Partir dans l’espace pour une vie meilleure ?

Validé par le
comité médical

Avec Curiosity la Nasa, en approfondissant sa connaissance de Mars, élimine la possibilité d’une autre forme de vie martienne ; néanmoins, la planète reste toujours éligible dans les imaginaires de pouvoir accueillir, un jour, la vie humaine. Le milliardaire Elon Musk, auteur du « moyen de transport » interplanétaire Space X, assure être de son ressort la mise en place d’y aller vivre très prochainement. Ainsi, en septembre 2016, au Congrès international d’astronautique et régulièrement depuis, ce dernier a détaillé sa vision de la conquête spatiale, prévoyant d’y envoyer dès 2025 un backup de l’humanité sur des vols habités… sans billet retour.

Si son vaisseau Space X se destine à relier New-York à Shanghai en passant par l’espace, un « Mars vehicule » reste encore à imaginer. Le milliardaire parle de voyage ludique et confortable, attractif, rappelant la chanson « je m’appelle Emilie Jolie et je voudrai partir avec vous tout au bout du ciel ». Pour lui, un futur interplanétaire serait plus séduisant qu’une humanité simplement terrestre.

Les voyageurs pour la somme de 100 000 euros (la colonisation spatiale ne représentera alors que la moitié du coût d’une cryonisation) ne devront néanmoins pas avoir « peur de mourir », car en arrivant feront face aux aspects concrets de la vie sur Mars. 4e planète de notre système solaire, ses ressources nécessaires pour assurer la perduration de la vie humaine ainsi déménagée sont estimées insuffisantes – il manque notablement cruellement d’oxygène pour 96% de Co2 sur la belle planète rouge glacée, une température de -65°, une pression basse et une exposition aux radiations importante (pas/ peu de champ magnétique protecteur).

 

 

Mais alors pourquoi (déjà) vouloir quitter la Terre ?

Serons-nous plus heureux sur Mars ?

L’humain et la terre

Rappel : Nous sommes 7,5 milliards d’êtres humains sur la planète en croissance exponentielle depuis la Révolution industrielle et dernièrement ralentie. En 2023 la terre devrait atteindre les 8 milliards d’habitants.

Si l’on prend comme point de départ 50 000 av. J.-C., ce qui correspond à l’apparition présumée de l’Homo Sapiens moderne (700 000 av. J.-C. est la date de l’apparition des ancêtres de l’Homo Sapiens et l’ère des premiers hominidés est apparue il y a plusieurs millions d’années), des études estiment le nombre total d’êtres humains ayant vécu sur Terre dans une fourchette dont la plupart se situent entre 90 et 110 milliards.

On estime à 106 milliards le nombre d’individus nés depuis la naissance de l’espèce humaine. En conséquence, la population actuelle représente à peine 6% du nombre total d’êtres humains ayant vécu sur Terre.

L’humain et l’humain

Selon l’ouvrage documenté Homo Deus d’Harari, aujourd’hui nous ne mourrons plus par la faute des guerres ou des épidémies. La Guerre était la cause de 15% des décès dans les anciennes sociétés agricoles, aujourd’hui seuls 5% des morts sont imputables à la violence. Au début XXIe la violence n’est responsable que de 1% de la mortalité mondiale.

Aujourd’hui faire la guerre semble inconcevable, même si « la nouvelle paix n’est pas un délire hippie »  (Harari). Les gouvernements se situent toujours dans un rapport de pouvoir et biopouvoir et les entreprises sont toujours vénales aux discours publicitaires mensongers et dangereux. Simplement, les armes nucléaires rendent la paix possible… tandis que de nouvelles espèces de guerre prennent forme, plus en adéquation à notre civilisation digitale (cyberwar, spoofing attacks, bombes logiques – logiciels malveillants implantés dans un logiciel et actionné à distance).

