Vieillir en Europe : peut-on imaginer un système de soins communs à tous ?

The Conversation France, MMMieux et MGEN, un partenariat qui va de soi !

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Quelle est la meilleure façon pour l’Europe de prendre en charge ses personnes âgées? BM10777/Pixabay

La population européenne vieillit. En 1950, 12 % seulement des Européens avaient plus de 65 ans. Cette part a déjà doublé aujourd’hui et les projections montrent qu’elle dépassera 36 % en 2050.

Les coupables sont le taux de fécondité et la longévité. Autrefois, une Européenne avait en moyenne plus de deux enfants. Depuis 2000, le taux de fécondité est tombé sous ce seuil. Les Européens vivent également plus longtemps : jusqu’à 78 ans en moyenne, contre 66 dans les années 1950.

Cette longévité témoigne de la prospérité de l’Europe mais elle engendre une série de problèmes sociaux et financiers lorsqu’elle est associée à un taux de fécondité faible.

Le plus inquiétant est sans doute que la proportion des actifs en mesure de s’occuper des personnes âgées diminue, alors que celle des personnes nécessitant des soins progresse.

Ce déséquilibre entre l’offre et la demande, qui entraîne des pénuries d’infirmières et autres personnels soignants, est déjà critique dans les pays au vieillissement rapide, comme l’Allemagne, la Finlande et le Royaume-Uni.

La demande croissante de soins nécessitera également des ressources financières importantes. En 2014, les pays de l’OCDE consacraient 1,4 % de leur PIB en moyenne aux soins de longue durée, mais ces coûts devraient considérablement augmenter, pour atteindre 6,4 % en 2060.

La dépense publique en soins de longue durée est la plus élevée aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves (3 à 4 % du PIB), et la plus basse en Europe Centrale et de l’Est. Elle représente ainsi moins de 1 % du PIB en Pologne, Hongrie et Estonie.

Ces écarts reflètent non seulement la part de la population vieillissante mais également la diversité des systèmes de soins de longue durée en Europe. Les Pays-Bas et les pays scandinaves, par exemple, disposent de systèmes de soins professionnels bien développés pour les personnes âgées, avec un large éventail de services publics et privés à domicile ou en institutions.

Dans les pays d’Europe centrale et de l’Est, à l’inverse, les soins aux personnes âgées relèvent largement de la responsabilité des familles. Dans ces pays, comme ceux de la Méditerranée, une personne âgée nécessitant des soins quotidiens de long terme emménagera très probablement chez ses enfants ou des membres de la famille qui lui apporteront soutien social et assistance médicale en cas de besoin.

Ce système de soins informel est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis. Les femmes qui, dans le monde entier, s’occupaient traditionnellement de la famille travaillent de plus en plus souvent à l’extérieur, ce qui réduit encore le nombre de membres de la famille disponibles pour s’occuper des anciens.

Présentation d’une maison de retraite en Bulgarie, pays qui s’en remet aux soins informels pour soutenir ses personnes âgées. US Army/Africa/Flickr, CC BY-NC

 

Les défis des systèmes de soins informels

Tout en cherchant à développer leurs prestataires de soins longue durée, les États s’efforcent de faciliter les prises en charge familiales, jugées plus bénéfiques aux personnes âgées, et moins problématiques socialement.

En Allemagne, les aidants, bénévoles, peuvent ainsi réduire leur temps de travail grâce un congé de soutien familial de moyenne durée. En République tchèque et en Irlande, ils bénéficient d’exonérations d’impôts en contrepartie de leur aide.

Ce type de soutien continuera à jouer un rôle important dans les pays occidentaux et d’Europe de l’Est. Mais il pose également la question de la qualité du service. Comment les États peuvent-ils s’assurer que leurs anciens sont bien traités ?

Les aidants, de la famille ou du voisinage, n’ont en général pas reçu de formation spécialisée. Ils n’ont donc pas les compétences ni les connaissances pour identifier les symptômes et le type de soins appropriés.

En tant que protecteurs des droits des individus et garants des valeurs sociétales, les États ont l’obligation de superviser les prestations de soins informelles et s’assurer que les citoyens âgés sont entre de bonnes mains. Mettre en place des mécanismes de contrôle dans le système de soin informel est, en soi, une tâche immense.

Aujourd’hui, les seniors ne sont pas passifs en la matière. La numérisation des sociétés et les compétences progressant, les personnes âgées ont un meilleur accès à l’information, ce qui peut élever leurs exigences en matière de qualité et de diversité des soins.

Les seniors européens technophiles veulent des services de santé plus nombreux et de meilleures qualités. Sigismund von Dobschütz/Wikimedia, CC BY-NC

 

Trouver de nouveaux systèmes de soins longue durée

Dans toute l’Europe, de l’Ouest prospère à l’Est en développement, l’État est fortement sollicité. Toute somme consacrée au développement de systèmes de soins longue durée aux personnes âgées aurait pu l’être à d’autres besoins sociaux pressants, comme de nouveaux programmes de santé publique ou environnementaux, par exemple.

En Europe de l’Ouest, le coût de plus en plus élevé des structures de soins déjà en place sera de plus en plus lourd à supporter à mesure que la population qui en a besoin continuera de croître.

Le dilemme est différent pour les pays de l’Est : la prise en charge de leurs membres âgés pèse de plus en plus lourd sur les familles, tandis que les ressources publiques pour créer des maisons de retraite et des unités médicalisées restent limitées.

Aujourd’hui, alors que chaque pays commence à réfléchir à un avenir marqué par la baisse de la population active et l’augmentation de la population âgée, on ne sait si cette réflexion va converger. Le continent pourrait réagir de manière unifiée à ces problèmes, différents et communs à la fois, peut-être par l’intermédiaire de la Commission européenne, l’organe exécutif des programmes européens.

À ce jour, la Commission a entrepris d’encourager la collaboration entre les pays sur la prise en charge des personnes âgées, à l’aide de plateformes telles que le Partenariat européen d’innovation pour un vieillissement actif et en bonne santé, un portail qui aide les institutions, les professionnels et les chercheurs en vieillissement et santé dans leur recherche de formation, de pratiques optimales, de modèles d’organisation, etc.

Ceci représente un petit pas au regard d’un problème social à l’échelle du continent. Mais l’un des premiers obstacles à la coopération sur les soins aux personnes âgées est lié au fait que la santé n’entre pas dans les compétences de la Commission européenne : chaque membre de l’Union est libre d’organiser son propre système.

L’UE a déjà su répondre au besoin de coordonner des politiques nationales du même ordre, telles que l’agriculture par exemple, en définissant les subventions, règlements et investissements pour l’ensemble de ses membres.

Un programme européen similaire sur le vieillissement, fondé sur l’engagement et l’initiative de chaque pays, pourrait également fonctionner, en aidant chaque État de l’Union à construire un système de soins adapté, qui bénéficierait autant à ses citoyens âgés qu’à la société dans son ensemble.

Le projet EuroLTCS, financé par Axa, vise à identifier les mécanismes innovants de systèmes de soins longue durée en Europe. Ses principaux chercheurs sont Milena Pavlova (Université de Maastricht), Tetiana Stepurko (Université nationale Académie Mohyla, Kiev), Marzena Tambor (Collegium Medicum de l’université Jagellonne, Cracovie), Petra Baji (Université Corvinus, Budapest) et Wim Groot (Université de Maastricht).

The ConversationTraduit de l’anglais par Julie Flanère pour Fast for Word.

Milena Pavlova, Associate Professor of Health Economics, Maastricht University

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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