Troubles bipolaires : un diagnostic qui peut nécessiter du temps

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Le trouble bipolaire représente une pathologie chronique sévère qui débute généralement chez le jeune adulte. C’est un trouble de l’humeur qui se caractérise par une oscillation entre des phases d’expansion de l’humeur (manie ou hypomanie) et/ou des baisses de l’humeur (dépression). Le diagnostic peut nécessiter du temps et la maladie, si elle est insuffisamment prise en charge, peut devenir un long chemin semé d’embuches pour les patients.

Comprendre le trouble bipolaire

La nosographie (classification des maladies) psychiatrique a la particularité d’évoluer avec le temps et en fonction des référentiels contribuant à l’origine des maladies et aux soins (qu’on appelle souvent paradigme). Ainsi le trouble bipolaire s’est progressivement imposé dans le langage médical au détriment d’autres appellations (psychose maniaco-dépressive puis maladie maniaco-dépressive) pour les raisons sus décrites auxquelles s’ajoute la contrainte d’une langue internationale unique.  C’est une pathologie qui se caractérise principalement par deux phases qui s’alternent : des épisodes d’exaltation auxquels s’ajoutent une augmentation de l’énergie et des épisodes de baisse de l’humeur, se caractérisant par une dépression et une baisse d’énergie. Ces phases sont souvent entrecoupées de périodes d’humeur stable et peuvent avoir des durées variables. D’après la CIM-10 qui, rappelons-le, n’est pas un manuel de référence clinique mais bien une classification internationale des maladies permettant de parler la même langue médicale entre les pays, on distingue différents troubles bipolaires. C’est surtout par la place de plus en plus conséquente qu’a pris le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles mentaux (DSM) que se sont dégagées trois catégories. Ainsi pour ce manuel le trouble bipolaire de type 1 se traduit par l’apparition d’un ou de plusieurs épisodes maniaques ou d’épisodes mixtes (phase maniaque et dépressive se succédant rapidement, dans une même journée) et des épisodes dépressifs dont l’intensité peut varier. Le trouble bipolaire de type 2 se caractérise quant à lui par la manifestation d’une ou de plusieurs phases dépressives accompagnées d’au moins une phase hypomaniaque. L’hypomanie correspond à un épisode d’exaltation moins prononcé que la manie et peut permettre à l’individu de conserver une vie sociale subnormale. Le troisième type de trouble bipolaire correspond à la cyclothymie qui se traduit par une alternation à la fois plus rapide et moins sévère des épisodes dépressifs et d’hypomanie.

Trouble bipolaire : quelques chiffres

Le trouble bipolaire fait partie des pathologies psychiatriques les plus fréquentes. En France, il touche entre 1 et 2,5 % de la population. Son apparition est généralement notée chez de jeunes adultes (moins de 25 ans) et c’est une maladie potentiellement récurrente. Neuf fois sur dix, un premier épisode est suivi par d’autres épisodes de troubles de l’humeur. La première récurrence apparaît généralement dans les deux années qui suivent l’épisode initial. D’après l’OMS (Organisation mondiale de la santé), les troubles bipolaires font partie des dix maladies les plus invalidantes. On y associe un taux élevé de suicide (entre 11 et 19 %).

En moyenne dix ans pour établir un diagnostic

Aucun outil d’évaluation paraclinique n’existe pour diagnostiquer les troubles bipolaires. Comme toujours en psychiatrie le diagnostic est clinique, il peut être complexe et prendre un temps considérable. Ainsi le trouble bipolaire serait sous-diagnostiqué. En Europe ainsi qu’aux Etats-Unis, le taux d’erreur de diagnostic serait entre 30 % et 69 %. Qui plus est, il s’écoule parfois entre 8 et 10 ans entre le premier épisode thymique principal de l’individu et l’établissement du diagnostic ainsi que la prescription d’un régulateur de l’humeur. Cette durée peut avoir des conséquences et accroît les risques liés à la pathologie tels que les hospitalisations, le suicide et les répercussions sur le plan socio-économique (problèmes financiers, perte d’emploi). Peu à peu, le trouble bipolaire peut créer de graves problèmes dans la vie sociale et professionnelle du patient. Ainsi, l’enjeu reste aujourd’hui de pouvoir apporter les meilleures réponses en termes de prise en charge dans des délais corrects notamment pour prévenir les complications engendrées par cette pathologie, tout en respectant le temps nécessaire.

La complexité de la maladie à l’origine de l’errance diagnostique

Sur le plan clinique la durée variable pour établir un diagnostic peut être notamment expliquée par la complexité du trouble bipolaire. Chez environ la moitié des patients, le trouble se déclencherait avant 20 ans et les premiers symptômes apparaîtraient aux environs de l’âge de 15 ans. Sachant que l’adolescence est fréquemment associée à des variations d’humeur, il est difficile de poser un diagnostic à cet âge-là. La question du degré des variations d’humeur chez tout un chacun et en fonction des événements rencontrés reste variable et pose la question de ce qui relève du normal et du pathologique. Par ailleurs d’autres pathologies s’accompagnent de variations d’humeurs congruentes le plus souvent aux mouvements de la vie psychique. C’est pourquoi de nombreuses années peuvent s’écouler avant que la pathologie ne soit reconnue chez un individu qui en souffre. Qui plus est, c’est l’épisode dépressif qui se manifeste généralement en premier dans les troubles bipolaires. Il peut alors s’agir des symptômes de la dépression unipolaire, en particulier s’il s’agit de l’épisode initial, mais aussi d’autres formes de dépressions se manifestant dans de nombreuses situations (réactionnelles, autres pathologies psychiatriques…). Il faut savoir qu’environ un quart des patients diagnostiqués avec une dépression unipolaire vont manifester un épisode maniaque ou hypomaniaque dans les neuf ans qui suivent. A ce jour, il n’y a pas de critère établi pour distinguer la dépression unipolaire de la dépression bipolaire. Pour ce qui est de la phase maniaque elle peut parfois mener à une confusion de par sa présentation atypique et il peut alors s’agir d’une autre maladie (schizophrénie, paranoïa…). De plus, les patients vivent souvent la manie comme agréable, ce qui ne les motive pas à demander de l’aide.

Concernant les causes et les mécanismes, de nombreuses questions font débat grâce à l’apport de la neurobiologie et aux réflexions psychopathologiques sur la vie en société, mais aussi sur la subjectivité. En effet, ne pas considérer comme acquis la découverte de la pierre philosophale expliquant tous le fonctionnement psychique – et donc la maladie – est généralement un signe de bonne santé de la psychiatrie (c’est une différence fondamentale avec les autres spécialités médicales).

Toutefois lorsque le diagnostic s’impose il doit conduire à des prises en charge spécifiques en prenant en compte la particularité de chacun.  Le traitement médicamenteux doit être adapté et de multiples soins telles que les psychothérapies…  sont proposés permettant de prendre en compte la singularité de l’individu. Dans certains cas un accompagnement social, voire juridique peut être envisagé.

Sources

Association américaine de psychiatrie. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV). 2000. Mise à jour : DSM 5. 2013.

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Julija Meilunaite, rédactrice

Rédactrice WEB et auteure de livres

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Dr Régis Patouillard

Psychiatre

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