Le mal des transports, ou cinétose, est parfois modéré, mais chez certaines personnes il peut s’avérer très handicapant, au point de ruiner leurs vacances…

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En cas de mal des transports, mieux vaut regarder l’horizon. Lily Banse/unsplash

Ric Day, UNSW et Andrew McLachlan, University of Sydney

Il semblerait qu’il soit dû à un dysfonctionnement temporaire des centres cérébraux de l’équilibre.

La perception de n’importe quelle sorte de mouvement peut provoquer des symptômes de mal des transports. Ceux-ci peuvent se traduire par vertiges, nausée, vomissement, salivation excessive, accélération de la respiration, sueurs froides…

Heureusement, des stratégies et des médicaments peuvent être employés pour prévenir cet état, ou pour s’en débarrasser.

Déconnexion des yeux et des oreilles

Lorsque nous nous déplaçons, notre centre de l’équilibre reçoit des informations permettant de nous orienter. Celle-ci provient de multiples capteurs, situés dans notre oreille moyenne, nos membres et nos yeux. Le mal des transports survient lorsque ces sources d’information entrent en conflit.

Ce schéma de l’oreille montre le nerf vestibulaire, acteur central de notre équilibre. Wikimedia

Chez les personnes qui sont particulièrement susceptibles au mal des transports, le simple fait de regarder certains films peut déclencher des symptômes, car leurs yeux indiquent percevoir un mouvement, alors que les autres capteurs confirment que leur corps ne bouge pas.

Une croisière sur une mer agitée ou un voyage en voiture sur des routes en lacets font bouger notre corps de façon inhabituelle, selon un ou plusieurs axes en même temps, tout en le soumettant à des accélérations, des décélérations et autres rotations. Pris tous ensemble, ces stimuli peuvent déclencher déclencher une attaque de mal des transports.

Le mal des transports est répandu

25 à 30 % des gens qui prennent l’avion, le bus ou le bateau sont sujets au mal des transports, à différents degrés – depuis le léger malaise jusqu’à l’incapacité complète, avec pâleur, transpiration, titubations et vomissements.

Certaines personnes sont extrêmement sensibles au mal des transports, et peuvent se sentir mal rien qu’en bougeant la tête dans l’eau pendant une séance de plongée avec masque et tuba ou en se promenant à dos de chameau.

Cette susceptibilité semble augmenter avec l’âge, et concerner davantage les femmes que les hommes. On sait qu’il existe également une influence génétique, cette susceptibilité pouvant être familiale. Elle coexiste par ailleurs souvent avec un historique de migraines.

Prévenir le mal des transports

Les personnes concernées par le mal des transports savent d’expérience quelles situations éviter : s’asseoir à l’arrière d’une voiture, lire durant un trajet en bus ou en voiture (le problème se pose moins dans les avions et les trains), voyager en sens inverse de la marche, se trouver sur les ponts inférieurs des bateaux lorsque les conditions météo sont mauvaises…

Les médicaments qui contrôlent les vomissements (antiémétiques) et les nausées (antinauséeux) constituent la clé de voûte des traitements pour lutter contre le mal des transports. Ils sont efficaces, mais peuvent avoir des effets indésirables, tels que la somnolence. Mieux vaut donc, avant d’y recourir, tester certaines techniques comportementales, ou utiliser les médicaments plutôt en complément.

En bateau, les solutions peuvent être de passer plus de temps sur le pont, de garder un œil sur l’horizon en cas de houle conséquente, ou de se concentrer sur autre chose (par exemple, essayer de repérer des baleines).

La désensibilisation ou l’habituation peut aussi fonctionner pour certaines personnes : on peut essayer d’augmenter le temps passé sur l’eau lorsque les conditions météo sont bonnes, afin de se préparer à des voyages plus longs et dans des conditions potentiellement plus difficiles.

Après quelques jours en mer, les symptômes ont tendance à s’atténuer. Les prises de médicaments peuvent alors être espacées, voir arrêtées. Les symptômes reviennent souvent une fois de retour sur la terre ferme, mais ne durent en général qu’un ou deux jours.

Le mal des transports peut nous affecter en bateau comme en avion, en train ou en bus. Shutterstock

Certaines études menées chez des cadets de la marine ont suggéré que le fait de mâcher du gingembre pouvait s’avérer efficace, mais d’autres ont été incapables de confirmer l’efficacité de cette solution.

Selon certains témoignages, le port de bracelets d’acupression serait efficace, mais les études en essai contrôlé qui ont été menées n’ont pas été en mesure de mettre en évidence un quelconque effet.

En 2018, des lunettes anti-mal des transports, avec horizon intégré, ont été brevetées. Une affaire à suivre.

Comment fonctionnent les médicaments

Les médicaments contre le mal des transports sont plus efficaces lorsqu’ils sont pris de façon préventive, donc avant le début de votre voyage.

Les antiémétiques et les antinauséeux agissent sur le cerveau et le système nerveux. Les médicaments utilisés pour prévenir et traiter le mal des transports sont le plus souvent des antihistaminiques sédatifs ou des anticholinergiques. Ils bloquent les effets des neurotransmetteurs (molécules qui transmettent l’information, comme l’histamine, l’acétylcholine et la dopamine) au sein des centres de contrôle d’équilibre.

Mais ces médicaments ne sont pas très spécifiques : ils bloquent les effets de l’acétylcholine et de l’histamine partout où ces neurotransmetteurs agissent dans l’organisme. Cela explique leurs effets secondaires indésirables comme la sédation, la somnolence, la bouche sèche, la constipation et la confusion (chez les personnes âgées et vulnérables).

Si d’autres dépresseurs du système nerveux central sont pris en même temps, la somnolence est davantage susceptible d’atteindre des niveaux dangereux. Cela concerne les opioïdes (morphine, oxycodone, codéine), l’alcool, les somnifères et certains antidépresseurs.

Qu’est-ce qui marche le mieux ?

En 2011 a été publié une revue de littérature des essais cliniques ayant comparé la prise de scopolamine à titre préventif à l’emploi d’autres médicaments, de placebos ou de thérapies comportementales et complémentaires.

La plupart des 14 études examinées concernaient des hommes en bonne santé ayant servi dans la marine et ayant des antécédents de mal des transports. Les femmes ont rarement sujets d’étude, et il n’y a pas de travaux sur les enfants.

Bien que la scopolamine se soit avérée légèrement plus efficace que les solutions alternatives, il n’existe pas beaucoup d’arguments permettant de recommander une médication anti-mal des transports plutôt qu’une autre.

Si vous souffrez du mal des transports, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien. La plupart des médicaments pour le traiter sont en vente libre. Vous devrez peut-être essayer plusieurs médicaments différents pour trouver celui qui vous convient le mieux. Toutefois, suivez toujours les instructions de dosage et les conseils d’un professionnel.

Une fois que le mal des transports a débuté, la seule option est de le faire disparaître. Pour y parvenir, on peut essayer de s’allonger là où c’est possible, de prendre l’air, de se concentrer sur l’horizon, et de prendre les médicaments appropriés. Il est important de bien penser à s’hydrater lorsque le mal des transports perdure (surtout s’il y a des vomissements).

Enfin, si c’est la première fois que vous souffrez du mal des transports et s’il est associé à un mal de tête de type migraine, il est conseillé de consulter un médecin, afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas de la conséquence d’un autre trouble neurologique.The Conversation

Ric Day, Professor of Clinical Pharmacology, UNSW et Andrew McLachlan, Head of School and Dean of Pharmacy, University of Sydney

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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