« En 2012, autour de 56 millions de personnes sont mortes à travers le monde; 620 000 ont été victimes de la violence humaine (la guerre en a tué 120 000, le crime 500 000). En revanche on a dénombré 800 000 suicides, tandis que 1,5 million de gens mourraient du diabète. Le sucre est devenu plus dangereux que la poudre à canon. »

Harari

L’humain et son bonheur

Le taux de suicide est plus élevé dans les pays riches que dans les pays pauvres (OMS 2012, au Pérou 3,1 pour 100 000 ; Guatemala 7,3, Philippines 2,6, Albanie 6,5 pour la Suisse 12,2, France 15,8, Japon 232,1, Nouvelle-Zélande 10,3 ; en Corée du Sud, 36,8). Il n’a pas de corrélation entre richesse et bonheur.

L’humain et sa santé

Plutôt que la famine nous faisons face à des problèmes de surpoids – en 2010 la famine et la malnutrition ont tué 1 Million de personnes tandis que l’obésité 3 Millions.

Les épidémies ont été résorbées : début XXe le virus de la grippe espagnole tua plus d’1/3 de la population mondiale, ½ Milliard d’habitants alors que La Première Guerre Mondiale 14-18 en tua 40 Millions mais aujourd’hui la médecine a fait de tels progrès avec les vaccins, les antibiotiques et une meilleure hygiène qu’elles sont remarquablement contenues. De plus en plus de traitements prometteurs comme la molécule de teixobactine (2015) et le développement de traitements comme les nanorobots se développent pour encore améliorer la santé à une échelle personnalisée de l’individu soit dans une situation de prédiction-prévention, soit dans celle d’un traitement de maladies chroniques en fin de vie.

Harari rappelle que récemment l’infrastructure médicale Ebola décrite comme « urgence de santé publique la plus grave des temps moderne » (OMS, 2014) ne tua que 11 000 personnes.

Si les épidémies ont été grâce aux progrès de la santé drastiquement réduites et contrôlées, la pollution de l’air est à l’origine en France de 48 000 décès prématurés par an. Les polluants les plus fréquents sont l’ozone et les microparticules  (PM10 et PM2.5). Une étude de 2017 révèle que la pollution est responsable de 9 Millions de morts dans le monde par an, c’est-à-dire qu’un décès sur 6 dans le monde est imputable à une forme de pollution (air, eau, sol ou milieu professionnel).

De même en juillet 2017 notre ministre Nicolas Hulot appelle au sursaut car nous consommons beaucoup plus que ce que la planète est capable de renouveler. Chaque année depuis sa création il y a 20 ans l’« overshoot day » symbolise ce moment dans l’année, arrivant chaque année inéluctablement plus tôt. Nous épuisons les ressources terrestres ainsi que l’humanité se retrouve collectivement l’auteur de la disparition des espèces. Une autre étude montre que sans action pour limiter le réchauffement de la planète, nous pourrions connaître des pics de chaleur à plus de 50 °C d’ici à la fin du siècle en France.

Au fil des millénaires, dans une ère anthropocène, l’époque de l’humanité l’Homo sapiens est devenu de loin l’agent le plus important de l’économie mondiale.

« Si les révolutions écologiques et les extinctions de masse n’ont pas manqué, celles-ci n’ont pas été causées par l’action d’un lézard, d’une chauve-souris ou d’un champignon. Mais le fruit de puissantes forces naturelles comme le changement climatique, la tectonique des plaques, les éruptions volcaniques et les collisions d’astéroïdes […] L’Homo Sapiens a réécrit les règles du jeu. En 70 000 ans cette espèce de singe unique a réussi à changer l’écosystème mondial de manière radicale, sans précédent. En l’espace d’un siècle notre impact pourrait être plus important que celui de l’astéroïde qui a tué les dinosaures voici 65 M d’années. »

Harari, Homo Deus

L’humain et Mars

Pour y arriver, durant ce long voyage estimé entre 3 et 6 mois, les astronautes devront être plongés en hypothermie, un état de torpeur, alternant ainsi le long du voyage cet état pendant 2 semaines avec un réveil de quelques jours. La température normale du corps est de 37° et pour la torpeur ils devront diminuer leur température corporelle à 32-34 degrés.

