Politique et parentalité font ils bon ménage ?

Validé par le
comité médical

Le projet de loi relatif à la protection des données personnelles présenté au mois de Décembre 2017 au conseil des ministres prévoit d’obliger les mineurs de moins de 16 ans de fournir une autorisation parentale pour pouvoir s’inscrire sur les réseaux sociaux. Cette décision me semble à plusieurs niveaux sources de pathologies.

Premièrement, cela pose la question du rôle de n’importe quel pouvoir politique de s’immiscer dans la relation parent-enfants. Nous savons à quel point le sujet des effets des écrans interactifs est devenu un sujet « brulant » et en tant que conférencier sur le sujet depuis plus de 15 ans, j’en suis le témoin. Faussé générationnel, nouvel enjeu d’autorité, source de violence et d’addiction, pornographie et cyber prédateurs, les écrans en général ont mauvaise presse. Les parents sont souvent inquiets et à l’adolescence, elle devient souvent un enjeu de contrôle et de surveillance. Ainsi, cette décision politique viendrait colmater ce désir de main mise sur la pratique des réseaux sociaux par des adolescents qu’ils envisagent de leurs côté comme un espace à l’abri du regard des parents. Les politiciens viendraient ainsi à la rescousse des angoisses parentales. Mais si l’on prend le temps d’analyser cette angoisse, on se rend compte qu’elle est justement source d’un lien pathologique. La crise d’adolescence est nécessaire pour qu’il ou elle puisse se construire dans sa future vie d’adulte aussi bien dans sa vie sociale et professionnelle qu’amoureuse. Mais pour que ce mouvement puisse se faire, il faut rappeler que les parents doivent aussi de leurs côtés faire une crise parentale. Cela signifie que les parents doivent faire un deuil, celui de l’enfant qu’il a été. Cela passe par une confiance non pas inconditionnelle mais sous-entendu. On se rend compte ainsi que les écrans et les réseaux sociaux vont servir la cause de l’incapacité à faire accepter que son adolescent puisse avoir son espace propre à lui. Nous avions des lieux cachés, tel que des cafés, des caves ou autre espace intimes, les adolescents actuels ont aussi les réseaux sociaux. D’ailleurs, nous savons que depuis deux ans à peu près, la plupart des adolescents ont quitté FaceBook pour se retrouver sur des réseaux sociaux moins « vieux » comme Snapshat, Instagramme et Twitter. On entend ici et là des parents attristés que leurs adolescents les aient supprimés comme ami. Nous pourrions même dire qu’un adolescent qui  résilie son parent comme un ami est un acte saint d’un point de vue psychique. Lorsque les pouvoirs politiques cherchent à supplanter à la défaillance parentale, il se produit un effet pervers qui est celui de l’infantilisation parentale et par conséquent l’incapacité que va avoir l’adolescent de pouvoir faire son travail de séparation sereinement. Les politiques n’ont pas à se substituer au Surmoi parental au risque que la parentalité ne soit que renforcer dans son impuissance. Le CSA (Conseil Superieur de l’Audiovisuel) pour la télévision et Le PEGI (Pan European Game Industry) pour les jeux vidéo restent des recommandations faites aux parents et ils se retrouvent à choisir en pleine conscience. A nouveau nous sommes confrontés à la fameuse différence entre soutien à la parentalité et à la guidance parentale. Dans le premier cas, il s’agit d’aider les parents à trouver en eux les réponses en fonction de leurs propres histoires infantiles et de leurs capacités à avoir suffisamment confiance et l’autre que nous proposent certains politiques et psychiatre ou psychologue à savoir d’être dans l’injonction qui vise à réduire le parent à un simple exécutant.

Sans rentrer dans le détail technique de cette telle mesure, nous savons à quel point la seule barrière est celle de la bonne foi de l’internaute et qu’il est d’une facilité déconcertante de modifier sa fiche pour se rajouter quelques années afin de pouvoir ouvrir les portes de la transgression.

Imaginez donc un adolescent dont la vocation est d’échapper au contrôle parental de demander une autorisation pour pouvoir éprouver ses premiers échanges intimes, d’apprendre à se socialiser dans les  espaces numériques que sont les réseaux sociaux.

Nous savons à quel point les adolescents ont un besoin vital de se construire non plus dans le regard de ses parents qui le renvoie à une position infantile mais d’éprouver l’image de soi dans le regard de ses pairs. Il le fait quotidiennement dans la réalité et les réseaux sociaux n’en sont que des relais qui amplifient cette quête identitaire.

Mon travail de plusieurs années comme directeur de la cellule psychologique de Skyrock.com m’a montré à quel point les adolescents ont un rapport plutôt sain dans leurs pratiques des réseaux sociaux car ils en font des espaces créatifs et non pas que des espaces de simple valorisation narcissiques. Ils se cherchent et sont en quête de réponses sur leurs êtres en devenir. Ils expriment aussi parfois leurs profondes détresses et lorsque l’on se penche sur certaines contributions, on y voit à l’image des « fire défis », des pratiques où la souffrance se met en scène. Si il y a un combat à mener c’est bien celui de la modération. En effet, les sites n’étant pas responsables des contenus éditoriaux, chacun est responsable et ce sont donc les autres internautes qui vont modérer. Naïveté teintée de non assistante à personne en danger, la plupart des réseaux sociaux se lavent les mains et  évitent toute position éthique et citoyenne dans le travail pourtant nécessaire d’aider des populations fragiles.

Les fameuses données personnelles sont la manne financière de la plupart des réseaux sociaux et aux Etats Unis on ne peut exploiter les données d’un mineur de moins de 13 ans. Cet âge me parait être un bon compromis car il correspond en règle générale à l’entrée dans la puberté.

Méconnaissance des adolescents à l’ère du numérique, à travers ce projet de loi, on ne fait que renforcer l’irresponsabilité parentale et faire régresser l’adolescent dans sa quête nécessaire qu’est celle de son autonomie. Faisons des écrans des alliés et non des ennemis car cela en fait des objets de convoitise et de transgression.

Michael Stora

Psychologue et psychanalyste

Psychologue et psychanalyste

Doriane Tchekhovitch

Designer graphique & Illustratrice : www.dorianetchekhovitch.com

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