chronique est dans la droite ligne et se nourrit des recherches et rencontres publiées sur mon site Les cahiers de l’imaginaire.

Peu d’estime de soi peut mener à tolérer des situations inacceptables et à s’empêcher de développer son potentiel. Par contre, trop d’amour-propre peut entraîner un narcissisme clinique et des comportements égocentriques.

Ceux qui sont confrontés au problème dans ces extrêmes, d’un côté comme de l’autre, en souffrent terriblement. Cela peut même dégénérer en drames familiaux ou professionnels.

Dans ce billet, j’aborderai le narcissisme, pour vous aider à le détecter plus facilement et à prévenir que des situations dégénèrent dans votre famille ou dans votre entreprise.

Comme l’a expliqué le psychologue, Nicolas Chevrier, à l’émission Les Éclaireurs à Radio Canada, il y a divers degrés de narcissisme basés sur neuf traits de la personnalité.

9 traits de personnalité narcissique

Dans leurs diagnostics, les psychologues doivent détecter au moins cinq des neuf traits de personnalité, comme l’a expliqué le psychologue dans sa chronique à Radio Canada :

  • La personne surestime ses réalisations et s’attend à être reconnue comme supérieure, sans pour autant avoir accompli quoi que ce soit qui justifierait une telle reconnaissance. Elle met aussi de l’avant certains succès ou certaines forces sans nuances en amplifiant ses accomplissements.

  • La personne est absorbée par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal.

  • La personne pense être spéciale et unique, et croit ne pouvoir être comprise que par des institutions ou des gens spéciaux. Elle n’acceptera pas d’échanger avec des personnes qu’elle qualifie d’inférieures.

  • La personne a un besoin excessif d’être admirée.

  • La personne pense que tout lui est dû.

  • La personne exploite l’autre dans ses relations interpersonnelles. Elle utilise autrui pour arriver à ses propres fins.

  • La personne manque d’empathie. Elle n’est pas disposée à reconnaître ou à partager les sentiments d’autrui. Elle est incapable de ressentir ce que l’autre ressent.

  • La personne envie souvent les autres et croit que les autres l’envient.

  • La personne fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains. Elle méprise l’autre et manifeste un sentiment de domination.

Il s’agit d’un problème plus difficile à traiter que la dépression ou l’anxiété, car il s’étend à toutes les relations que la personne entretient avec sa famille, ses collègues et ses amis.

Mais, avec de la patience et une psychothérapie avec un thérapeute qualifié, il est possible de traiter le narcissisme. Il ne faut donc pas désespérer. Et surtout ne pas juger, rappelez-vous qu’il s’agit d’une pathologie.

Je vous parle de cela, car mon travail consiste à vous aider à réussir et à créer. Et pour cela, vous devez vous entourer de personnes qui feront équipe avec vous. Il est donc important de bien choisir ses amis, ses collègues, ses partenaires quand cela est possible. Le souci ? On ne détient pas toujours la bonne grille d’analyse pour prendre des décisions éclairées.

C’est la raison pour laquelle, il est utile de détecter un trouble de la pesonnalité plutôt que de laisser des situations tourner à un drame qui peut parfois être fatal dans le cadre d’un projet collectif.

Toutefois, il faut se rappeler qu’une personne peut avoir certains traits de la personnalité narcissique sans pour autant avoir un trouble de la personnalité, Nicolas Chevrier explique bien que tout est question d’intensité.

Cohabiter avec les narcissiques

Lorsqu’une personne est très narcissique, il faut apprendre à communiquer avec elle pour éviter les drames. Dans une deuxième chronique, Nicolas Chevrier donne d’excellents conseils :

  • Soyez très spécifique dans votre manière de lui faire des compliments (et le faire seulement si c’est vraiment votre opinion). Le psychologue donne l’exemple de féliciter la personne pour la clarté de sa présentation à un moment précis, plutôt que de lui dire qu’elle est une excellente présentatrice comme toujours. (N’ajoutez pas de l’eau à son moulin).

  • Les personnes narcissiques ont tendance à généraliser, il faut être spécifique, rappelle Nicolas Chevrier, pour que la personne n’utilise pas ces compliments contre vous dans une autre circonstance.

  • Il faut leur expliquer clairement les réactions et les émotions qu’elles provoquent, car elles ont du mal à comprendre ce qu’une autre personne vit ou ressent (rappelez vous, ces personnes ne font pas preuve d’empathie).

