Réfléchir à l’accessibilité de la vie étudiante invite à s’interroger à la fois sur l'environnement des étudiants en situation de handicap, mais aussi à prendre en compte l’élargissement de l’espace géographique (et ne pas les limiter aux seuls lieux d’enseignement) et la multiplication des activités concernées.

Ces questionnements coïncident avec un processus de mise en accessibilité des établissements d’enseignement supérieur dans toutes ses dimensions et à l’objectif de construction d’une société inclusive, rappelé dans les missions de l’enseignement supérieur par la loi du 22 juillet 2013. 

Différents plans [1], mesures [2] ont enfin intégré cet enjeu de l’accessibilité de la vie étudiante aux jeunes en situation de handicap dont on sait qu’elle constitue un facteur de réussite. C’est également un sujet au cœur des enjeux interministériels, rappelé dans le cadre du comité interministériel du handicap (CIH) du 2 décembre dernier, dont une des mesures, « favoriser la réussite des étudiants en améliorant la prise en compte des besoins spécifiques des étudiants handicapés dans toutes les composantes de la vie de campus », indique bien l’émergence de cette prise de conscience et la volonté que les étudiants en situation de handicap puissent avoir accès à tout… comme les autres. Au sein même des universités, l’articulation des schémas directeurs de la politique du handicap et vie étudiante doit permettre de faire évoluer positivement le quotidien des étudiants en situation de handicap.

La dimension vie étudiante ou vie de campus, puisque les termes sont employés indifféremment, recouvre des sujets divers, transversaux au cœur même de la vie quotidienne, de la recherche d’autonomie et d’émancipation individuelle et collective. Elle interroge sur le « métier d’étudiant », les compétences implicites acquises, qui fait de cette « période transitoire » un moment fondateur dans le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Elle amène également à réfléchir aux différents environnements, à s'interroger sur tous les temps et lieux de vie (les lieux de cours, la cité universitaire, le passage de l’un à l’autre, la proximité de structure de soins…), sa situation de handicap. 

Mettre en perspective un campus inclusif …

L’accessibilité universelle est la conjonction de deux principes, l’accès à tout pour tous (loi du 11 février 2005) et la conception universelle (article 2 de la convention des Nations unies relatives aux droits des personnes handicapées). Elle renvoie directement au principe d’égalité et au concept de non-discrimination qui enjoint les organismes et structures à garantir les conditions de l’égalité d’accès aux droits civils, politiques, économiques.... Elle concerne l’ensemble des situations de handicap et est bénéfique à tous.

L’accessibilité renvoie à toutes les activités (formation, recherche de stage, emploi…), aux espaces et équipements du cadre de vie (transports, logements, bâtiments et espaces publics, services, moyens de communication, signalétique…) et fait référence à des normes spécifiques. Mais l’accessibilité n’est pas qu’une question de normes, c’est aussi et surtout une question d’usage. Parfois les normes peuvent être respectées, mais l’usage problématique.

La notion de vie de campus interroge. D'abord parce que la diversité de la localisation des campus (en centre-ville et/ ou en périphérie, sur un même lieu ou avec des antennes…) induit des situations très diverses avec des problématiques spécifiques. Ensuite parce que les acteurs qui interviennent sont eux aussi divers et souvent peu coordonnés. Enfin, elle interroge car la question de l’accès au bâti, étape première et nécessaire est loin d’être réglée… Alors, que serait un campus inclusif ?

Ce serait un campus qui permet quels que soient les besoins de la personne d’arriver, de se déplacer, de suivre des cours avec si besoin des accompagnements, aménagements et adaptations individualisés, d’accéder à tous les lieux (administration, bibliothèque, resto U, cafétéria…) aux services (espace numérique de travail…), de passer d’un lieu à un autre (de la cité-U aux salles de cours) et de participer aux activités autres que celles de cours (sport, culture, être élu, intervenir dans le champ associatif ou syndical…). Un campus inclusif, c’est aussi un campus qui permet à tous les étudiants d’accéder « au métier d’étudiant ».

