Reconnecter les enfants à la nature, un enjeu de santé

Les enfants passent de moins en moins de temps dehors. C’est le constat qui ressort de plusieurs études menées ces dernières années en Europe [1]. Différentes raisons sont avancées : les écrans de télévisions, d'ordinateurs et de tablettes, la peur des parents à l'égard de l'espace public ou encore un accès restreint aux espaces verts. Ce phénomène de sédentarisation, qui amène certains enfants à passer moins d’une heure par jour dehors, s’accompagne d’un éloignement avec la nature.

La nature est nécessaire à notre bonne santé

La nature nous est absolument nécessaire. Bien sûr, tout d’abord, pour répondre à l’ensemble de nos besoins vitaux et, simplement, pour être en bonne santé. Plusieurs recherches mettent en lumière le rôle essentiel que jouent les plantes, les arbres, les fleurs qui nous entourent et les bienfaits qu’ils nous procurent. En 2009, une étude hollandaise [2] a démontré que les personnes vivant à proximité d’espaces verts avaient moins de risque de dépression, d’anxiété, de stress et de maladies respiratoires [3].

Pour décrire ce que ressentent les enfants qui passent la majorité de leur temps à l’intérieur, Richard Louv a développé le concept de « syndrome du manque de nature » [4] . Il ne s’agit pas d’un état cliniquement reconnu, explique-t-il, mais plutôt un terme pour évoquer la perte de communion avec d’autres êtres vivants. Cependant, il affirme que le syndrome du manque de nature affecte « la santé, le bien-être spirituel, et nombreux autres domaines, dont la capacité de se sentir vivant »[5].

En France, Louis Espinassous parle lui de besoin de nature [6], terme repris dans la circulaire de février 2015 du ministère de l’Education nationale relative à l’éducation au développement durable, qui encourage la création de « coins nature » dans les écoles. Ces espaces visent à aider les élèves à se reconnecter avec le vivant et à apporter des réponses à leur “besoin de nature".

La nature, un formidable support d’apprentissage

Le programme Eco-Ecole, développé en France depuis 2005 par l’association TERAGIR, accompagne les écoles et établissements scolaires dans leur démarche d’éducation au développement durable. L’objectif est d’aider les élèves à mieux comprendre le monde qui les entoure et à agir dessus.

Chaque année, des centaines d’Eco-Ecoles, Eco-Collèges et Eco-Lycées mènent des projets sur le thème de la biodiversité. Une grande variété de plantes pousse dans la rue, autour des pieds d’arbre ou sur les trottoirs. Il n’est pas toujours nécessaire d’aller dans un espace naturel pour observer la nature avec des enfants. Sortir dans la cour de l’école, se promener dans le quartier ou la ville, observer les insectes, la course du soleil, le ciel et les oiseaux, permet déjà de reprendre contact avec la nature dans notre quotidien, de prendre conscience de sa richesse et des innombrables services qu’elle nous offre.

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Des élèves des Hauts-de-Seine participant au programme EcoEcole

Les élèves de l’Eco-Ecole des Chartreux (Issy-les-Moulineaux, 92) s’initient depuis trois ans aux plantations : aidés de leurs enseignants, ils cultivent des carrés potagers sur le toit de leur école. Des fleurs de toute sorte y poussent, ainsi que des arbustes. Cette année, une tour à coccinelle a été installée. Pour Sébastien Cheritat, enseignant, ce jardin constitue un véritable support pédagogique, une source permanente d’apprentissages. Il permet de stimuler la curiosité des élèves et de multiplier les occasions d’expériences sensorielles, motrices, relationnelles et cognitives. Il a un effet apaisant sur les enfants, qui sont plus calmes et concentrés lorsqu’ils retournent en classe après une séance au jardin.

L’Eco-Ecole maternelle Louis Canis (Pompaire, 79), expérimente cette année la "classe dehors". De quoi s’agit-il ? Equipés de bottes, d’un pantalon de pluie et d’un coupe-vent, ses élèves ont classe dehors une fois par semaine. Chaque séance imaginée par les enseignantes propose des objectifs pédagogiques précis, en lien avec les programmes. Frédérique Chenebieras-Ferreira, directrice, explique : « la nature est un fantastique lieu d’apprentissage. Les élèves confrontés au dehors, à leur environnement proche, développent davantage leurs capacités sensorielles, leur sensibilité et leur imaginaire. A chaque fois que nous nous rendons au jardin, nous prenons le temps de faire "l’appel des sens". Chacun ferme les yeux et écoute les bruits de la nature : le chant des oiseaux, le vent, les grenouilles… Les élèves découvrent la nature au rythme des saisons et observent l’évolution des fleurs, des arbres et des plantations faites au cours de l’année. Avec l’équipe éducative, nous faisons le constat qu’ils s’approprient d’autant mieux les connaissances qu’ils peuvent les relier à une situation concrète. »

De plus en plus de voix s’élèvent pour dirent que les enfants ont besoin de sortir et d’être régulièrement en contact avec la nature pour être en bonne santé et s’épanouir. Parents, enseignants, collectivités, associations, tous ont un rôle à jouer pour que la génération actuelle d’enfants et celles à venir puissent bénéficier de tout ce que la nature nous apporte.

Sources

[1]. Monitor of Engagement with the Natural Environment: survey purpose and results. UK Government. Natural England, February 2016.

[2] Maas, J. Morbidity is related to a green living environment. J Epidemiol Community Health. October 2009.

[3] Louv, Richard . Last Child in the Woods, Workman Publishing, 2005.

[4] Entretien avec Brian Clark Howard pour National Geographic, Juin 2013.

[5] Espinassous, Louis. Besoin de nature, éditions Hesse ,2014.

Pour aller plus loin :

  • Eco-Ecole est un programme soutenu par MGEN.
  • Pour s’inscrire gratuitement : www.eco-ecole.org.
  • Le réseau Ecole et Nature, partenaire du programme Eco-Ecole, anime la dynamique Sortir qui promeut l’éducation dehors. www.reseauecoleetnature.org.

Pour aller plus loin