Santé de la femme et ménopause : le médecin gynécologue Louis-Albert STEYAERT nous répond

Cette période est-elle traversée de manière identique par toutes les femmes quels que soient leurs origines et leurs cultures ?
La ménopause est une transition importante dans la vie des femmes marquée par l’arrêt des règles et du moyen contraceptif. Elle est installée vers 50-52 ans. D'abord vécue comme un soulagement, elle s’accompagne d’un certain nombre de troubles qui ne sont pas systématiques :

les bouffées de chaleur ou bouffées vasomotrices suivies de rougeurs au niveau du visage et de la moitié supérieure du corps qui constituent une gêne pour une femme sur deux. Elles peuvent être suivies de sueurs assez désagréables voire générer des troubles du sommeil.
une sécheresse vulvo-vaginale, qui peut altérer de manière importante la qualité de la vie sexuelle et être responsable d’une baisse de la libido. Elle est influencée par la corpulence ; les dames rondes y étant moins exposées.
des irritations urinaires, une sensation d’uriner peu mais très fréquemment, voire l’aggravation de troubles urinaires.
une fatigue générale, une perte d’attention, une altération de l’image de soi avec parfois une tendance dépressive, des troubles de l’humeur, une irritabilité, déclarés par un tiers des femmes.
des variations de poids avec notamment un stockage des graisses sur la zone abdominale qui participent à une dégradation de l’image de soi.
Le traitement hormonal peut s’avérer nécessaire pour améliorer la qualité de vie notamment pour les troubles les plus fréquents mais doit être réévalué au moins une fois par an par le médecin prescripteur en raison de l’augmentation faible mais réelle des risques de cancer du sein notamment

Il faut se méfier des discours ethnologiques affirmant qu’en Orient, les femmes ménopausées ne manifestent aucun symptôme. Cela peut signifier tout simplement que ces femmes n’ont pas la possibilité d’exprimer un certain nombre de désagréments. Toutes les cultures ne donnent pas la même place aux plaintes des femmes.
En quoi la ménopause et/ou la périménopause sont-elles des périodes à risque ?
Il y a d’une part l’augmentation continue des risques du fait de l’âge. Mais on constate une augmentation du risque cardio-vasculaire : les femmes qui ont un peu moins de risque d’avoir une angine de poitrine, infarctus avant la ménopause rattrape ce risque à partir de la ménopause. Il faut être vigilant sur les facteurs comme le tabagisme, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, le diabète, les antécédents familiaux, l’excès de mauvais cholestérol.

Les risques de cancer de l’utérus, du sein ou du colon sont également augmentés, c’est pourquoi on a fixé un seuil de dépistage à 50 ans.
Que faire pour protéger au mieux les femmes des risques liés à cette période ?
Lors d’une consultation pour évocation des symptômes liées à la ménopause, le médecin traitant peut en profiter pour faire le point sur les facteurs de risque de sa patiente, échanger sur son hygiène de vie en promouvant une augmentation de l’activité physique et l’équilibre alimentaire et sur sa consommation de tabac.

A partir de 50 ans, les femmes sont invitées à participer au test de dépistage du cancer colorectal et du sein par mammographie même si cette dernière peut exposer à des risques de diagnostics et traitement par excès qu’il faut expliquer.

J’invite aussi les femmes vivant en couple hétérosexuel à inciter leur conjoint à surveiller leur santé avant une quelconque manifestation des problèmes de santé.

En lien avec Octobre rose, j’aurais envie d’ajouter un point sur le dépistage de masse du cancer du sein qui fait débat chez certains médecins. Ce dépistage systématique peut prévenir un certain nombre de cancers du sein mais aussi générer des surtraitements. Les petites anomalies qui peuvent être détectées vont nécessiter une exploration dont les conséquences peuvent être assez désagréables et parfois inutiles, certaines cellules cancéreuses n’évoluant pas vers un cancer et mettant la vie en péril. L’important est d’informer les personnes le plus loyalement possible, de leur expliquer les inconvénients et les avantages de ce dépistage.

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