L’accès à l’enseignement supérieur induit souvent un changement de lieu de vie et donc la recherche d’un nouvel environnement accessible au-delà des établissements d’enseignement eux-mêmes – le quartier, le logement, les transports, un service d’aide et d’accompagnement… Le campus doit donc être en lien avec le territoire environnant, rendant possible un continuum dans les déplacements favorisant l’autonomie. Penser les campus de demain c’est aussi envisager la relation entre l’accessibilité et le développement durable ; entre la recherche et la formation pour une meilleure inclusion sociale des personnes en situation de handicap.

C’est aussi proposer à tous les acteurs de la communauté éducative des sessions de sensibilisation, et de formation, afin que chacun-e se sente concerné.

Photo représentant des mains peintes de toutes les couleurs avec des sourires et des coeurs

… qui favorise la participation sociale et la citoyenneté

Comment gérer au mieux ses temps de vie et d’études ? Cette question est au cœur de la vie quotidienne d’un étudiant qui peut avoir des besoins spécifiques d’ordre sanitaires, des transports adaptés, une fatigabilité importante, un temps majoré …

Qui dit participation sociale interroge les interactions sociales, et donc l’enseignement à distance que ce soit sur des modules de formation précis ou des temps universitaires longs. Au-delà de la question de l’accessibilité des supports eux-mêmes, comment créer du lien, de l’interaction et rompre le sentiment d’isolement, de désocialisation qui peuvent exister ? 

Favoriser la participation des jeunes en situation de handicap c’est aussi se sentir concerné par différents dispositifs : le service civique, l’année de césure, la mobilité notamment européenne … Pour cela il convient de travailler avec les acteurs pour lever les freins dont l’autocensure, montrer que c’est possible, faire connaître les acteurs à solliciter et les droits spécifiques des jeunes en situation de handicap.

Enfin, avoir accès aux activités sur le campus qu’elles soient associatives, sportives, culturelles… De nombreux exemples d’initiatives sportives ou culturelles communes étudiants valides / étudiants en situation de handicap existent, mais sont peu connues. En lien avec l’ensemble de la communauté éducative, les associations étudiantes ont évidemment un rôle à jouer, en termes d’accueil, de formation et d’information, de sensibilisation et d’inclusion. C’est parce qu’elles sont en capacité de permettre la participation en leur sein, qu’elles participent à l’accessibilité de la vie de campus. 

Le lien avec le monde associatif, c’est aussi le lien avec les associations qui existent hors du campus et qui peuvent avoir une expertise à partager, des formations ou des sessions de sensibilisation à dispenser dans le respect des rôles de chacun.

L’enjeu de la citoyenneté pour les personnes en situation de handicap, c’est aussi celui de pouvoir voter, d’être candidat, ou élu. L’accessibilité concerne autant la campagne électorale, que les lieux de votes ou les techniques de vote ainsi que les moyens permettant de mener à bien un mandat (salles, documents, site internet et intranet accessibles, vélotypie, codeur, interprète LSF…). Des outils existent qu’il faut faire vivre et partager.

Un éclairage avec Louis , 27 ans, étudiant en Master 2

Il nous le confirme « essayer d’avoir une idée claire de la vie étudiante est un élément qui nécessite de prendre beaucoup de recul », la diversité des sujets rend difficile une mise en cohérence globale. 

« Enfant de la loi de 2005 », il rappelle combien son parcours a été celui du combattant, le nombre de lettres recommandées envoyées, jusqu'à une plainte au tribunal administratif pour faire appliquer la loi. Il souligne que « l’important ce n’est pas de demander des avantages ou des faveurs, c’est juste le droit de me confronter aux autres et le droit d’apprendre ». D'autant que dans sa situation, la mise en place d'un protocole de dictée vocale pour l’évaluation écrite (logiciel spécifique), lui permet de compenser son handicap et d'être pleinement autonome.

L’accessibilité universelle, la perspective d’un campus inclusif sont pour lui des enjeux actuels : devoir faire des démarches individuelles auprès de ses enseignants est une démarche qui n’est pas simple. Le « sentiment de devoir demander de l’aide, un service est quelque chose de compliqué, alors qu’au fond la seule chose que je demande c’est de pouvoir mener mes études… comme les autres ». Par exemple, « devoir demander ses notes à un camarade alors que l’enseignant pourrait transmettre ses notes de cours, ou le plan de son cours » l’interroge tout comme le fait que « certains documents, parfois des photocopies de photocopies ne sont pas du tout accessibles aussi bien pour des personnes déficientes visuelles que dys, par exemple, et qu'aujourd'hui avec la possibilité de numériser, on peut faire des manipulations de formes : polices, taille de la police… C’est une aide substantielle ! ». 