  • Comment amener la personnalité narcissique, qui s’attend à ne pas devoir obéir aux règles, à les respecter ? Il faut établir des limites et ne pas débattre sur le bien-fondé de la règle avec la personne. Et jamais de passe-droit. (Car elle ne respectera plus les règles ensuite).

  • Ne jamais critiquer la personne en public (mais ce conseil, comme le conseille sagement l’animateur de l’émission Les Éclaireurs, Patrick Masbourian, devrait s’appliquer à toute personne). Ces personnalités ne tolèrent pas la critique. Il ne sert à rien de s’opposer systématiquement.

  • La personne narcissique voit la relation sous l’angle de la domination. Il est important de choisir une approche collaborative plutôt que directive. Lui donner des ordres n’est pas une bonne idée, il faut faire preuve de beaucoup de tact et de diplomatie.

  • Restez discret sur vos réussites et privilèges (ne jetez pas de l’huile sur le feu).

  • Le narcissique manipule les uns et les autres, soyez sur vos gardes.

  • Un narcissique ne donne pas. S’il vous donne quelque chose, méfiez-vous. Il attend beaucoup en retour.

Heureusement, il y a très peu de personnalités narcissiques qui font partie de la triade sombre, un concept élaboré en 2003 par un groupe de chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique qui consiste à trois traits de personnalité extrêmes :

  • Un sentiment exagéré de supériorité (se pense nettement supérieur aux autres).

  • Un esprit machiavélique (leur clé du succès, c’est la manipulation et l’exploitation ouverte des autres pour arriver à leurs fins).

  • Un manque total d’empathie envers les autres.

Les chercheurs à l’origine de ce concept ont étudié, entre autres, le cas de Bernard Madoff condamné, le 29 juin 2009, à 150 ans de prison pour une escroquerie évaluée à plus de 65 milliards de dollars, la plus grande fraude de l’histoire !

On peut également mieux interpréter la réaction et les commentaires de certains accusés dans le mouvement #MeToo.

Mes lecteurs m’ont demandé de leur parler d’estime de soi. Je devine que certains n’ont pas suffisamment confiance en eux, mais peut-être ont-ils dans leur entourage des manipulateurs (à un certain degré) ou des pervers narcissiques (les cas extrêmes). Dans une prochaine chronique, je parlerai davantage d’estime de soi, mais il m’a semblé utile de commencer par cette première partie. Il peut arriver qu’une personne soit plutôt une victime de la manipulation d’autrui, ce qui peut drôlement miner sa confiance en elle.

Comme l’écrit, Margaux Rambert :

« Ils peuvent être un conjoint, un proche, un patron, un·e collègue, un·e ami·e. Séduisants, sympathiques, parfois réservés, ils plaisent par leur côté charmeur et flatteur. Mais très vite, à leur contact, un malaise s’installe. Et leurs victimes entrent dans une spirale infernale de culpabilisation et de dévalorisation. Véritables dangers pour notre intégrité physique et mentale, les manipulateurs sont des personnalités narcissiques qui représentent, selon Isabelle Nazare-Aga, auteure Des Manipulateurs sont parmi nous (éditions de l’Homme), 2 à 3 % de la population. Nous sommes donc tous amenés à croiser un jour, si ce n’est pas déjà fait, une personne atteinte de cette pathologie. […] La raison d’être de ces derniers ? « Se rendre valables en nous écrasant pour se sentir supérieurs. Ils sont comme des virus. Ils distillent le mal auprès de plusieurs victimes à la fois – leur époux(se), leurs enfants, le boulanger… - Vous n’êtes qu’un pion sur lequel ils s’appuient pour se valoriser ».

Donc, si vous repérez ces traits de caractère parmi vos collègues ou vos proches, soyez vigilants pour éviter que les situations dégénèrent en crises graves.

Et si vous développez un nouveau projet, assurez-vous, au meilleur de votre connaissance, de choisir les bons coéquipiers dès le départ. Une belle idée peut parfois échouer seulement parce que les membres de l’équipe n’étaient pas les bonnes personnes pour ce projet.

Et si cela vous intéresse : voici l’exercice que je propose cette semaine aux abonnés des Cahiers de l’imaginaire et aux étudiants de la Nouvelle École de Créativité : qui se ressemble s’assemble.The Conversation

Sylvie Gendreau, Chargé de cours en créativité et innovation, Polytechnique Montréal

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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