Cela suppose un équipement, digne de science-fiction : un casque pharmaceutique pour la sédation, un anticoagulant, supprimer la thermogenèse (faire penser à votre corps que la température de torpeur est « normale ») ; une gastrostomie percutanée endoscopique (un tube à l’estomac pour vous nourrir et facilitant l’alternance des phases torpeur-réveil) ; une stimulation corporelle électrique pour réduire l’atrophie musculaire par manque d’activité et gravité ; un casque d’oxygène pour le contrôle de l’oxygène et du CO2 autour du nez et de la bouche ; des senseurs pour le monitoring des activités cardiaques et biométries ; un contrôle ambiant de température ; et enfin, un système de gestion des « déchets corporels ».

Le résultat permettra d’aboutir à des astronautes plus heureux et en meilleur santé et une réduction de la taille des vaisseaux (de 45,5 à 25,5 tonnes, la moitié du volume habitable et ¼ de l’énergie) et donc une augmentation de leurs capacités pour pouvoir emmener les centaines de personnes nécessaires pour créer des colonies viables sur mars, dixit la NASA et Elon Musk.

Où allons-nous ?

Nous ne savons pas. Nous ne pouvons pas prédire. Nous imaginons. Toujours plus de techniques et de technologies, d’où nous venons et où irons-nous ensuite, qui sommes-nous, qui serons-nous ? Nous fabriquons le nouveau dispositif de la prochaine étape, le prochain simulacre de la marche de l’évolution, pas en millions d’années comme le recul nécessaire à calculer une ère géologique, mais à très court terme – de l’ANTHROPOCENE - résolument non darwinienne mais alors peut-être lamarckienne, en tant que l’adaptation rapide à nos propres techniques et technologies. Nous possédons à ce jour une singularité terrifiante, capable de modifier la biologie de notre espèce, de toutes les espèces et de l’environnement par « DESIGN INTELLIGENT ».

Beaucoup d’éléments d’interrogation sont posés. Elon Musk pousse jusqu’à affirmer que nous avons « une chance sur un milliard d’être des êtres réels – sans doute beaucoup plus virtuels » - impliquant que ce que je vois de vous est une reconstruction purement travaillée physique et chimique de mon cerveau. 

« Il y a quelque chose de réel dans tout ce délire singulariste : quelle est notre finalité ? Que faisons-nous ici ? Pourquoi sommes-nous là ? »

Vallancien, urologue, académie de médecine

Conclusion - La vie sur Mars sera-t-elle plus cool ?

Serait-il encore temps de reconsidérer nos comportements à échelle individuelle et collective sur ce rapport entre le corps, le temps et l’environnement pour pouvoir rester sur notre planète sans mourir des effets délétères de nos déchets sous toutes ses formes ? Et s’il est trop tard, serons-nous plus heureux ? Serons-nous capable de recréer les conditions de la vie idyllique dont la Terre - et ses ressources - nous avait pourtant comblé ?

Ma petite fille de 8 ans, à qui je montrais hier une image de Mars, lisant les nouvelles d’Elon Musk, de son projet Space X porté par la NASA… Je pensais qu’il était fou, et ma petite fille allait se moquer de son projet, trouver cette image de planète rouge désertique… En terminant mes explications, je lui demandai à brûle pour point : « alors, tu aimerais aller vivre là-bas toi ? ». Elle me répondit : « ben oui ce serait bien pour changer ». Ha.

Je me soudain sentie vieille et voûtée, comme ma grand-mère de 91 ans devant un automate à billets. Démunie.

Changer de planète ?

En imaginaire oui, mais en réalité, cessons de vivre à crédit sur la nôtre ! Faisons des choix de société individuels et collectifs, cohérents, solidaires, à préserver la vie sur Terre (N. Hulot!) et puis alors, peut-être, pour ceux qui veulent, avec $ 100 000 pourraient-ils faire du « tourisme spatial » ?

Judith NICOGOSSIAN
Photo de Judith Nicogossian, docteure en anthropologie bioculturelle et chroniqueuse MMMieux.fr
Etienne Leroux, illustrateur

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