On ne recherche pas « une université ou une société bienveillante, mais bien inclusive ». 

Il confirme qu’en plus des contraintes générales que connaissent tous les étudiants (économiques, sociales), d’autres existent pour les jeunes en situation qui ont un impact global sur la personne et ses études dans toutes leurs dimensions. Par exemple, l’existence de temps incompressibles supplémentaires (comme la rééducation, le soin ou les transports, surtout quand il y a plusieurs lieux d’études…) nécessitent de procéder « à des arbitrages » qui l’ont amené pour soutenir le rythme universitaire, à interrompre ses séances d’orthophonie. Ce peut être également une contrainte liée à la capacité de concentration. Et « là typiquement par rapport au travail en bibliothèque universitaire pour certaines personnes des plages de travail d’1h30/2h peuvent être plus efficaces qu’une journée entière. La proximité de la BU permet un gain de temps considérable ». Les situations de handicap peuvent également avoir des conséquences sur la nécessité d’interagir avec « son réseau universitaire, étudiants, administratifs ou enseignants ». C’est le cas pour « un ou une dys, pour qui se lier d’amitié ou discuter avec un prof à la fin d’un cours ne posera pas de difficultés. Par contre, dès qu’il s’agira de passer à une correspondance écrite, elles apparaîtront. L’étudiant peut s’inquiéter de l’image qu’il renverra ».

Louis [3] a été élu étudiant, dans une UFR (Unité de Formation et de Recherche) ce qui lui a permis d’appréhender le fonctionnement de l’université, le positionnement des acteurs et de « comprendre les contraintes de l’institution et les confronter aux miennes ». Cela lui a permis également de voir les marges de manœuvre et « dans quelle mesure on pouvait communiquer pour les faire évoluer ». Il a réussi à faire évoluer la situation, par exemple, il rappelle que « pendant deux ans, on m’a expliqué que le contrôle continu ce n’était pas un examen, et donc que je n’avais pas à avoir d’aménagement. Mon travail d’élu a permis de faire reconnaître l’inverse ». Des enseignants, mieux sensibilisés « ont été des soupapes de communication », « des relais auprès de leurs pairs » pour faire évoluer la prise en compte des situations de handicap. « Une commission handicap a été mise en place au sein de l’université, avec la construction d’un schéma directeur ». Louis, rappelle la nécessité de « s’ouvrir aux associations de personnes en situation de handicap, ou aux MDPH [4], cela permet d’avoir une autre lecture » et de faire évoluer les notions d’accessibilité universelle et de société inclusive.

Illustration d'une silhouette de tête et d'épaules vu de derrière. Elle est séparée en deux dans le sens de la hauteur et colorée façon aquarelle. La moitié gauche présente des dominances de bleu et de vert. La moitié droite de rouge, jaune et rose avec quelques pointes de bleu.

Les différentes dimensions répondent à des enjeux actuels qui renvoient plus largement à la façon de « faire société », ici réduite à une entité particulière, la vie de campus, source de dynamisme et d’innovations mais qui ne peut exister que par ses liens avec les territoires qui l’entourent, c’est-à-dire le reste de la société qui lui permet de faire sens.

Elles donnent sens également aux réflexions sur « l’attractivité » des établissements aussi bien pour les futurs personnels que les étudiants. Ne pourrait-on pas envisager, sérieusement, qu’un étudiant choisit probablement plus une université en fonction des formations proposées et de l’attractivité de la vie étudiante, que des valeurs véhiculées par le classement de Shanghai ?

PS : sur ces différents sujets, des chroniques à venir, notamment sur le logement des étudiants en situation de handicap, le service civique… avec des témoignages des jeunes eux-mêmes !

Sources

[1] PNVE (Plan National de Vie Etudiante) 

[2] Mesures du PNVE, du Comité Interministériel du Handicap

[3] Le prénom a été changé

[4] Maisons Départementales des Personnes Handicapées

Marie-Pierre Toubhans

Coordinatrice générale de l'association Droit au Savoir

Coordinatrice générale de l'association Droit au Savoir

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