« Stress : le Yin et le Yang »

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comité médical

Le stress : allié ou ennemi ? Le stress est la conséquence d’un trop plein d’émotions, pourtant ces émotions sont nos plus fidèles alliées !!

La peur, par exemple, met le corps sens dessus dessous ! Les yeux s’écarquillent : notre perception est plus acérée. Notre respiration s’accélère et notre cœur bat plus vite, plus grande distribution d’oxygène et de glucose, carburants de nos muscles. Nous sommes prêts à l’affrontement ! ou à la fuite !! Ces adaptations à la situation sont vitales et sont permises grâce à l’activation d’une partie de notre système nerveux, qui porte le nom de système sympathique ou orthosympathique. Lorsque le danger disparaît, s’efface ou s’éloigne, une fois encore le corps réagit : les battements cardiaques et notre respiration ralentissent : cela peut dans certains cas provoquer le tournis ou des vertiges. Dans des cas extrêmes, on peut s’évanouir ou se sentir étouffer, en détresse respiratoire. Les intestins et la vessie, mis en veilleuse pour laisser la priorité aux poumons, cœur et muscles, se relâchent (les jeunes enfants peuvent parfois « faire pipi » dans leur pantalon), les muscles se relâchent, et nos genoux flageolent. Notre système nerveux parasympathique a pris le relais, et fait retomber la pression.

La peur, représente un stress aigu, bref, temporaire. Claude Bernard, médecin et éminent physiologiste du 19ème siècle a été le premier à créer le concept sous-jacent, nommé homéostasie. Il déclare : « Tous les mécanismes vitaux, quelque variés qu’ils soient, n’ont toujours qu’un but, celui de maintenir l’unité des conditions de vie dans le milieu intérieur ».

Ce système nerveux « autonome » va mobiliser les ressources de l’organisme pour préparer celui-ci à une action, dans notre exemple, contre un danger extérieur. Cela va modifier nos variables biologiques, qui s’autorégulent entre limites basses et limites hautes tout en restant physiologiques. Plusieurs types de molécules vont intervenir dans ce mécanisme. Le système nerveux végétatif et les glandes surrénales vont immédiatement libérer de l’adrénaline. Dans un deuxième temps, le cortisol, souvent nommé l’hormone du stress, va être libéré dans le sang, et ainsi mobiliser nos ressources énergétiques et mettre au repos nos fonctions gourmandes en énergie comme la digestion, la croissance ou la reproduction.

Dans des situations classiques, ce cortisol va être capable de s’auto-réguler une fois la phase d’alarme passée, et ainsi permettre la récupération de l’organisme.

Stress (effort intense en anglais) est issu de l'ancien français destrece (détresse). Il constitue l'ensemble des réponses de l’organisme, lorsqu’il est soumis à des pressions ou contraintes de la part de son environnement et se caractérise par trois phases : la phase d’alarme pendant laquelle nos forces sont mobilisées, une phase de résistance où l’organisme s’adapte en utilisant ses ressources, suivie d’une phase d’épuisement si l’agent stressant est puissant et agit longtemps. Dans cette dernière phase, une hyperactivité de l’axe du stress va entrainer une surproduction de cortisol. Cela explique l’existence de stress positifs ou favorables (eustress en anglais), lorsque la personne surpasse les effets du stress, s'y adapte (première et deuxième phase) et des stress négatifs et préjudiciable (distress), lors de la bascule dans la troisième phase, où l’organisme n'arrive plus à s'adapter aux agressions qu'il subit.

Un peu de stress renforce certaines capacités cognitives, trop de stress les affaiblissent. Les résultats des travaux sur la mémoire sont très nuancés. Dans un certain nombre de cas, ce stress va être oppressant, nous obnubiler au point de ne plus être capable de réfléchir clairement. Pourtant, dans certaines circonstances, la pression psychologique peut au contraire améliorer le rappel des informations. Ces effets, bénéfiques ou contre-productifs, dépendent du moment où il se manifeste et de sa durée. Un stress de courte durée peut stimuler le souvenir, la mémorisation, alors qu’un stress qui se prolonge est toujours nuisible.

Le cortisol a ainsi parfois été associé à une meilleure mémorisation, et d’autres fois à la perturbation du souvenir, l’un n’excluant pas l’autre.

Les hormones du stress libérées pendant l’apprentissage ou juste après renforce le souvenir. Quand par contre elles sont libérées avant l’événement ou longtemps après, elles ont l’effet inverse. Ainsi si les hormones du stress agissent sur les neurones « au bon moment », la force du signal entre ces cellules peut être renforcée, alors que dans l’autre cas, les câblages seront plus faibles.

