Le thé est la deuxième boisson la plus consommée dans le monde, après l’eau. Dans certains pays, sa consommation est un art de vivre faisant l’objet d’un cérémonial très codifié.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de thé, notamment celle de thé vert, est en plein essor. Devenu un produit tendance chez les jeunes, cette boisson fait désormais l’objet d’une intense promotion de ses bienfaits présumés pour la santé et le bien-être (promesses de propriétés « détox », de drainage, etc.). Dans le cas du thé vert, de supposées propriétés « anti-cancer » sont également mises en avant. Qu’en est-il réellement ?

Le thé est l’objet d’un véritable cérémonial dans certains pays, comme au Japon. Pixabay

Paule Latino-Martel, Inra et Mathilde Touvier, Université Sorbonne Paris Cité (USPC)

Cet article est adapté de la nouvelle collection « Décrypter & Comprendre » du réseau NACRe. Le réseau NACRe développe des actions d’information et des outils pour améliorer la prévention nutritionnelle des cancers ainsi que la prise en charge nutritionnelle des patients atteints de cancers.

Une boisson riche en polyphénols

En France, les boissons chaudes telles que café et thé représentent 28 % des boissons consommées par les adultes, après l’eau du robinet ou les eaux en bouteille (51 %).

Comme le café, le thé peut contenir de la caféine (en quantité variable selon les types de thé) qui lui confère des propriétés stimulantes. Les feuilles de thé vert contiennent aussi des polyphénols. Présents plus généralement dans les fruits et légumes, ces composés non nutritifs d’origine végétale sont impliqués dans de nombreux processus utiles à la plante : croissance, protection contre les rayonnements UV, les herbivores ou les infections, maturation des fruits…

Le thé vert est particulièrement riche en l’un de ces polyphénols, le gallate d’épigallocatéchine (EGCG). Ce composé appartient à la famille des catéchines, qui sont de puissants antioxydants (c’est-à-dire qu’ils protègent, in vitro, les cellules des « espèces réactives de l’oxygène », aussi appelées « radicaux libres »).

Ces composés sont généralement mis en avant pour alléguer des effets protecteurs contre le cancer du thé vert consommé en infusion ou des extraits de thé vert riches en EGCG proposés sous forme de compléments alimentaires.

Aucune preuve des effets anti-cancer du thé vert chez l’être humain

Des études réalisées sur des animaux de laboratoire ou des cellules en culture, suggèrent que le thé vert ou des extraits de thé vert riches en catéchines, et utilisés à forte dose pourraient réduire la multiplication de cellules tumorales. Le thé vert ou ses composants exerceraient un effet antioxydant, antiinflammatoire et d’autres effets pouvant interférer avec le développement de tumeurs. Cependant, ces hypothèses n’ont pas été démontrées chez l’être humain.

Chez ce dernier, les relations entre consommation de thé vert et risque d’apparition de divers cancers sont étudiées grâce à des études épidémiologiques, notamment des études de cohorte incluant des volontaires suivis dans le temps. Quand les résultats de plusieurs études sont disponibles, on réalise une méta-analyse, c’est-à-dire une analyse statistique globale des résultats de ces études.

Dans leur ensemble, les nombreuses méta-analyses qui ont été réalisées jusqu’à présent (24 ont été publiées entre 2012 et 2018) ne montrent pas d’association entre thé vert et cancer. De même, aucune étude clinique menée chez l’être humain n’a mis en évidence de réduction de risque de cancer.

Actuellement, le World Cancer Research Fund (WCRF) et l’American Institute for Cancer Research (AICR) jugent que le niveau de preuve de la relation entre thé vert et risque de cancer est non concluant. C’est ce que mentionne leur rapport d’expertise collective internationale publié en 2018, qui évalue les niveaux de preuve actuels concernant les relations entre les facteurs nutritionnels et le risque de cancers. Pour le thé (en général), seule la diminution du risque de cancer de la vessie présente un niveau de preuve jugé « limité-suggéré » (ce qui ne permet pas de faire des recommandations).

Enfin, au plan réglementaire, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié cinq avis entre 2010 et 2018 concernant le thé vert sous forme de boisson ou de complément alimentaire. Sur la base des données scientifiques disponibles aucune allégation santé relative au thé vert ou aux extraits riches en catéchines n’a été autorisée par l’EFSA jusqu’à présent.

Thé vert et thérapies anti-cancéreuses : à éviter

En l’état actuel des connaissances, le thé vert ne possède pas de propriété anti-cancer. De la même façon, actuellement aucun bénéfice n’a pu être associé à la consommation de thé vert pendant les traitements du cancer.

À l’inverse, on sait que le thé vert peut interférer avec certains traitements médicamenteux. Il peut notamment augmenter la toxicité de traitements de chimiothérapie et réduire l’efficacité de la chimio- ou de la radiothérapie. Il est donc plus prudent d’éviter le thé vert le jour du traitement, ainsi que les deux jours qui le précèdent et le suivent.

Quelques règles pour bien consommer son thé vert

Un des effets indésirables avérés du thé vert est qu’il diminue l’absorption du fer. Il est donc préférable de le boire en dehors des repas, et en quantités limitées. En cas de consommation régulière, mieux vaut par ailleurs préférer les thés verts issus de l’agriculture biologique, pour limiter l’exposition aux pesticides utilisés pendant la culture du thé.

En outre, il est conseillé de laisser tiédir le thé avant de le consommer : le fait d’ingérer régulièrement des boissons très chaudes, à plus de 65°C, augmente le risque de cancer de l’œsophage (CIRC 2016). Cette remarque est bien entendu valable pour les autres boissons chaudes…

Enfin, dans son avis publié en 2018 relatif aux compléments alimentaires à base de catéchines de thé vert, l’EFSA souligne qu’une consommation à forte dose (800 mg par jour) est associée à des risques de toxicité hépatique. Ces compléments alimentaires ne doivent donc pas être pris en grande quantité. D’une manière plus générale, le Haut Conseil de la Santé publique recommande d’éviter la prise de compléments alimentaires en dehors de prescriptions médicales.

Finalement, si boire du thé vert en quantité raisonnable pour son agrément ou son bien-être ne pose généralement pas de problème, il ne faut pas en attendre de bénéfice santé. À l’heure actuelle, aucun n’a été scientifiquement démontré.

Il en va de même concernant les allégations santé souvent mises en avant pour vendre des compléments alimentaires à base d’extraits de thé vert : elles ne sont pas justifiées.

**_Pour en savoir plus 

> Retrouvez la bibliographie scientifique sur laquelle s’appuie ce dossier, et le dépliant sur le site Web du réseau NACRe.

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Paule Latino-Martel, Directrice de recherche. Coordinatrice du Réseau National Alimentation Cancer Recherche (réseau NACRe), Inra et Mathilde Touvier, Directrice de l'Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm,Inra,Cnam, Université Paris 13, Université Sorbonne Paris Cité (USPC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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