Ces réponses dépendent toujours de la perception qu'a l'individu des pressions qu'il ressent. Aussi, une même situation ou un même événement engendrera un stress

intense chez certaines personnes, alors que pour d’autres cela sera géré sans dérégulations particulières. L’individu, son caractère, sa nature ne sont pas les seuls en jeu dans cette différence de perception.

Un exemple est l’impact que peut avoir le lieu de vie (rural ou urbain) sur les états de stress des individus. Une étude, réalisée à l’institut central de santé mentale en Allemagne, a montré grâce à l’imagerie cérébrale que sous l’effet d’évènements stressants (identique pour tous les participants) l’amygdale, petite zone cérébrale centrale du cerveau émotionnel, s’active fortement chez les personnes qui vivent dans une grande ville, faiblement chez les ruraux, et moyennement chez les habitants de petite ville.

Ce résultat surprenant peut partiellement éclairer les données épidémiologiques, qui montrent à quel point l'environnement urbain augmente les risques de dépression et d'angoisse pathologique (troubles connus pour être associés à une suractivité de l'amygdale).

Une autre étude a été menée sur des individus suivis de leur petite enfance jusqu’à l’âge adulte. Pour provoquer des réactions du système nerveux végétatif, les expérimentateurs ont utilisé des stimuli qui déclenchent des conditions de stress : par exemple l’immersion d’une main dans de l’eau glacée, l’exécution de calculs arithmétiques rapidement énoncés, et l’exposition de la peau à des stimuli intenses. Pour l’ensemble de ces conditions, les chercheurs ont observé un profil individuel de réponses, qui est évident même chez le nouveau-né. Par exemple, certains nourrissons réagissent vigoureusement par des changements de rythmes cardiaques, d’autres par des contractions de l’estomac, et d’autres encore, par des modifications de la pression sanguine. Ces modèles de réponses sont constants tout au long de la vie, et le même profil individuel de réponse est retrouvé à l’âge adulte. Ces auteurs ont nommé ces caractéristiques : stéréotypie de la réponse émotionnelle.

Cette expérience permet de comprendre pourquoi le même stress intense peut venir perturber des organes différents selon les individus. Ainsi, dans la même situation émotionnelle, des facteurs dépendant de notre constitution physique paraissent conduire certaines personnes à développer des ulcères, et d’autres à avoir une hypertension artérielle.

Pourtant, rien n’est gravé dans le marbre, et nous pouvons personnellement influer et réguler volontairement l’activité de notre système nerveux végétatif. Lorsque des sujets revivent, soit dans un cadre clinique, soit sous hypnose, des épisodes émotionnels liés à des émotions primaires telles que la peur, la joie, la tristesse ou la colère, les états induits sont accompagnés par un ensemble de modifications ; or la modification de la composante respiratoire est fondamentale. Si on demande aux sujets de maintenir un rythme respiratoire lent et régulier en leur suggérant en même temps de revivre par exemple une situation de colère, ils ne parviennent pas à «entrer» dans l’état émotionnel en question tant qu’ils maintiennent le rythme respiratoire imposé. Si, par contre, le rythme respiratoire caractéristique d’une émotion est demandé, l’état subjectif du sujet peut évoluer vers cet état émotionnel.

Ainsi, il existe au cours des états émotionnels une interdépendance unique entre un certain rythme respiratoire et une expérience interne de l’individu.

A chaque émotion correspond un profil respiratoire spécifique qui varie dans le rythme, mais aussi dans l’amplitude des mouvements respiratoires. Cette découverte sert de base à de nombreuses techniques de relaxation et d’exercices de yoga, largement basées sur la maîtrise et le contrôle de la respiration.

Pour s’en rendre compte, chacun peut réaliser cette petite expérience d’hyperventilation volontaire (respirer rapidement et profondément, sans autre activité physique, si possible pendant trois minutes). Cela permet de bien saisir les effets d’une respiration excessive. On fait alors suivre immédiatement cette hyperventilation par une respiration lente et superficielle pour se rendre compte que l’on peut faire facilement disparaître les sensations désagréables ou angoissantes. La respiration est notre outil anti-stress de base, disponible à tout moment. A consommer sans modération !

Dr Sylvie THIRION

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

Le Dr Sylvie THIRION  est enseignante chercheuse à Aix-Marseille Université.

Elle est également présidente de l'association ValBioMe qui œuvre pour la valorisation des sciences biomédicales : www.valbiome.fr

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